Kaamelott, livre VI : Arturus Rex

Publié le 9 Novembre 2009

Attention, j’essaie de les éviter autant que possible, mais les spoilers sont rusés et il est possible qu’ils se soient dissimulés de ci de là dans l’article à l’insu de mon attention. Ca risque aussi d'être un peu décousu et, comme évidemment je n'ai pas le DVD, je n'ai à ma disposition que les illustrations de promotion hélas peu représentatives de ce que j'ai ressenti.

 

Comme je l’ai déjà précisé ici, je suis un fan « récent » de Kaamelott. Ayant d’abord vu en boucle les cinq premiers livres sur Youtube, j’ai ensuite progressivement acheté quatre d’entre eux. Mon préféré est le dépressif livre V qui arrive à être drôle, subtil, lent, noir, beau, humain et épique en même temps. C’est donc avec une impatience péniblement dissimulée que j’attendais la diffusion du prochain livre. Se déroulant une quinzaine d’année avant le règne d’Arthur, il siège principalement à Rome, origine présumée du grand roi.

 

Aujourd’hui cela fais quelques semaines que cette diffusion est finie. Et ce que j’en retire c’est une impression mitigée au possible. Et, quitte à choisir un camp, je pense aller vers celui des déçus. Pas déçu au point de n’en dire que du mal et de cracher dessus comme certains le font, mais suffisamment pour mettre en doute mon achat pourtant gagné d’avance du DVD. Cela confirme une théorie générale voulant que plus on attend un évènement, plus les risques que celui-ci nous déçoive sont grandes.

 

Cette dernière saison avant les films au cinéma est donc censée se concentrer sur la jeunesse d’Arthur, ce qui l’a amené à devenir le roi de Bretagne, à se lancer dans la quête du Saint Graal, et à s’entourer de ses plus ou moins fidèles chevaliers. On s’attend à des rencontres épiques – ou pas - entre les protagonistes qu’on connaît bien et à une montée lente mais sûre d’un Arthur d’abord naïf devenant le porteur d’Excalibur, triomphant de ses ennemis par le verbe autant que par la lame. On a bien tout ça, mais de façon complètement hachée. 

 

 

Avant de parler de ce qui m’a déçu, je vais commencer par énumérer les points positifs. Car il y en a un paquet malgré tout. Parlons tout d’abord de l’enveloppe. Les décors et les costumes sont magnifiques, en particulier les uniformes romains et ceux des chefs de clan bretons. La photographie est aussi excellente, plus travaillée encore que pour le livre V, avec un contraste extrême entre la chaude Rome et la pâle Bretagne.

 

Certains personnages, qu’ils s’agissent d’anciens récurrents ou de nouveaux venus, sont parfaits dans leur écriture et merveilleusement bien joué. La palme d’or revenant à Tcheky Karyo et son personnage d’ex Dux Bellurum de Britannia qui dépeint le personnage le plus dense de la saison et qui, en seulement quelques apparitions, en fait un de mes personnages favoris de l’univers de Kaamelott, rien que ça. Le soldat vétéran qui n’a rien connu d’autre que la guerre en deux décennies et qu’on renvoie brutalement à la maison. Jamais l’adjectif « taciturne » n’aura été aussi éloquent chez quelqu’un que chez lui. Ses dialogues sont peut-être les plus travaillés de tous et son face à face avec Arthurus m’a énormément marqué.

 

Toujours dans les nouveaux, on note aussi Emmanuel Meirieu qui nous joue une prestation tellement dans le ton qu’il pourrait carrément nous faire croire qu’il est là depuis le début. Il semble tellement à l’aise, presque plus que les habitués. Pierre Mondy, enfin, qui n’est pas à son meilleur niveau selon moi mais nous présente un empereur qui nous surprend à plusieurs reprises.

 

Les habitués ne sont pas tous traités de la même façon. Parmi les plus notables, Lancelot du Lac arrive en pole position. Thomas Cousseau a toujours dû jouer un des rôles les plus compliqués puisque devant être le chevalier modèle, très sérieux, mais comique, sans l’être trop, car tragique aussi, bref. Ici il est à son paroxysme, comme si son personnage avait chargé le potentiel jusqu’à maintenant où il relâche tout. Sa première apparition est d’une force étonnante dans le genre « J’apparais cinq minutes à l’écran mais je marque plus les esprits que tout les anciens réunis ». Autres vieux de la vieille, les chefs de clan bretons, dont les rôles sont renforcés pour notre plus grand bonheur. Un Léodagan égal à lui-même et un roi Loth qui, grâce à François Rollin, vole toujours la vedette grâce à ses longues tirades qui sont plus que jamais cultes. Et enfin, mention spéciale à Merlin le druide et le Père Blaise, responsables de mes deux plus gros rires durant ces neufs épisodes.

 

Certaines scènes sont majestueuses. Je ne spoilerais pas mais deux d’entre elles m’ont particulièrement impressionnés. L’une est ternie de sang, l’autre est la dernière scène. Plus certaines scènes bretonnes. De ce coté-là on a de l’épique, du métaphorique, c’est du bonheur. Enfin, les répliques, la base de Kaamelott : à l’image du livre V, des dialogues « standards » côtoient des répliques mémorables dans des registres différents : dramatiques, tragiques, comiques. On est même plutôt gâté par les bretons, plus que je ne l’espérais.

 

De nouveaux rôles, de nouvelles têtes, une genèse, une bonne photographie, qu’est ce qui a bien pu capoter au point que certains fans fassent la moue ?

 

 

D’abord, la narration. Extrêmement hachée dans son rythme. L’histoire n’a pas cette lente fluidité parsemée de moments forts comme la saison cinq. A la place, elle avance par à-coup, de façon très chaotique souvent, avec des raccords parfois un peu obscurs et une logique souvent discutable.  Les différentes promotions d’Arthurus sont par exemple mal amenées, souvent au milieu d’un creux scénaristique, devenant par-là assez oubliables alors qu’elles auraient pu être une quintessence de l’absurde.

 

Arthurus lui-même est un reflet évident de ces soucis dans la trame. Alexandre Astier doit, in fine, jouer trois Arthur différents : le naïf soldat dépassé par ce qui lui arrive, le chevalier idéaliste épris de justice et défendant les faibles, et enfin le futur roi de la Bretagne aux grande responsabilités. Indépendamment les uns des autres, ces trois versions sont jouées avec un talent qu’on connaît au sieur Alexandre. Le problème réside dans leur enchaînement qui est d’une hésitation agaçante. On passe de l’une à l’autre pour des instants courts sans trop comprendre. Le tout début est bien marqué par la naïveté et la toute fin par la prise d’assurance, mais l’entre-deux est très confus. Une confusion probablement voulue pour mettre en évidence celle d’Arthur mais mal amenée par sa personnalité changeante trop facilement et surtout trop brusquement.

 

L’histoire se traîne donc abominablement pour se finir ensuite bien trop précipitamment lorsqu’enfin notre romain préféré accoste sur l’île. Ce qui peut agacer les fans pour lesquels justement, le coté intéressant de l’histoire commence quand Arthur pose le pied sur le sable celte.

 

Certaines idées cassent pas mal les mythes qui se sont fondés autour de la série. Par exemple, une aventure amoureuse que vit Arthur alors qu’il est à Rome. Le spectateur est le premier surprit de cet amour arrivant comme un chien dans un jeu de bowling : imprévisible et inattendu, rien ne permet de l’appréhender. On dirait presque une mauvaise fan-fiction. La pilule passe une première fois mais à peine avalée on nous en propose une deuxième avec une histoire de serment liée à cet amour qui fout pratiquement tout le comique lié au couple Arthur - Guenièvre en l’air. Autre idée qui fout les boules (j’en ai failli éteindre mon poste) : l’origine de Perceval. Parce que voyez-vous, jusque-là, nous avions le plus sincère et le plus naïf des chevaliers, ayant un amour réel envers son roi, et ayant développé avec ce dernier une relation bien particulière, très différente de toutes les autres. Perceval est le chevalier préféré d’Arthur, promis malgré sa bêtise à une grande destinée. Le personnage attachant par excellence, premier dans le cœur de tous les fans. Et ben accrochez-vous, dans la saison VI, on nous explique avec aplomb que Perceval a été trouvé par ses parents adoptifs une matinée au milieu d’un cercle de culture, qu’il serait donc spécial et lesdits parents demandent à Arthur de lui porter une attention particulière. MAIS PUTAAAAIIIIIIIIINNNN ! BRAVO, BIEN JOUE, LA PLUS BELLE RELATION ENTRE DEUX CHEVALIERS EST DEFONCEE AU MARTEAU-PIQUEUR !

 

Alors d’aucun diront : oui, mais c’est un clin d’œil à ci, c’est une référence à ça, faut pas le prendre en compte c’est juste pour l’accroche. Ben s’il ne faut pas le prendre en compte, pourquoi c’est à l’écran ? Un clin d’œil ? Y’en a eu bien d’autres dans la série, et parfois pas des finots (rappelez-vous les portes des étoiles, les sabres-lasers…). Pourtant ça ne foutait pas en l’air l’un des piliers de la série.

 

 

Certains personnages donnent le sentiment d’avoir été un peu bâclés ou un peu oubliés. Puisqu’on parle de Perceval, on ne peut pas dire que Franck Pitiot ait trouvé défi à sa hauteur dans ce livre, puisque son personnage n’est pas différent de son futur dans quinze ans. Beaucoup de romains m’ont laissés indifférents. Le sénateur  responsable de tout, dont j’ai oublié de nom, si vindicatif et manipulateur au début, a la volonté d’une limace quand Arthur le trahit. Quand aux rencontres des chevaliers de la Table Ronde, disons qu’il ne faut pas que cherchiez quelque chose de ce coté-là : bonjour, bonsoir, emballez c’est pesé, circulez il n’y a rien à voir.

 

Autre chose de capital et toujours lié aux personnages pour moi : on perd l’atmosphère intimiste de Kaamelott. Du livre I au livre V, quel que soit l’humeur ou le format, peu de personnages étaient montrés à l’écran, même lorsque des foules étaient censées être représentées. Il se dégageait une impression très intime de la légende arthurienne, très personnelle, l’histoire intervenant sur les héros et non l’inverse. Dans le livre VI, cette sensation a disparue.

Au niveau scénique, je dis plus haut que la dernière scène est l’une de mes préférées. Alors, je maintiens... Si on coupe les vingt dernières secondes. Parce que, pendant vingt secondes, ce texte s’affiche à l’écran : BIENTOT ARTHUR REDEVIENDRA UN HEROS. En majuscule et tout. Le texte subliminal étant : « attendez partez pas de suite souvenez-vous que y’aura des films ». Merci de pas nous prendre pour plus con qu’on est, même les non-fans se doutent bien, vu l’histoire, qu’on aura autre chose après.

 

Enfin, les musiques, si belles et si mémorables dans le livre V, sont pour la plupart assez insipides ici, voire choquantes. Personnellement je ne me plains pas trop de la musique associée à la villa Aconia mais je comprends que certains aient été perturbés par ce qu’ils qualifient de « musique d’ascenseur ».

 

En me relisant je m’aperçois que je reste assez brouillon et qu’en fait, je n’ai pas encore suffisamment de recul, j’ai l’impression de relire mes réactions à chaud. Je n’aurais pas dû parler de Perceval si tôt dans l’article, ça m’a énervé pour rien. Dans l’absolu, ce livre VI de Kaamelott est quand même assez sympathique. L’histoire se laisse regarder, même si difficile à suivre, avec de temps à autre un moment épique, absurde ou beau. En fait, plus je les regardais sur M6Replay, mieux je les appréciais. Peut-être faut-il du temps pour prendre du plaisir. Mais que tout mes moments favoris se situent en Bretagne et qu’il faille du temps à un fan qui a pourtant aimé le livre V me fait penser que, quelque part, quelque chose a cloché. La sauce n’a pas pris autant qu’avec les autres saisons.

 

 

Mais vivement le film quand même. Après un Arthur qui reprend du poil de la bête, la ligne de loyauté des protagonistes bien tracée et un Lancelot Dark Vador, je dis qu’on passera un bon moment. Au moins, ça m’accroche plus que le teasing du livre VI à l’époque, c’est déjà ça.

 

 


Site officiel de Kaamelott : lien

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Rédigé par Youe

Publié dans #Ars artis

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