Doctor. Just the Doctor.

Publié le 4 Janvier 2011

Amis britannophobes, au revoir et merci d’être passés ! Car si l’histoire de l’Europe montre des rapports très ambigus entre les français et les anglais, passant de la haine farouche ancestrale à un respect mutuel mais méfiant gagné à coup de baïonnettes et de résistance au cours des deux guerres mondiales face aux prussiens devenus allemands jaloux des conquêtes impériales de ses voisins puis  désirant se venger d’un traité humiliant et handicapant, force est de constater que ces chers buveurs de thé à la menthe au milieu de l’après-midi ont créé une série télévisée qualité top-moumoute répondant sous le doux nom de Doctor Who.

 

Who3Cette fissure dans ton mur... doit être très effrayante.

Cette série est la série de science-fiction la plus endurante du monde puisque ses premiers épisodes remontent aux années 60. Crée à l’origine pour être une sorte de programme éducatif divertissant, elle propose les aventures d’un extra-terrestre anthropomorphique se nommant lui-même « le Docteur », ayant la capacité à voyager à travers le temps et l’espace grâce à son vaisseau spatial en forme de cabine téléphonique bleue nommée le TARDIS (c’est un acronyme mais sincèrement on s’en fiche, ça n’a aucune espèce d’importance). Un programme devenu culte en Grande-Bretagne, créant à lui seul des expressions et des personnages devenus partie intégrante de la culture populaire anglo-saxonne. Par exemple, l’expression anglaise « behind the sofa », utilisée à force de voir les enfants se cacher derrière leur canapé terrifiée par certaines scènes. Je me souviens que je faisais pareil sur une scène des Bioman, une scène où les méchants sortent d’une cave et ils font super pas peur mais, allez savoir pourquoi, j’étais terrorisé et je me réfugiais dans le couloir le temps de vingt secondes. Mais revenons à « Allons-y, Alonzo ! » et à nos enfants anglais terrifiés.


Terrifiés car si les images ne sont pas effrayantes en elles-mêmes, Dr Who est une série mélangeant allègrement les genres. Si la science-fiction prédomine largement au travers des voyages temporels,  des vaisseaux spatiaux, des nombreuses races extra-terrestres, on note une très forte influence de la fantaisie et du merveilleux, de l’imaginaire. Si la base reste de la science-fiction, j’aime à comparer Doctor Who à Alice au Pays des Merveilles. Et c’est cette faculté à stimuler l’imagination de son public qui fait tout le succès de la série qui n’a pas connu un succès en France pour la bonne raison que les chaînes publiques et privées françaises n’ont historiquement jamais été foutues de diffuser une série correctement, même les plus basiques des dessins-animés. Episodes inversés, références zappées dans le doublage, ordre non respecté, rediffusions chaotiques, on est champion du monde à ce niveau-là, je ne parle même pas des sorties DVD honteuses pour un produit télévisuel des années post-90. Et aujourd’hui, seul France 4 ose se lancer l’ambition de diffuser Dr Who. Donc je vous félicite, France 4, je ne vous connais pas vraiment mais vous faites le bien.

 

I'm sorry. I'm so sorry.


Evidemment, l’évocation des années 60 fait immédiatement peur. Noir et blanc, what ? Combien de saisons à rattraper pour tenter de comprendre ? Beaucoup trop, et d’ailleurs l’Internet vous dira que nous en sommes à l’heure où j’écris ces lignes au onzième Docteur. En effet, par un truchement scénaristique sympathique à chaque fois que le Docteur meurt ou est près de mourir, il a la particularité de se régénérer – oui, ça reste un extraterrestre de la race des seigneurs du temps, avec un titre aussi pompeux on peut se permettre de régénérer. Mais en se régénérant, il change d’apparence et de personnalité. Un moyen bien astucieux de justifier les changements d’acteurs qui donnent toujours un moment agréable et comique où le nouveau Docteur se cherche et se découvre lui-même : « New mouth, new rules ! ». A un acteur correspond donc un numéro de docteur. Aujourd’hui, là, c’est Matt Smith par exemple qui incarne donc le onzième docteur, successeur de David Tennant, qui était lui le dixième docteur succédant à Christopher Eccleston. Et comme à deux c’est toujours mieux le Docteur se cherche toujours un ou une compagne pour lui tenir compagnie au fil de ses voyages. Ces personnages à priori secondaires sont de qualité de traitement inégale mais surprennent souvent à voler la vedette au Docteur – les connaisseurs penseront immédiatement à Donna ou à Amy – ou à aquérir lentement mais sûrement un statut de badass de légende – hello Rose !

 

Who4Ces poubelles de l'espace sont les ennemis les plus redoutables de la galaxie. Des questions ?


 Inutile de tenter de regarder un quelconque épisode datant d’avant le neuvième docteur, date à laquelle la BBC, la plus célèbre des chaînes d’Albion, se décide de lui redonner un coup de peinture après une longue pause. Adieu les dialogues téléphonés, le noir et blanc, les plans fixes d’une unique caméra et l’absence de rythme. Si la saison du neuvième docteur accuse encore des budgets peu volumineux ou peu maitrisés, elle est carrément entraînantes et prépare doucement aux sublimes  dixième et onzième Docteurs qui sont de loin mes préférés mais c’est une question de goût. Et quand bien même vous seriez, tout comme moi, un peu réticent à reprendre une série à la base alors qu’elle est déjà bien entamée, faites comme moi et sachez qu’il n’y a absolument aucun problème à commencer la série par la saison 5 et le onzième Docteur tellement la cassure entre le dixième Docteur et le onzième est importante - vous suivez ?


En effet si le dixièmeDocteur bénéficiait d’une trame scénaristique très axé sur l’aventure et la science fiction, avec des fins de saison aux allures apocalyptiques et des ennemis toujours plus impressionnants, le onzième Docteur possède une ligne générale tracée par un écrivain du nom de Moffat. Oui, ce n’est pas un très joli nom, mais Moffat a cette particularité de baser ses scripts sur l’enfance et ses peurs associées. D’où une saison jouant beaucoup plus avec le merveilleux, l’imaginatif et les peurs primaires. D’où un générique et une musique plus envoutante, moins éclatante,  d’où un Docteur devenu plus espiègle et jovial, dont le compagnon de voyage sera, du moins à la base, une gamine. Quoi de mieux pour commencer une série que de se faire accompagner, tel un enfant, par un tel héros et son sourire ? Et on est parti pour des épisodes aux thèmes variés qui ne se répètent jamais. Une très bonne saison qui peu se regarder sans avoir vu les précédentes mais qui donne du coup tellement envie de se renseigner et de combler ses lacunes, et de découvrir le dément dixième Docteur qui est lui aussi absolument fantastique dans son interprétation tellement différente – et son large sourire qui dit « je suis complètement barré mais je suis un génie, salut ! ».

 

You were a little girl five minutes ago!


Les épisodes apportent un peu tout ce dont on attend d’une série efficace, de qualité et distrayante. D’abord ils sont généralement bien écrits avec des rebondissements, des plot-twists et des intrigues de fond, sans se prendre la tête indéfiniment avec des paradoxes temporels à tire-larigot. Vous vouliez faire des remarques sur le fait que telle intervention devrait faire changer le cours du temps et blablabla ? Non, laissez tomber, vous ne réfléchissez pas là où la série veut que vous réfléchissiez. D’ailleurs il n’existe finalement que peu de règles explicitées sur les voyages temporels, on n’a vaguement connaissance de certaines périodes « fixes » de l’Histoire, immuables, tel que la disparition de Pompeï, de zones carrément verrouillées – une seule, en fait - et de quelques paradoxes peu nombreux.  Les dialogues et des catch-phrases à l’emporte-pièce sont fréquentes dont le désormais célébrissime « Allons-y ! » du dixième Docteur qui signe son bon goût via une expression française. Le point ensuite qui me plaît le plus : cette réelle sensation de voyager, de croiser non pas des environnements de fou – encore que – mais surtout des situations, des micro-univers où chaque épisode pourrait donner lieu à une série à lui seul. Un vaisseau spatial géant réunissant toute l’Angleterre ? Un empire esclavagiste humain s’étalant sur trois galaxies ? Un réseau de voie automobile souterrain qui tourne à l’infini avec des gens circulant depuis plus de vingt ans ? Une planète-bibliothèque ? Venise ? Pompeï ? Et ça vous dirait sinon de rencontrer Churchill en plein bombardement londonien par la Luftwaffe ? Vincent Van Ghogh ? Des vampires ? Les premiers habitants de la Terre ? Chaque épisode vous envoie soit dans un coin de l’univers soit dans une période de l’histoire humaine, passée, présente ou future. A chaque fois, la réalité alternative qu’on nous propose n’est qu’un peu détaillé, par trop, mais suffisamment pour nous faire imaginer le reste, pour entrouvrir cette porte vers la rêverie. A chaque fois, non seulement l’effort déployé sur la cadre environnemental est osé, mais la mise en situation est aussi très recherchée. Recherchée, et très utilisée puisque si l’on pourrait croire que, maitrisant le temps, on pourrait avoir plein de ficelles faciles dans le genre « ok il y a un ennemi alors je remonte le temps et je me préviens moi-même, je suis rusé », jamais ou presque ce genre de chose n’est utilisé. Les voyages dans le temps intra-épisodes sont exceptionnels et lorsqu’il y en a ce n’est pas un Deus Ex Machina mais bien la clé autour de laquelle tourne le scénario. Un must.

 

Who1Des tournesols ? Vraiment ?


A tout ces points s’ajoutent un élément très anglais et qu’un ami suisse aime à qualifier de Random. Cette série est tellement Random. Il se passe parfois des trucs complètement aléatoires, sans nécessité de justification ni justifié d’ailleurs, qui n’apportent objectivement rien à l’histoire, mais qui sont tellement, tellement importants ! Je ne me risquerais pas à donner d’exemple tellement je n’ai pas envie de vous gâcher le moindre de ces petits moments où, juste, pendant quelques secondes, l’épisode semble suspendu autour d’un élément… random.


Autre nouveauté originale de nos jours qui m’a beaucoup plu : le regard si optimiste consacrée à la race humaine. Si les débuts du neuvième Docteur laissent à présager un jugement bien commun sur l’Humanité, comme quoi oui on est stupides, on n’est pas bons et tout ça, très vite le ton change et l’espèce humaine est présentée comme étant jeune mais intimement bonne avec un potentiel merveilleux. Et ça, sapristi, ça fait un bien fou. Enfin une série qui ne présente pas l’Homme comme un monstre sur pattes donnant envie au téléspectateur de se suicider pour faire une bonne action. Non, ici l’espèce humaine fait certes des erreurs et n’est pas parfaite, mais est généralement présentée comme compatissante, curieuse, inventive et pacifique, surtout en comparaison des autres races. Ce n’est pas un hasard si le Docteur choisit de protéger la Terre et ses habitants, et s’il choisit systématiquement des terriens comme compagnons de voyage. On apprend plus tard que ces mêmes compagnons sont in fine indispensables à chaque Docteur et que ceux-ci le rendent meilleur.


Le Docteur lui-même est un héros qu’on rencontre aussi de moins en moins puisqu’il ne porte pas d’arme et cherchera toujours à éviter une quelconque tuerie, même dans les rangs de ses ennemis les plus redoutables. Il exècre toute forme de violence, même Batman peut se rhabiller. Chaque mort est perçu comme un ahurissant échec personnel. Son traitement rappelle indéniablement une morale très catholique et la fin de la troisième saison est très forte en symbolisme à ce niveau-là, les actions du Docteur rappelant fortement celles de monsieur Christ. Un aspect crucial de sa personnalité donc, expliqué par son passé que je vous laisserais découvrir – indice : c’est l’unique seigneur du temps de l’univers – qui va conditionner l’une de ses meilleurs stratégies : courir, courir vite !


Je ne sais pas quoi vous dire de plus pour conclure cette trop brève présentation de Doctor Who. Il m’a fallu un an pour me mettre à Docteur House, plusieurs semaines pour The Big Bang Theory, mais à peine plus d’un épisode pour devenir un fan inconditionnel de Doctor Who – bon, c’est peut-être juste un signe d’ouverture croissante envers les séries, j’en sais rien. Je n’ai pas de système d’award ou quoi que ce soit, mais je lui mettrais volontiers mon award maximum sans hésitation. Parce que si vous aussi vous voulez voyager, imaginer, rêver, rire, angoisser, éprouver de la pitié, être impliqué émotionnellement, alors je pense que vous recommander Doctor Who est plutôt une bonne chose. Commencez donc par la dernière saison, avec le onzième Docteur en la personne de Matt Smith et son énigmatique compagne Amy Pond. Une fois cette merveilleuse mise en bouche attaquez-vous aux suivantes et au décoiffant David Tennant. Et ne clignez pas des yeux. Jamais.


 

TARDIS vs DALEK by Sideways8Studios

Rédigé par Youe

Publié dans #Ars artis

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Galoo 15/01/2011 03:46


Le onzième Doctor (oui en anglais je me fais pas à la VF) est effectivement très réjouissant. J'avais peur en quittant l'excellentissime David Tennant d'avoir une sorte de clone qui lui
succéderait, mais non ! Matt Smith s'est fait SON Doctor et c'est un régal, de bout en bout.

Toutefois, attention : le Doctor est peut-être un bisounours dans l'âme en apparence et dans ses convictions comme tu le dis, mais un certain épisode de la saison 5 montre qu'il n'est pas tout
blanc, et le 4e Doctor lui-même avait une double personnalité maléfique.

Le dixième Doctor reste pour moi le plus sympa des trois, ne serait-ce que pour son accent et son style vestimentaire (converses powa), ainsi que son "Allons-y Alonzo" que tu as toi même cité. Et
je le trouve aussi jovial que Matt Smith...

Il manque le mot "kitsch" dans ce compte-rendu. Car Doctor Who, c'est avouons-le sacrément kitsch, de par le design des streumons ou certains décors. Je n'arriverais pas à conseiller cette série à
qui que ce soit, je pourrais juste dire : "Regarde un épisode ou deux et fais-toi une idée", parce que le modèle et l'ambiance sont trop spéciaux pour en faire une "bonne" série classique. C'est
une série exceptionnelle seulement pour ceux qui adhèrent au concept.

Tu n'as pas évoqué, outre le générique, ce qu'il en était de l'OST de la saison 5, qui est un vrai régal pour les esgourdes. Je suis personnellement un grand mélomane de toutes les OST depuis 2005.
Toujours Murray Gold aux commandes, des thèmes entièrement renouvelés et quels thèmes ! Les musiques propres aux épisodes sont pas mal mais restent discrètes à quelques exceptions près, en
revanche, le thème récurrent du Doctor montre toute la détermination du personnage et le côté triomphant qu'il a à chacune de ses sorties. Le thème d'Amy Pond quant à lui démontre bien la douceur
et la naïveté de ce personnage rafraichissant et que je préfère à la triste Rose ou à la froide Martha.

Bref, je ne sais pas si tu t'es procuré la musique, mais je te la conseille, c'est un véritable plaisir.

En tout cas un article détaillé sur une série que je vénère, un grand bravo. Et dire que la saison 6 ne débarque qu'en avril...


Youe 15/01/2011 22:57



Concernant la kitsh, oui c'est net c'est sans doute ce qui rebute beaucoup de gens au premier abord. Moi-même quand j'ai vu les Daleks et les Cybermen je me suis demandé d'où ça sortait. Mais
l'intelligence de l'écriture fait passer ce cap tellement vite.D'ailleurs je trouve la dernière saison moins kitsh que les autres à travers son parti-pris de faire des intrigues et des scénarios
plus intimistes, moins visuels.



Paulinunka 09/01/2011 15:49


"Look at me I'm a target !"

Quand je regarde Doctor Who j'ai l'impression d'avoir à nouveau huit ans, d'être amoureuse du héros et d'être prête à me réveiller à 7h30 et de regarder Télé achat en entier pour être sûre de ne
pas louper le début de l'épisode.
J'aime le (les) Docteur(s), Donna, le Master, Rory, les anges pleureurs qui m'ont fait faire des sauts de 10 m sur le canapé...

Excellent article =D


Youe 10/01/2011 22:47



Je suis complètement d'accord avec tout, la citation choisie, la description, le ressenti, tout. Sauf peut-être le coté "amoureuse du héros". Et encore.



Secrétaire Temporaire 09/01/2011 00:24


"I'm the doctor... basically... Run !"
Mon dieu que j'aime cette série. Tu es un homme de goûts et tu expliques très bien le pourquoi du comment.
J'ai adoré l'épisode de noël qui était intéressant et beau à la fois ! Smith m'a fait oublié Tennant et largement !
La bande annonce de la saison 6 m'a fait baver, et je l'attends de pied ferme !


Youe 10/01/2011 22:46



I wear stetson now. Stetson are cools !



Yo 07/01/2011 15:22


Encore un trés bon article, c'est toujours un plaisir de te lire (et de regarder tes vidéos).


Youe 07/01/2011 19:19



Oh ça c'est super gentil, merci !



Kaeso 06/01/2011 21:33


Encore une série de plus que je met dans ma liste qui n'existe pas de truc à regarder, avant je dois mater 50 films, une dizaines de série et le double d'animes.
Peut être en 2040, il y aura plus de saisons à ce moment là^^ Ou au pire si je trouve moi aussi une machine temporelle je retourne me taper la journée d'hier à ma place pour que j'ai le temps de
regarder le truc et puis je reviens dans ma journée d’aujourd’hui.
Euhhh... du coup pas la peine de me taper ma journée à ma place, je vais juste dans un autre endroit du futur histoire d'éviter les paradoxes (dangereux, je risquerais de ne pas retrouver mon
présent), je mate le truc tranquille et je reviens.


Youe 07/01/2011 19:18



Un petit épisode de temps en temps avant de se coucher ça passe comme un massage suédois. Y'a moyen de la regarder de façon libre sans devoir se prendre la tête à se rappeler les détails des
épisodes précédents. C'est mieux, c'est sûr, mais y'a moyen de faire sans.