Batman Arkham Asylum

Publié le 24 Septembre 2009



Batman c’est le héros qui démonte tout les autres. Marvel ou DC, il n’y a pas meilleur que Batman. Ce n’est pas sujet à discussion et si vous avez un avis différent, vous avez tort. Batman c’est le héros sombre, profond, charismatique, intelligent, classe. Et surtout, c’est un héros sans superpouvoir. En dehors de sa richesse bien sûr qui est considérée comme un superpouvoir en ces temps de crise. Bref, le héros parfait. Dans les comics et au cinéma. Dans le jeu vidéo c’est un peu moins vrai.

Car si Batman a bénéficié d’adaptations vidéo ludiques tenant la route voire vraiment bonnes, généralement, comme démontré dans deux épisodes entiers de l’Angry Video Game Nerd (partie 1 et partie 2), les jeux vidéos de la chauve-souris sont plutôt à classer parmi les jeux vomitifs. Le summum pour moi étant atteint avec Batman Forever et je suis bien content que l’AVGN le pense aussi. Du coup ce nouveau jeu a suscité trois réactions. La première fut un rejet massif. Un jeu Batman ? Non, non, on n’en veut pas, on risque trop une nouvelle perle de stupidité à ajouter au catalogue de ce héros. La deuxième réaction, ce fut une lassitude légitime quand un jeu semble surfer sur une vague et en particulier sur les sorties de films à succès (The Dark Knight ?). Les jeux profitant d'effet de mode sont mauvais, c’est une règle. La dernière réaction, enfin, fut une vague curiosité. Et fort heureusement, c’est celle-ci qui eut raison.

Entre mes deux Batmans préférés (Keaton et TAS), celui d'Arkham Asylum (au centre) se défend bien.

J’avais déjà le sentiment qu’il allait être bon. Les développeurs ont en effet répondu à une interview et on sentait. On sentait qu’ils avaient compris Batman, sa personnalité, ses motivations, ses peurs, ses espoirs. Qu’ils avaient capté l’univers de Gotham City, sa corruption, ses criminels, ses héros, sa nuit. Leurs sources d’inspirations sont diverses mais de bon goût : la bibliographie et les dizaines d’année de passé du personnage ? Epluchées. Les films, les séries animées ? Regardés et analysés. Ceci dit, la confiance était  certes amorcée mais pas installée : comprendre et respecter un univers est l’étape la plus difficile mais reste à en faire un bon jeu. Pas simple non plus. Ils l’ont fait.

De base, le scénario de Paul Dini, scénariste de la série animée. Batman a capturé le Joker. Ah ? Ce n’est pas censé être la fin du jeu ? Soit. Donc il l’amène à l’asile d’Arkham. Dans cette première cinématique tout est bon : Gotham est magnifique, la Batmobile pète bien, l’asile est comme dans la série animée. Love. Pendant que les crédits défilent, on prend le contrôle de Batsy. L’occasion de jeter un premier regard à l’intérieur des bâtiments et de s’imprégner d’une ambiance définitivement adulte : cris de souffrances, armes et sécurités réalistes. Arrivé à la section de haute sécurité, le Joker s’échappe et il se révèle que tout n’était qu’un piège destiné à la cape noire. Coup de génie : primo, on utilise un lieu prometteur jusqu'alors peu utilisé, restreint qui permettra des déplacements libres. Deuxio, la nature même de cet environnement permet d’utiliser tout les vilains souhaités en restant crédible. Bien vu.


Comme dit ci-dessus, l’ambiance est excellente, et c’est selon moi la partie la plus importante d’un jeu. Les graphismes et l’audio servent ici une atmosphère sombre, brutale, réaliste mais aussi très classe et artistique avec ce zeste d’hétéroclisme propre à DC. Les détails fourmillent, comme le costume du chevalier noir qui se dégrade à mesure de l’aventure, des coups et des explosions. Les jeux de lumières sont bluffant, les ombres virevoltent. et  jamais la nuit n'aura autant imposé sa présence. Les musiques tiennent en haleine, les effets sont convainquant. En version originale, on aura droit aux doubleurs officiels de la franchise. En version française, les interprétations sont inégales mais de bonne facture dans l’ensemble (mention spéciale au Joker et à l’épouvantail) même si on mettra un bémol sur un Batman à la voix sans saveur. Les personnages sont fameusement rendus, à tel point qu'ils interagissent parfois avec le joueur par l'intermédiaire de Batman, surtout le Joker. Dans l'ensemble, on sent de suite les inspirations des auteurs, les œuvres de Kane, les films de Burton et la série Begins, la série animée et même parfois les shows d’Adams. Et malgré toutes ces sources le jeu se permet d’avoir une identité propre très marquée. Il faut une bonne machine pour tout faire tourner mais le résultat est là : aucun doute n’est permis, on se trouve en présence d’une grande aventure de la chauve-souris.

Mais un jeu c’est fait pour être joué, pas regardé. J’ai très envie de comparer ce Batman "AA" à Assassin’s Creed. On retrouve un système de combat similaire à base d’attaque et de contre-attaques, des variations importantes de phases de jeu, et une diversité dans les outils à la disposition du protagoniste. Mais quand le titre d’Ubisoft faisait office de pionnier, ici la qualité est perfectionnée et le rendu est moins répétitif. Les combats sont très dynamiques,  impressionnants, quoique toujours un peu faciles. Les phases de jeu alternent agréablement entre baston, exploration, aventure, infiltration. D’ailleurs dans la plupart des jeux, je trouve cette dernière ratée. Même dans Assassin's Creed, être furtif était plus commode mais n'était pas absolument glorifiant. Ici, c’est réussi. Neutraliser les criminels d’une salle un à un, silencieusement, en semant le doute et la terreur, via les gargouilles, les cachettes, les conduits, les ombres, n’a jamais été aussi jouissif. On ne se sent pas Batman, on est Batman. Et je ne parle même pas des périodes très spéciales impliquant l’épouvantail qui…


Cette jouissance se retrouve aussi dans l’utilisation des célèbres gadgets. Tous ont plusieurs utilisations. Par exemple, le Batarang permet d’assommer un ennemi mais aussi de couper certaines cordes. Le gel explosif permet de détruire les cloisons fragiles mais aussi de servir de mines. D’ordinaire, le jeu nous force la main dans ces utilisations et ce qui est présenté comme une feature révolutionnaire sur la jaquette DVD n'est au final qu'une succession d'instants scriptés pas très excitants. Ici, que nenni. Evidemment certaines utilisations sont prévues par les développeurs dans le cadre de l’aventure, mais libre à vous de chercher des bonus dans les murs friables ou de varier vos techniques de combat. Et le tout de façon très intuitive vous incitant toujours à l'inventivité. Une petite prise en main de vingt minutes et c’est bon on maîtrise.

Les bonus, parlons-en. Deux types de récompenses dans ce jeu : l’expérience qui permet de débloquer de nouvelles techniques de combat et d’infiltration, de nouveaux gadgets ou d’améliorer votre armure. Classique, efficace, et vous permettant d'améliorer votre style de jeu : gadgets ou corps-à-corps ? Rentre-dedans ou ninja ? Et les récompenses inutiles à base de portraits, de figurines, de biographies que tout les fans connaissent déjà et donc peu trépidants aussi bien faites soit-elles. Ah mais attendez ! On a aussi des extraits audio de psychothérapie des criminels ! Courts, pas très informatifs en soi mais très soignés et vraiment travaillés, ces conversations entre les médecins d’Arkham et les criminels sont une des centaines de pièces permettant une immersion complète dans l’univers. Enfin, pour les amateurs de succès, l’homme-mystère est de la partie en parsemant ses fameuses énigmes à résoudre ou ses petits trophées à trouver. Sympa, sans plus, cela ne sert pas à l'aventure mais constitue plutôt une sous-quête.

En somme ce jeu est le jeu qui réhabilite complètement le chevalier noir dans le monde vidéo ludique. Les fans plongeront complètement, les novices découvriront un jeu de super-héros qui n’a pas d’équivalent. On peut y aller les yeux fermés.


Site officiel du jeu : lien

Rédigé par Youe

Publié dans #Ludus

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