La symphonie de la nuit

Publié le 5 Novembre 2009

Un article frais et d’actualité puisque parlant d’un jeu sorti à l’époque sur la première Playstation. J’ai toujours été très intéressé par la série Castlevania, paradoxalement sans jamais en acheter les jeux. Trop difficiles pour moi à une époque où je ne maîtrisais même pas la course et le saut dans Mario Bros sur NES. Pourtant, l’univers gothique, l’inspiration des classiques de l’horreur, et ce mélange entre les croyances et les mythologies, couplé au fait que Dracula et les vampires me fascinent, c’était la recette gagnante.

 

J’ai fais mes dents de lait sur la NES et je suis devenu un vrai joueur avec la Super Nintendo. Puis est venu le temps où je commençais à jouer pour vraiment battre un jeu. Et en tant que fidèle de Mario  je choisis la Nintendo 64. Choix non regretté, mais m’éloignant fatalement de la franchise des chasseurs de vampire puisque les deux titres sortis sur la console, « Castlevania » et « Castlevania : Legacy of Darkness »  ont été descendus en flèche par les critiques et les joueurs.

 

Je renoue avec la série grâce à l’émulation. Pour la première fois, je parcours moi-même les niveaux du tout premier Castlevania sur NES, ce n’est plus un ami qui m’amène directement devant la créature de Frankenstein pour me faire défoncer. Je découvre la Mort. Puis Dracula. Pour la première fois, je finis le jeu. Ca m’aura pris plus de quinze ans. Mais en une seule session, je passe de « intéressé » à « fan ».

 

La suite logique viendra avec l’opus sur Nintendo DS pourtant le plus décrié à savoir Portrait of Ruin, que je dévore et découvrant par cette occasion le gameplay à la Metroïd instauré il y a longtemps. Joie, excitation. Je renouvelle l’abonnement avec Order of Ecclesia qui est largement surestimé par tout le monde et qui est selon moi très, très en dessous des autres. Mais qui reste agréable avec un système d’armes à base de combinaison de glyphes bien stimulant.

 

Tout va bien dans le meilleur des mondes donc. Mais je sens une gêne, un manque. J’entends des voix, des échos, des murmures. Je vois des images. Ca parle d’une mélodie nocturne. Ca parle du meilleur Castlevania jamais créé. Ca parle de Playstation. Avant de céder à la folie, je me renseigne. Tout ça pour arriver sur un titre sorti en 1997 et nommé Castlevania : Symphony of the Night. Les artworks sont magnifiques, mais plusieurs choses me dérangent un peu avant de débuter. D’abord, l’histoire semble compliquée. Ca part de la fin d’un autre jeu auquel je n’ai pas joué en reprenant son scénario, y’a des clins d’œil, une suite logique… Au revoir le simple principe du héros contre Dracula. Deuxièmement, le héros est Alucard, mi-vampire mi-humain (mais quand même vachement plus vampire), fils de Dracula. Back in the time, je ne sais pas, mais aujourd’hui ça fait un peu cliché et le personnage d’Alucard ou du héros vampire qui se révolte on commence à connaître. C’est donc un peu dubitatif que je me procure un émulateur et que je me lance dans l’aventure.

 

Trois minutes. C’est le temps qu’il m’a fallu pour devenir un inconditionnel de ce jeu.

 

Ah on commence direct ici, comme ça, à froid ?

 

Non, l’histoire ne met pas les nouveaux joueurs de coté. Le jeu commence devant Dracula (WTF ?) où sont confrontés un chasseur de vampire et le prince noir. Dès le début du jeu on a une action intense desservie par des contrôles aux petits oignons et des graphismes à tomber. On dégomme donc Dracula et durant la bataille le nostalgique ne peux s’empêcher d’avoir un rictus : ouaiiis on dirait celui de la NES j’vais me le faire sans me faire toucher ahahah ! Bon évidemment on y arrive pas (presque, je tiens à le dire) mais le simple fait de nous procurer ce sentiment fait de ce jeu un bon jeu. Ensuite, petite cinématique, quelques explications. Le chasseur de vampire disparaît mystérieusement, le château du prince des Ténèbres réapparaît. Alucard, qui avait déjà vaincu son père dans un précédent Castlevania, décide de se réveiller de sa torpeur pour nettoyer tout ce bordel. C’est donc lui que l’on contrôlera au long du jeu. Premier niveau. Ca commence doucement. Pas de musique, niveau sombre. Mmh ? Ah ça se réveil- OH MY GOD.

 

D’un seul coup sans nous prévenir – bande de fumiers – le décor et la musique se révèlent. Du coup ce n’est pas un mais bel et bien deux de nos sens qui en prennent jusqu’à raz bord en une fois. Décors en deux dimensions d’une finesse rare et un souci du détail hors du commun, style général de grande inspiration classique-gothique, et la toute première musique, le premier niveau donc, est déjà épique. Le héros est certes cliché aujourd’hui mais il transpire la classe. Costume aristocrate, cape noire et rouge sang, long cheveux argentés, gestes élégants, un vampire un peu effeminé qui contraste avec les chasseurs ordinairement virilisés. Premier niveau à base de zombies moisis, comme dans quasiment tout les Castlevania, ça rappelle très fortement le premier niveau de l’opus sur NES, de Portrait of Ruin… C’EST BON ! On progresse et deux tableaux plus tard… Ah ouais on rencontre déjà la Mort. La Mort qui basiquement nous dit « Salon fiston, qu’est ce que tu fais-là ? ». Woooh la Mort nous connait comment ça pète ! Ah, elle nous fout à poil, c’est déjà moins bien. Bonne vieille excuse pour éviter à Alucard d’être surpuissant dès le début du jeu et nous forcer à parcourir le château à la recherche d’un équipement valable, de prendre des niveaux façon jeu de rôle, de collecter des objets rares, de résoudre une ou deux énigmes, de rencontrer d’autres personnages… Stop ! Stop ! Trop d’épique d’un coup !

 

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Le jeu réside donc dans l’exploration non linéaire du château à la recherche de votre armement et de magies spéciales, pour espérer enfin trouver Dracula et le renvoyer en enfer pour une centaine d’année. Evidemment, tout n’est pas si simple. L’édifice est extrêmement vaste, regorge de pièces secrètes, d’ennemis plus ou moins retords, et les éternels boss de fin de stage qui du coup ne sont plus à la fin de stages mais dans de grandes pièces réservées. On retrouve les classiques : créature de Frankenstein, Chauve-souris géante, Momie, la Mort… Mais aussi des nouveaux qui, miracle, ne font pas tâche. L’histoire va se compliquer un peu, mais pas trop puisqu’on n’a pas envie de se prendre la tête, quand Alucard devra aussi faire face à la disparition de la lignée de chasseur de vampire.

 

Une aventure très longue, mais jamais ennuyeuse malgré les allées et venues dans le château. On dit merci au talent de l’équipe qui a réalisé un boulot pharaonique sur tous les points qu’on peut attendre d’un jeu :

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  • Les graphismes. Le début du jeu le représente, les détails abondent, le style est inspiré, aucune partie du château ne ressemble à une autre, les ambiances sont oppressantes et contemplatives. Les jeux en 2D devraient tous être comme ça, sans exception. Différents plans, jamais de soucis de collisions, toujours une sensation de perfection. Une perfection poussée jusqu’au système de sauvegarde puisqu’elle s’effectue dans des salles avec un cercueil entourant Alucard.
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  • Le gameplay. Très fluide, sans anicroche, très porté sur l’exploration. Alucard ramassera de nombreux objets qui se répartissent entre armures, armes, boucliers, heaumes, capes, et deux bijoux. Chaque objet ayant des caractéristiques particulières, comme par exemple une armure permettant à Alucard de marcher sur des pics, ou des armes enchantées. Plus les objets à usage unique comme des arcs magiques ou des potions de soin. Plus les armes spéciales classiques telles que l’eau bénite, les couteaux ou les haches. Plus les familiers, petites créatures qui nous suivent et nous aident de diverses manières (la première fois qu’une voit notre familier désigner un mur et nous dire oralement « ce mur me semble étrange » ou « cet interrupteur n’a pas été utilisé », ça fait un choc). Et si ce n’est pas suffisant, notre vampire peut se transformer en loup, en chauve-souris ou en brume. Le souci du détail va jusqu’à donner des graphismes différents selon l’arme ou la cape qu’Alucard porte et ses transformations. Par exemple, avec une cape violette, sa forme de chauve-souris aura des ailes tirant sur le violet. Dans le même genre, vous ne pouvez toucher l’eau. Ben oui vous êtes un vampire, l’eau vous n’aimez pas trop ça. Putain ils ont même pensés à ça.
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  • L’histoire. Simple mais pas simpliste. On ne prend pas le joueur pour un ahuri, sans pour autant se toucher sur des rebondissements ou des entourloupes vaguement inutiles censées apporter une fausse profondeur. Non, là c’est simple mais intéressant, lisse, le joueur est là pour un Castlevania, pas pour lire Bram Stocker. Pourtant il se pose quand même quelques questions, auxquelles le jeu répond de façon claire, imaginative, sans jamais briser le rythme puisque le joueur n’est jamais passif.
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  • La musique. Alors que dire. J’ai de tout temps aimé les musiques des Castlevania, qui mêlent à la perfection cette montée d’adrénaline, une sensation morbide, et le coté épique. Ici, c’est sublimé. A chaque nouvelle zone du château, on s’arrête quelques secondes juste pour écouter ces morceaux qui non content d’être d’une qualité exceptionnelle sont uniques et finit de nous immerger dans le jeu. Et pourtant il n’y a pas Vampire Killer. Normalement quand un Castlevania n’a pas au moins une version de Vampire Killer je n’écoute même pas les musiques. Ben là si, non seulement j’écoute mais j’écoute en boucle.
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Il ne manque rien à ce jeu.

 

J'espère que les graphistes en ont une minuscule pour compenser leur execrable talent.

 

Ma seule déception relève de la difficulté, pour ainsi dire absente. Je n’ai jamais utilisé les armes à utilisation unique et je n’ai pas cherché à trouver les meilleurs équipements du jeu non plus. Pourtant, j’ai battu la Mort et Dracula avec une facilité qui m’a d’ailleurs semblé louche, à tel point que je m’attendais à ce que ce soit une ruse. Seul un boss optionnel est un réel challenge. Les autres sont ridiculement faibles. J’ai ainsi facilement eu accès à deux des cinq fins possibles.

 

Alors, Symphony of the Night, le meilleur Castlevania ? Il y a un mois, j’aurais peut-être regardé cette affirmation de haut, avec la condescendance de celui qui considère que le premier est imbattable. Maintenant, je me tairais, et même sourirais. Les deux sont incomparables dans ils sont différents. Epoques, technologies, et même le gameplay n’ont rien à voir. Mais, même si le Castlevania sur NES, Simon Belmont et Vampire Killer gardent une place spéciale à mes yeux, je ne contredirais jamais quelqu’un affirmant que Symphony of the Night est le meilleur opus de la série. Parce qu’il aura sans doute raison.

 

 


Les images en vignettes proviennent de La bibliothèque de Castlevania : lien

Rédigé par Youe

Publié dans #Ludus

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Mota 08/11/2009 03:02


Alors là je dis oui, un grand oui ! Je suis un grand fan des castlevania, et symphony of the night et le seul auquel je n'ai jamais joué. C'est paradoxal si on considère qu'il est le meilleur de la
série. En tout cas il faudra que je me le procure :)


Youe 08/11/2009 19:08


Ahah et je viens de m'apercevoir que même l'AVGN, qui a interrompu son troisième volet consacrés aux Castlevania juste avant d'aborder SotN, est obligé de se justifier tellement il a reçu de
commentaires à propos de ce jeu ! Edifiant.


Nashi 05/11/2009 19:36


Si tu n y a pas encore touché, y a aussi la série de Castelvania GBA et DS avec pour héros Soma Cruz qu'est bien cool aussi( "Aria of Sorrow" et Dawn of sorrow" si je ne me trompe pas).

Sinon bien d'accord avec la grosse puissance qu'est ce jeu, niveau graphisme et musique on est du même avis, un peu moins pour la difficulté qui m'a quand même fait recommencer certain boss,
j'étais plus jeune certes mais pas le souvenirs que le jeu fût une telle ballade de santé.

(PS : Il est bien sympa ce bloug, je vais remercier Concombre de te faire de la pub tient =D )


Youe 07/11/2009 01:07


Oui je cherche le couple d'opus avec Soma (quel nom étrange d'ailleurs) dans les stocks d'occasion de mes magasins mais pour l'instant je prends mon mal en patience.