Kaamelott

Publié le 10 Octobre 2009

Kaamelott c’est une longue histoire. Parce que Kaamelott c’est une série qui évolue. Tout. L’histoire, les personnages, la technique, le registre, le format. Tout. Il devient par conséquent difficile de la décrire succinctement. Et comme j’en suis fan, c’est encore plus dur.


Tout le monde, ou presque, a connu Kaamelott à l’époque où la série devait relever la tâche de remplacer Caméra Café avec le même format au même créno horaire. Episodes courts de quelques minutes, la série se démarque pourtant rapidement. Visuellement d’abord, puisqu’on sent un certain travail derrière les blagues : costumes, décors, ambiance. La partie du corps qui s’extasie le plus est sans conteste l’oreille : tout les dialogues de Kaamelott sont cultes. Mais.

Mais regardons un instant la saison cinq. Que… que se passe-t-il ? Des épisodes d’une quarantaine de minutes, des couleurs grises, un humour en second plan laissant la place à un drame, l’impossibilité de regarder un épisode au hasard faute à une chronologie bien installée… Est-on sur la même série ? Est-ce vraiment le même univers que celui qui a abrité les petits sketchs de trois minutes ? Et bien…

Et bien oui. Et c’est même la saison cinq qui est la meilleure. Alors je pourrais écrire beaucoup, sur l’évolution de l’univers, l’histoire… Mais je préfère me concentrer sur ce que moi, j’ai trouvé extraordinaire : les personnages et la relation qu’on a avec eux.

Car Kaamelott est la seule série qui me donne l’impression d’avoir une relation avec les protagonistes. Pour une raison qui m’échappe, je me sens proche de Perceval, de Léodagan, d’Arthur, de Lancelot. J’ai l’impression de les connaître, d’avoir échangé des instants de vie avec eux. Ce qui est vrai, d’ailleurs, puisque la série s’attache plus à la vie quotidienne des chevaliers qu’à leurs exploits héroïques – qui, dans l’univers de Kaamelott, soit n’existent pas, soit sont accidentels. Pendant trois saisons et demi, on apprend à connaître les personnages, leurs petites manies, leurs expressions, leurs réactions, leurs préférences, leurs pêchés, leurs vertues. On les voit autour d’une table à manger, dans leur lit, dans les couloirs du château, derrière l’église, en train de picoler, en train de manger, en train de jouer, en train de péter un câble. Souvent en train de s’engueuler aussi. Tout ça pour dire qu’on s’approprie finalement ces personnages. Qu’on s’y attache beaucoup, bien plus qu’on ne s’y attend. Toujours dans un registre assez léger, comique, bon enfant. En somme des marionnettes humaines qui s’agitent dans le théâtre de leur train-train quotidien pour nous faire rire. La saison quatre commence à sérieusement déroger à cette règle mais sans trop nous bousculer.

 
Puis arrive la saison cinq. Et là, tout s’écroule. Et tout se sublime. La saison cinq c’est la légende arthurienne qui revient au galop. Qui frappe avec une force infinie l’univers tranquille de nos héros. Qui s’abat sur nos marionnettes souriantes et enfantines. Le souffle épique qui intervient, et on a peur.

On n’a pas peur à cause de l’histoire. Pas vraiment à cause des méchants non plus. Ce n’est pas une frayeur à proprement parler, c’est plus insidieux. On a peur parce qu’on n’a pas envie qu’il arrive du mal à nos héros. Parce qu’on connaît, même vaguement, la vraie légende d’Arthur. Et qu’on sent que nos Perceval, Léodagan, Karadoc, Merlin… Ils ne sont pas prêts. On sent qu’il se passe quelque chose de grand, qui va dépasser complètement les personnages. C’est idiot, pourtant. Mais voilà, on sent que le doux cocon de leur vie, déjà éraflé dans la saison quatre, va être anéanti dans la cinquième.

Une cinquième saison obscure, donc. Noire et riche. Probablement la plus riche en émotion. Avec nos enfants qui sont lâchés sans filet dans le monde adulte qu’est celui de la légende. Alors oui, parfois c’est drôle mais c’est souvent triste.. et toujours beau. Arthur est plus que jamais le héros de la série, tout tourne autour de lui. Son évolution est parfaitement narrée. C’est sur lui que se porte le plus lourd poids de la tragédie : on suit en effet la déchéance du roi de Logres qui perd peu à peu la foi et abandonne lentement la lutte pour partir à la recherche de ses enfants, seule chose qui compte désormais pour lui. C’est lent, c’est progressif, c’est sombre, c'est subtil, c'est métaphorique et… terriblement humain.

A cela, on rajoute que le reste du casting de la table ronde va se définir par rapport à la relation qu’il entretenait avec le grand Roy. De chacun sa façon de réagir, et de révéler une de ses facettes dont, parfois, on ne soupçonnait pas l’existence. C’est ainsi que tous acquièrent une profondeur supplémentaire, comme s’ils commençaient à mûrir par la force des choses et à découvrir qui ils sont vraiment. Certains plus que d’autres. Pour prendre l’exemple le plus frappant, la reine Guenièvre est tout simplement méconnaissable. La cruche agaçante des débuts attire ici une affection débordante de notre part. Dans un autre registre, j’ai lu ici et là que d’aucun pense que Karadoc est le personnage qui n’évolue pas, qui ne montre rien, qui ne fait rien. Je ne suis pas d’accord. Karadoc a représenté dans cette saison l’une des valeurs de la chevalerie. Même si son évolution est moins marqué par les évènements, lui aussi présente au public un aspect de son personnage qui est important et mieux révélé par la saison cinq.


Et les épisodes passent, et l’on sent les ténèbres envahir peu à peu Arthur et, parallèlement, le reste du monde breton. Et l’abyme dans laquelle Arthur plonge est tellement profonde, tellement désespérée, mais en même temps tellement humaine et tellement simple, qu’elle en est extrêmement violente.

Donc, il faut regarder Kaamelott. Le début pour les répliques cultes (c'est pas faux), pour les jeux de Perceval (vous avez un sceau de dés ?), pour les colères de Léodagan et d'Arthur et les moments mythiques (Y'a du dessert), pour la stupidité des autres chevaliers (le périmètre, c'est pour mesurer le tour de cuisse, ou le tour de bras ?). Le milieu pour voir peu à peu se dessiner l’histoire, la mise en place de la chronologie, des personnalités plus poussées des personnages. Et la fin, la saison cinq, pour se rendre compte combien Alexandre Astier est excellent et redécouvrir la série. Rien que ça.

Alors pourquoi est-ce que je parle de Kaamelott maintenant ? De toute façon, je prévoyais de le faire un jour ou l’autre. Mais maintenant est une bonne période puisque la saison six, la dernière télévisée (et j’aime quand une série a une fin, ce n’est pas fréquent), démarre le 17 octobre. On quittera à cette occasion un peu la pâle Bretagne pour faire un tour du coté de la dorée Rome et y découvrir un peu nos futurs chevaliers de légende avant qu’ils ne se rencontrent tous autour d’une table. A cette époque, Arthur était un simple soldat romain. Je ne suis pas un fan des couleurs chaudes, mais ça s’annonce tout bon. Et puis, maintenant, j’ai une confiance entière.



Site officiel de Kaamelott : lien
Fan-site "On en a gros" (forum actif) : lien

Rédigé par Youe

Publié dans #Ars artis

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