Japan Expo, Comic Con 2011

Publié le 9 Juillet 2011

La Japan Expo et le Comic Con, quand on y va pour la première fois, ça fait tout de même un choc. A plusieurs niveaux. Pourtant, on devrait être préparé. On le sait. On le sait que c’est grand. On le sait à quoi ça ressemble. Pourtant, le choc est là. Je n’ai aucun recul évidemment mais j’ai un peu la sensation que ma première Japan/Comic a rassemblé tout ce qui pouvait être fait de bien.

 

Vadder

Vite, imaginer un moyen de voler cette grandeur

nature discrètement !


Cette année donc je me suis décidé à me rendre à Paris pour une petite semaine histoire de profiter un peu de ce qui est la plus grosse concentration d’otaque et de geeks au mètre carré de France pendant deux paires de jours. La présence de Steven Moffat, scénariste principal des deux dernières saisons de Dr. WHO et auteur des meilleurs épisodes, y a été pour beaucoup. A tel point que j’avais complètement négligé d’autres aspects pourtant tout aussi intéressants. Mais commençons dans l’ordre : il s’agit déjà qu’un provincial comme moi trouve la convention.


En partant le jeudi matin, tout excité et portant mon sac à dos vide de tout excepté du nécessaire que des gens biens m’ont recommandés, je me lance dans les méandres du métro parisien que j’allais apprendre à dompter. Oui, même cette abominable station de Châtelet qui doit faire la taille d’un supermarché avec ses longs tapis roulants où il faut maintenir sa droite sous peine d’être piétiné par des humains-zombis qui ne jetteront pas même un œil à votre cadavre encore chaud. J’avais assidûment parlementé avec les messieurs de la RATP la veille pour bien définir le trajet, cependant, peut-être à cause de l’heure relativement précoce, ou de la France travailleuse bruyante, les doutes assaillent forcément l’étranger des souterrains de la capitale que constitue votre serviteur. Les lignes se multiplient, les trains portent des noms différents à sonorité martienne, les plans sont disséminés un peu partout avec des niveaux de zooms variés mais l’excitation rend difficile l’orientation parmi le dédale de couleurs enchevêtrées avec des numéros ou lettres aléatoires. C’est très précisément à ce moment que les premiers stigmates de ce qu’il se tramait au Parc des Expositions apparurent : des jeunes filles habillées de dentelles noires, d’autres arborant des oreilles de chat roses. Il m’eut suffit de pister ces spécimens pour atteindre sans encombre le quai d’un train qui allait souffrir.


Sur ledit quai, l’effet s’amplifie un peu. Plus de monde plus de déguisement. Plus de bribes de discussions attrapées au vol aussi. Très vite la population hétéroclite sera distinguable en deux catégories : les anciens qui savent ce qu’ils vont faire et ont des objectifs précis, et les nouveaux qui utilisent déjà plus le conditionnel et qui jettent des regards un peu partout, amusés de découvrir les premiers cosplays. En périphérie, les badauds ignorants ne comprenant pas d’où sortent ces épées en carton, ces dames maquillées de blanc et noir, ces pattes de chat kawaï et ces pyjamas Pikachu.


Le train arrive, part et sa résistance sera mise à l’épreuve pendant une bonne demi-heure. L’instinct de la jungle fait foi et mon entraînement lyonnais paye à moitié. Je parviens à me caler contre un mur – qui ne donne pas de coups de coudes et ne tombe pas sur vous au moindre freinage. Peu de personnes devant se rendre à l’aéroport auront la chance d’avoir un voyage avec un tel confort. Ils n’auront à vrai dire que les stations terminales pour souffler quand tout le monde descendra au même arrêt. Tel un bon mouton, je suis la foule docilement. Une foule… différente. Ici, pas de mère de famille qui veut à tout prix choisir ses melons avant tout le monde, pas de gamin confondant magasin et stade de football, pas d’homme d’affaire pressé et désagréable. Les gens ont le sourire, sont patients, n’essaient pas de vous couper un pied pour vous doubler. Je suis au milieu d’une marée humaine détendue et dirigée par d’habiles membres de l’organisation– ne vous inquiétez pas, je leur cracherais gentiment dessus plus tard – qui indiquent qu’il faut que je parte à droite. A gauche, ce sont les nantis, les fourbes, les hommes et femmes de pouvoirs qui sont détenteurs de tel ou tel badge presse premium diamant couscous qui ne feront aucune queue. Mais la queue de la Japan n’a pas été si désagréable. Gérée dans une sorte de grand hangar, le labyrinthe de fer et de barrières s’étend à perte de vue. Malgré les achats par avance de billets, elle n’avance que lentement, par dizaines de pas à la fois, sur plusieurs virages pour sortir du hangar et enfin mener vers l’exposition elle-même. Lorsque l’on vient seul comme moi, l’activité principale se résume alors à observer les déguisements.


Des déguisements, ou cosplays si ça leur fait plaisir – même si techniquement ils ne jouent jamais le rôle de leur personnage, ils prennent des poses pendant trente secondes et ça fait l’affaire, ‘faut pas déconner – qui sont étonnamment… beaux. Je m’attendais à vomir du carton, du papier crépon et de l’aluminium, mais je me trompais complètement : les déguisements sont très majoritairement travaillés et de bonne qualité, qu’il s’agisse d’interprétations, de reconstitution, de la tendance traditionnelle kimono ou tout simplement de jupes et dentelles noires, rouges et blanches qu’il serait hautement improbable de croiser dans la rue. Chaque nouvelle tête s’ajoutant à la file d’attente apporte avec elle un petit plaisir des yeux. Demoiselles en minijupe cuir façon Lara Croft, en kimono traditionnel, messieurs bardés d’instruments flirtant bon le steampunk métallique, la quasi-absence de Naruto fluo a fini de mettre à terre mes aprioris sur ce sujet. Si on sourit de toutes nos dents façon David Tennant au début à chaque nouvelle découverte, il se trouve qu’après une quinzaine de minutes passé entre les stands plus personne n’est étonné de croiser princesses, pirates, militaires américains ou zombis tenus en laisse : le mélange des univers est de mise et participe pour beaucoup à cette atmosphère si particulière qui extrait et séquestre le visiteur de la réalité de son quotidien. Moi-même, venu habillé tout à fait classiquement me sentais presque minoritaire. Mais ! Pas seul.


Si je devais résumer ce que je pense de la Japan Expo et du Comic Con en un unique mot ce serait très certainement la convivialité. Vous imaginez aisément l’asocial que je peux être, et pourtant entre deux barrières grises je me surprends à tenir une conversation avec une – très – jolie jeune fille aux yeux clairs et au doux nom de Maria que je retrouverais plus tard ponctuellement durant la journée après avoir échangé nos numéros à cette fin. Une anecdote banale mais révélatrice : vous êtes basiquement ami avec tout le monde : si vous êtes là, vous partagez à minima un ou deux points communs avec les visiteurs et exposants. J’ai pour ma part perçu ce paroxysme à ma découverte du stand exposant des objets basés sur l’univers du Dr. WHO.

 

pirate

'Cause a pirate is... free ?


Découvert par hasard pour la plupart des premiers arrivants qui poussent alors un cri teinté de joie et de surprise, par le bouche à oreille pour les plus tardifs, il s’agissait d’un petit stand mal indiqué perdu au milieu des allées marchandes et à moitié rongé par des ventes de tee-shirt d’autres franchises. Entendre les mêmes exclamations de joie et de surprise mêlées de chaque fan de la série en découvrant ce tout petit espace caché a quelque chose de réjouissant. Se mettre à parler avec de parfaits inconnus heureux d’enfin pouvoir rencontrer d’autres fans d’un univers si peu connu en France a quelque chose de chaleureux. Parler avec le vendeur londonien en maitrisant pour la première fois de sa vie un anglais correct a quelque chose de surprenant. Une ouverture d’esprit partagée par ledit vendeur qui n’hésitera pas à vous montrer, voyant votre enthousiasme, des photos du seul magasin anglais dédié et de commenter la création d’un extra-terrestre grandeur nature, qui vous réservera une figurine et gardera vos achats pendant que vous parcourez le reste de la convention. C’est clairement un moment, ou un endroit, hors du temps et on a envie de dire, allons-y Alonzo ! Cette ouverture d’esprit se manifestait partout en même temps dans la convention. J’ai vu un Stormtrooper se laisser photographier, mais en contrepartie obliger le photographe à se faire lui-même prendre dans une position de contrôle d’identité un blaster à la tempe. C’est convivial, chaleureux et très bon enfant.

 

Cette chaleur humaine n’était pas réservée aux visiteurs et aux personnes du bas-peuple, loin s’en faut ! Si je m’étais focalisé sur Steven Moffat tout ce temps, ce n’était finalement que pour être mieux surpris par les autres présences connues sur place. D’aucun en profitent pour prendre des photos ou chercher des dédicaces, mon truc étant plutôt le contact physique d’un petit échange vocal et d’une poignée de main. Ainsi je tombais par hasard sur le stand de French Nerd, alors occupé par un Slimane Baptiste sans personne autour. L’occasion donc de constater que ce type irradie réellement de charisme jusqu’à grave m’intimider. Me trouvant un peu ridicule d’avoir bloqué sur les compliments habituels qu’on doit lui faire je me ressaisi vite pour voir François Descraques avec qui j’ai eu un échange fort agréable sur sa façon de travailler et sur certains dessous de sa série phare. Sire Descraques parle vite avec cette énergie caractéristique des personnes passionnées par ce qu’elles font et ce qu’elles racontent, et qui vous entraînent avec elles. Oh, mais, oh ? Que lis-je sur le programme ? La finale des World Cyber Game de Starcraft 2 ? Mais oui ! Allons serrer la pince de Pomf en lui demandant un tutorial zerg et croiser Thud juste avant d’observer un duel entre deux joueurs faisant parti des meilleurs français ! Tiens mais ne serait-ce pas RealMyop et CoeurDeVandale – qui ressemble vraiment à un agneau tout doux ? D’accord on ira donc les voir, mais après avoir obtenu une dédicace de Davy Mourier. En somme vous l’avez compris il y avait pléthores de personnes dont je suis un grand amateur du travail qu’elles font. Et ça ne concerne que la partie Comic-Con, je n’ose imaginer le bonheur des fans qui connaissent les invités de la Japan Expo.


Si tout le monde insiste tant sur la distinction entre les deux conventions liées entre elles, c’est que leur différence est tellement palpable. Coté américano-britannique, moins de stands marchands, beaucoup de tee-shirt, beaucoup d’exposition de costumes ou constructions associatifs, un quadripode impérial géant, des Jedis, et un espace jeux-vidéos fourni. De la guerre des étoiles, du pirate des caraïbes, de la science-fiction. Coté asiatique, plus de stands marchands, avec une large prédominance de kawaï et de mangas, forcément, et de la culture japonaise. Plus de filles, plus d’étreintes gratuites – oui j’aime être francophone pour rien – et plus de couleurs. Du Full Metal Alchemist, du One Piece. Non seulement la sensation d’avoir véritablement deux salons différents est plutôt bien pensée mais leurs panneaux géants flottants aident grave à retrouver son chemin pour les nouveaux. Puis, on comprend que le camion d’une célèbre marque de sodas « sans sucres, sans calories » qui distribuait des canettes gratuites ce qui donne un certain vertige quand au stock prévu représente en fait une délimitation physique entre les deux conventions. Et permettra de s’épargner ce qui semblait être indispensable les années précédentes à savoir le transport d’une bouteille qui deviendra invariablement tiède au bout de quelques heures – en revanche l’encas est toujours à prévoir, le sandwich le moins cher étant à six euros. La contrepartie sera forcément des poubelles débordant de canettes, mais rien de catastrophique, j’ai au contraire trouvé la convention très propre, surtout compte-tenu du monde phénoménal qu’elle attire. Dans le même état d’esprit, les toilettes dont on m’avait promis qu’elles donnaient l’hépatite étaient irréprochables, plus que certaines facultés ou hôpitaux.


Coté jeux-vidéos, j’ai donné la part belle à Nintendo aussi appelé « le seul stand où des vigiles de sécurité te font de gros yeux pour que tu ne voles pas les jeux » et notamment aux survival-horrors prévus sur la dernière console portable. Le premier, Revelations, n’est ni plus ni moins qu’un Resident Evil 4 avec une Jill de nouveau brune et dans un manoir. Le second, Mercenaries, est la quintessence des modes mercenaires des deux derniers opus de la série, avec des améliorations à la pelle : plus de personnages, inventaire personnalisable et tout le toutim. Les deux jeux sont bons, voire très bon… mais sortent sur une portable. Et je ne pourrais pas m’y faire. De toute façon après une dizaine de minutes de jeu, un vigile tape ostensiblement à coté de moi pour me faire comprendre que non, la version de démonstration est trop longue pour être finie individuellement par chaque personne. Mais, heu ! Tant pis j’irais jouer à Alex Kid et à Street of Rage sur des vieilles machines amenées par l’association MO5. Je me permettrais même d’établir un high-score sur une borne Space Invaders. Et tac ! Oh, mais ce Kid Icarus me fait de l'oeil, il a mis de nouvelles fringues depuis la dernière fois qu'on s'est vu, ça vaut peut-être le coup qu'on se revoit ?

 

soliderWould you care for some tea ?


En parlant des stands plus amateurs, passages nécessaires chez Press Start Button où j’ai pu faire la connaissance des gens de qualité. Ce serait long de tous vous énumérer et ça ferait un peu trop listing, mais j’ai passé de très bons moments en votre compagnie. L’éternelle question d’une éventuelle prochaine série de vidéos sur un jeu était inévitable, mais là où vous m’avez vraiment fait plaisir c’est en me parlant de ma vidéo sur Starcraft. Dommage j’ai raté la question donnant accès à un quizz enregistré. A un point près ! Un point ! Quel mauvais karma ! Vite, rechargeons-nous au stand Thalie et croisons en y allant tout plein de gens que l’on ne connaissait que via le net – encore une fois, un listing serait inélégant, mais le cœur y est, les mots-clés sont commentaires, blog, tsundere, sorcières, journalisme total et lunettes à carreaux – et amusons-nous à chanter sur une certaine vidéo. Profitons-en pour mettre une journée entière pour calculer que la personne au béret rouge en face de vous n’est autre que l’auteur de jolis textes que vous appréciez beaucoup ! C’est un peu ça, la vie d’aventurier !


D’ailleurs, à propos des « étreintes gratuites », très présentes mais jamais dérangeantes, c’était une curiosité personnelle. On voit un peu de tout : mâles, femelles,  étreintes seules, bisous, viol gratuits voire un truc angoissant au maquillage de craie qui se traînait d’une démarche lente avec une cuillère et une invitation à l’utiliser de manière pas nette. J’ai évité de justesse une dominatrice qui proposait quand à elle des coups de cravache gratuits. Il s’avère que, déception, cette pratique ne soit pas lié à un quelconque échange du sens de la vie dans le creux de l’oreille mais bien d’une sorte de concours sans enjeux, c’est à celui ou celle qui aura eu le plus de succès. Pourquoi pas. A noter que toute personne déguisée semble finalement abordable, qu’elle affiche ou non le petit carton annoté. Ca permet de déconner un peu après avoir assisté aux nombreuses conférences programmées qui, selon les intervenants, tiennent en haleine des salles combles, comme par exemple Moffat encore lui qui répond aux questions sur son métier de scénariste.


Une première convention extrêmement riche pour moi donc, pas une seule des trois journées passées là-bas ne m’a paru de trop. J’ai eu l’immense chance d’obtenir les deux seules dédicaces  que je souhaitais. Je voudrais cependant amener le seul et unique léger point négatif et bien demander au personnel qui entourait les dédicaces de Moffat d’aller voir l’australopithèque à cuillère et de se mettre cette dernière bien profond dans le rectum. Au delà du fait d’être parfaitement stupides – au point de préciser que seuls des objets officiels seraient autorisés en dédicace, non sans rire ? – ils ont presque réussi à gâcher ce moment en travaillant avec zèle pour… empêcher tout contact entre le scénariste et ses fans. Les cinq premières personnes seules eurent un délai correct pour parler avec l’artiste. En ce qui me concerne j’ai dû faire le forcing et ignorer les consignes des deux parfaits abrutis et leurs gilets rouges qui m’entouraient. Bon, ce n’est qu’un détail, Moffat étant quelqu’un de très sympathique ça ne m’a pas empêché d’échanger quelques phrases avec lui. « Oh, let’s stay French ».


Je vais cloturer là cet article longuet sur la Japan Expo / Comic Con 2011, et c’est déjà une gageure tant j’ai envie de détailler chaque rencontre, chaque moment passé dans ces allées où vous êtes entourés de tout ce que vous aimez.

Rédigé par Youe

Publié dans #Varietas

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Sylvhem 10/07/2011 23:59


Parler à Steven Moffat... Petite curiosité, qu'as tu pris sur le stand Docteur Who finalement ?
Merci pour le résumer, ça permet de savoir à quoi s'attendre pour les autres nouveaux. En tout cas, ça avait l'air bien sympa, j'espère pouvoir y passer l'an prochain.


Youe 11/07/2011 01:20



Pour ma pomme à moi, le Dalek "Ironside" qu'on voit dans l'article et un poster "Van Gogh" représentant le TARDIS en train d'exploser. Qui est désormais dédicassé et encadré au dessus de ma
télévision.



Darkkeeper 10/07/2011 11:45


Excellent article, ce fut un plaisir partagé l'ami, dans l'espoir qu'on se revoit prochainement. Il y a eu quelque perle à tes moments d'absences -notamment le stand asus qui passe du trololol sur
tout les écrans- mais on ne peut pas tout voir non plus.


Mota 09/07/2011 14:53


Tiens un Dalek gris ! J'y étais jeudi à Japan Expo et je me suis dit que si je te croise je te salut ! Mais je ne t'ai point vu, dommage. Une prochaine fois sans doute. En même temps j'ai pas vu
grand chose ni grand monde. Je voulais voir plein de conférences, plein d'invités, j'ai rien vu. Je voulais tester les consoles et même gagner un chapeau sonic sur le stand sega, pareil, rien fait.
Mais c'était bien sympa quand même et mieux organisé que l'année dernière (niveau entré et file d'attente). J'ai passé le plus clair du temps à courir entre les stands ou à me poser le cul par
terre côté Comic Con.
En tout cas je vois que tu t'es bien amusé là bas, on s'y croisera peut être l'année prochaine dans ce cas ;)