Déshonoré !

Publié le 16 Janvier 2013

Aux question "mais qu'est ce que je peux bien faire entre deux articles espacés de trois mois" et "quand vais-je reprendre les vidéos de Nightmare House 2", laissez-moi vous répondre que Dishonored est un sacré bon jeu.

 

Bonjour, vous vous appelez Corto, oui ça arrive, et vous revenez dans votre précieuse cité portuaire steampunk pour apprendre à l'impératrice, dont vous êtes le protecteur officiel, de bien mauvaises nouvelles : aucune nation étrangère ne peut vous aider dans la lutte contre la Peste amenée par les rats. Mais avant même de pouvoir verser une petite larme, voilà que d'étranges hommes masqués en tenue noire vous attaquent sans piper mot. Malgré une défense honorable, ce qui semble être des pouvoirs de magie noire vous immobilisent et le groupe accomplit finalement sa mission : assassiner l'impératrice, et capturer Emily, la toute jeune et seule prétendante au trône. Lorsque les gardes et les régents arrivent, tardivement alertés, vous avez l'air bien fin, seul aux cotés du corps sans vie de celle qui dirigeait avec bienveillance son empire. Maintenant que vous y songez, il était tout de même curieux que les gardes aient été absents si longtemps. Peu importe, vous voilà mis en prison et accusé à tort du meurtre. La sentence tombe rapidement : condamnation à mort. Il faisait pourtant si beau. Mais, peu avant votre châtiment, un allié inconnu vous apporte anonymement de quoi vous échapper...

 

corvo attano dishonored by ajhateley-d5kra8i

 

Déambuler, que ce soit furtivement ou non, dans les recoins de la cité salie de Dunwall, dont l'énergie principale est l'huile de baleine, la science dominante la philosophie naturelle, et les principaux remèdes des versions vapeur des potions de vie et de mana produites à moyenne échelle, procure une réelle sensation d'uchronisme répété et contrôlés très appréciable. Ne faudra-t-il pas vous étonner alors de devoir éviter des tour de surveillance décochant sans remord aucun des décharges d'énergie de lumière, puis d'entrer par effraction dans la maison du médecin royal et de devoir vous cacher dans les toilettes... qui ne sont somme toute qu'un pot posé à terre et recouvert par pudeur de deux planches en bois. Deux mètres plus loin vous entrez dans une salle de bain grand luxe. Aucun. Problème !

 

Le fond de votre mission n'est pas définie pour vous. Oh, bien sûr, le scénario principal vous donnera l'occasion d'avoir une feuille de route bien entendue : démanteler le complot responsable du meurtre de votre impératrice et de l'enlèvement de l'héritière du trône. Ce qui, en passant, devrait aussi vous permettre de vous blanchir d'une fausse accusation de haute trahison, ce à quoi on ne dit jamais non. Mais comme dit plus haut : ce n'est qu'une feuille de route. A vous de vous fixer, en interne, vos propres objectifs personnels en collant votre réflexion sur les évènements du jeu. Vous voyez-vous sombrer dans la vengeance et faire goûter leur propre sangs aux odieux traîtres ? Que faire des passants effrayés à votre passage ? Des gardes pour qui vous êtes l'assassin de leur impératrice ? Des victimes de la Peste qui, aux derniers stages de leur affection, tenteront de vous attaquer ? Ou bien chercherez-vous tel un justicier à faire éclater la vérité en épargnant la vie de chacun ? Ou bien déciderez-vous au cas par cas, selon votre conscience, de qui mérite de vivre, et qui ne le mérite pas, selon les conversations épiées et les fautes commises ?

 

Les répercussions ? Subtiles. Se débarrasser de tout gêneur est bien entendu plus facile mais laisser derrière vous un sillon de cadavres flottant dans une mer rouge de sang augmentera considérablement la panique en ville, ce qui signifie plus de gardes à mesure que les missions avancent, et des réactions plus hostiles de leur part mais également des civils voire de vos alliés qui ne seront pas tous enchantés de s'être, pour le coup, associé à vous. Dans un tout autre contexte, il semble que précipiter les décès de façon un peu rapide noircisse le karma général car un taux de chaos élevé augmente aussi les dégâts liés à la Peste. Et je ne vous parle pas de l'inquisition locale.

 

Ah, si, tiens, parlons-en. Pourquoi une inquisition ? C'est assez connu, les églises n'aiment pas beaucoup la magie. Et figurez-vous que vous ne tarderez pas à recevoir la visite d'un homme étrange - encore un! Maître de marionnettes flottant dans un univers figé aux frontières du matériel, du rêve et du cauchemar, des yeux d'un noir luisant et aux phrases énigmatiques, il est strictement impossible de lui faire pleinement confiance, surtout aux premiers abords. Pourtant, cet énigmatique et inquiétant personnage vous offrira sa marque : des pouvoirs surnaturels à améliorer via des runes éparpillées dans Dunwall et à trouver à mesure de vos missions. Ses pouvoirs sont d'une aide indispensable : téléportation, vision dans le noir et à travers les murs, arrêt du temps... mais aussi invocation de rats pestiférés enragés qui grignoteront vivants vos ennemis. Alors même que vous observez la marque sur votre main gauche, vous comprenez soudain qu'elle vous pose le même dilemme que votre lame et vos nombreux gadgets d'assassins dans votre main droite : sa puissance rend le meurtre encore plus aisé, comment allez-vous les utiliser ? A contrario, la seule aide pour épargner vos cibles prendra la forme de dards anesthésiants qui, vous vous en doutez, ne courent pas les rues - là où les balles de pistolets se récupèrent tranquillement sur les cadavres.

 

Du coup, non, Dishonored n'est pas un jeu d'assassinat. Pas nécessairement.

 

the outsider dishonored by ajhateley-d5krahd

 

La seule ville de Dunwall, avec ses toits en tôle, ses balcons à rebords,, ses ruelles grisâtres, ses caniveaux remplis de rats, ses poutres de chantier n'est pas seule à contribuer à cette atmosphère oppressante et inquiétante. La populace elle-même sort tout droit des polards anglo-saxons de l'époque victorienne, avec ses hommes et femmes disgracieux voire difformes et résolument terre à terre, à qui on accorderait à aucun d'entre eux la garde de ses enfants. Il ne s'agit pas nécessairement de corruption, pas toujours du moins, mais bien de vices de l'esprit humais propres à chacun, et ce quelque soit le milieu côtoyé dans Dishonored : ni bas-peuple, ni bandits, ni clergé, ni militaires, ni aristocrates ne sont épargnés. Et comme dans certains contes anglais, alors même que vous pensiez appréhender les facettes des Dunwalliens (sic?), plusieurs d'entre eux se révèleront sortir de l'ordinaire et vous déstabiliser. Un dernier bon exemple de l'utilisation de l'univers reste le cas des pleureurs : dénommés ainsi en raison de l'hémorragie oculaire du dernier stade de l'infection par la Peste, ceux-ci deviennent à peine conscient et se comportent et ressemblent à s'y méprendre à des zombis. La tentation est donc grande de les éliminer. Néanmoins, malades ou pas, ceux-ci ne sont de facto pas des morts-vivants : ce sont encore bien des victimes malades. Pensez-vous en votre fort intérieur qu'étant donné le statut très ostensiblement terminal de leur état, cette considération est peu pertinente, ou chercherez-vous à éviter de les tuer par acquis moral ? Que ferez-vous si l'un d'entre eux, pas ses cris, est susceptible de donner l'alerte ?

 

Le jeu propose une valorisation peu discrète de l'approche furtive par l'intermédiaire de petits challenges : on songe notamment au mode "Fantôme", extrêmement difficile à obtenir car il s'agit ici d'être aussi silencieux qu'une ombre : ne pas être vu, ne pas tuer, ne pas déclencher d'alertes, et éviter qu'aucun corps ne soit découvert. Un challenge de taille imposant une rigueur certaine dans un environnement tellement ouvert qu'il surprend le joueur de plus en plus habitué à être mis sur des rails. A plusieurs reprises l'intelligence du jeu nous met en effet en défaut. Est-il surprenant de se voir attribué un mort à la fin d'une mission pourtant sans surprise, pour s'apercevoir qu'en réalité, si nous n'avions tué personne directement, le corps inconscient du garde assommé quelques minutes auparavant a été laissé un peu trop longtemps... dans les égouts remplis de rats dévoreurs d'hommes. Cette mise en défaut, provisoire du moins, est compensé par l'étourdissante somme de moyens mise à votre disposition pour avancer. La cité de Dunwall est divisée par mission, et chaque mission se passe dans un large quartier dont les obstacles, identifiables sans problème, peuvent être contournés d'un grand minimum de trois manières différentes. Souvent plus selon votre imagination et votre débrouillardise.

 

Finalement, quel défaut trouver à Dishonored ? Pas grand chose. Sa durée de vie, un peu courte, chose discutable puisque ce genre de jeu à tendance à s'épuiser à devenir trop long. Son manque d'activité extra-scolaire : pas de vraies quêtes secondaires longues, ce qui permet de se concentrer sur l'histoire mais ça pêche un peu coté diversité. Enfin, pas moyen d'avoir une partie libre, avec l'intégralité des gadgets et des pouvoirs mystiques, pour refaire une mission ou une partie du jeu. Dommage, dommage. Ah, si, dernier détail : le jeu ne laisse pas de fin ouverte. On sait qu'une suite n'est pas appropriée. Et pourtant l'univers est tellement fabuleux que quelque part, ça pince un peu le cœur.

Rédigé par Youe

Publié dans #Ludus

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Sylvhem 19/01/2013 22:27

Cet article tombe à pic, il répond tout à fait à la question que je ne me posais absolument pas !

Plus sérieusement, je n'ai moi non plus pas du tout fait attention à ce jeu à sa sortie, non seulement parce que je ne possède pas les bonnes consoles mais aussi parce que les Assassin's Creed like
ce n'est pas trop mon truc... Mais au vu de ton article, je me demande si je ne l'ai pas jugé un peu rapidement. L'univers à l'air vraiment très stylisé et agréable à explorer et le scénario semble
plutôt intéressant.

Youe 20/01/2013 19:01



J'ai jamais pu faire plus que le premier Assassin Creed moi-même. Le scénario est classique mais le jeu a l'avantage d'être suffisamment court pour ne pas tomber dans ce qui est devenu la marque
de fabrique de la série d'Ubisoft : la répétitivité et le routine.



Galoo 18/01/2013 02:25

Je trouve que l'article manque un peu de pêche et de personal touch. Il est très bien écrit mais résume un peu trop ce qui est dit ça et là sur des sites JV pro, alors que pour Dead Island j'avais
vraiment plus la sensation de lire tes impressions. On dirait plus que tu présentes le jeu plus que tu ne le critiques.

Et c'est du pinaillage, mais il me semble bien qu'obtenir le "ghost" sur un niveau n'inclut pas qu'aucun corps ne soit trouvé.

Youe 19/01/2013 10:25



J'arrive pas bien à encenser quelque chose que je trouve bien en fait, que ce soit jeux vidéos, films ou livres. Ou du moins j'y arrive mais de façon moins personelle qu'une critique. C'est un
point que j'essaie de travailler. D'autant plus dur que j'ai tendance à spoiler un peu quand je m'étale trop. Je tenterais de faire mieux la prochaine fois !



Rothenbleurk 18/01/2013 00:35

Le retour de Youe!
En tout cas, un article intéressant sur un jeu dont je ne connais rien: la sortie du titre ne m'a absolument pas marquée et je ne me suis pas du tout intéressé de plus prés :/
Au vu de cet article, j'ai peut être eu tort^^

Bonne continuation!

Youe 19/01/2013 10:23



Pareil je connaissais rien c'est juste des rumeurs sur Internet qui m'ont incité à y jouer. Et je regrette pas.