Le Trapèze Zéro

Publié le 27 Juillet 2010

J’allais démarrer cet article par une introduction osée telle que « cela fait longtemps que je n’ai pas raconté ma vie ». Et puis en y réfléchissant trois secondes, il s’avère que, sur ce blog, je ne fais quasiment que ça. Disons que cette fois-ci c’est vraiment très personnel.


Et ça tombe bien puisqu’il s’agit d’aborder un domaine auquel je suis complètement étranger puisqu’il s’agit du sport. Quitte à choisir un camp, et malgré mes études, je fais parti de ceux qui ont clairement décrété que cette activité est bonne pour les autres mais foncièrement mauvaise pour soi. J’ai d’ailleurs quelques os et quelques ligaments qui peuvent témoigner.

 

ceinture-scapulaire-trapezeUn trapèze. Rouge. Mais c'est chacun son goût.


Même si mon enfance est finalement assez sportive, j’ai comme beaucoup arrêté toute activité physique après le lycée et ses pénibles trois heures obligatoires par semaine. Quelques années de faculté plus tard, souhaitant lutter contre un look de crevette anémiée, je décidais de reprendre doucement. Avec un certain succès critique au contact du tennis qui, surprise assez déconcertante, me plaît beaucoup – à très bas niveau.


Mais avant de découvrir la raquette, j’eu voulu y aller carrément dans le tas, tenter un exercice dont l’évocation fait fuir tout les neuneus de l’ordinateur dont je fais parti alors qu’on le retrouve paradoxalement sur la totalité des gros fora d’internet : la musculation. Cris d’effrois, trauma subconscient, frissons, réactions de rejet. Pourtant ! C’est un fait, quelque soit le forum sur lequel on va, pour peu qu’il soit beaucoup fréquenté, il y aura forcément un sujet consacré à la musculation. Parce que le geek gros et gras et le geek tout mince tout sec, c’est cliché, mais ça existe. Et si je pouvais m’éloigner ns serait-ce qu’un peu de ces clichés, c’était tant mieux.


Déjà, je coupe court à la blague : oui, vous m’avez vu en vidéo, vous en avez donc déduit que non, je n’ai pas été très réceptif à la manœuvre malgré toute la bonne volonté du monde.


Il faut dire que rien, rien du tout n’était favorable à mon accès au truc. Deux heures par semaine réservées dans une petite salle quasi-souterraine par l’intermédiaire de l’université, un couloir lugubre en guise de vestiaire, des fenêtres barrées – comme en prison ! – ce n’était de base guère accueillant. La population aussi était un peu curieuse, à moitié des vrais costaux qui soulèvent d’une main l’équivalent de deux fois mon poids, un quart de filles cherchant à se rondir les fesses et s’aplatir le ventre, et un quart de midinettes cherchant délibérément à mater et à se faire draguer par un entraîneur ayant l’âge de leur père. Parce que les clichés, comme dis plus haut, ça existe.


Je me mélange comme je peux, c'est-à-dire assez mal, et les habitués nous présentent les machines de torture sur lesquelles on va s’escrimer toute l’année. Je repère assez vite un vélo fixe carrément classe sur lequel on peut programmer des circuits virtuels, le rameur, activité douce préférée des débutants, et les altères, activité qui signe ton accès à l’élite. En dehors de ça, les équipements font effectivement penser à de la torture, psychologiquement tendu donc de ne pas y aller sans se méfier.


Il s’avérera que je ne tirerais aucun bénéfice de cette année. La faute à une motivation déclinante sur le temps, à une absence totale d’encadrement – j’apprends un rythme d’exercice cinq mois après le début, c’est cool ou pas ? – et que définitivement non, commencer par ça, c’est trop violent, c’est comme vouloir initier une adolescente au sexe en lui montrant des viols tentaculaires hentaï ou des bukkake. Ca ne marche pas.


Le coté positif, c’est que plier des machines, soulever de la ferraille et pédaler dans le vide m’a fait découvrir des muscles que je pensais atrophiés ou carrément absent de mon anatomie. Etonnamment, après une séance, j’arrive à ressentir l’effet des endorphines libérées après des efforts prolongées, et la satisfaction physique de l’effort. Ca va faire rire tout les férus de sport mais j’avais complètement oublié ce dont il s’agissait, préférant largement la satisfaction intellectuelle. Oui, je découvrais à cette occasion aussi que les deux n’ont rien à voir.


Un peu dépité par cette expérience ratée, je me contente dans ses suites de faire… n’importe quoi. Quelques pompes de temps en temps quand j’y pense, ah zut aujourd’hui je l’ai pas fait et maintenant c’est trop tard, on verra demain, allez aujourd’hui je fais des abdos… Jusqu’à ce que je tombe sur un sujet sur internet traitant d’une méthode plus douce. Je ne devais pas avoir grand-chose à faire ce soir-là, je lis tout, je regarde les photos des types couillus ayant essayés. Détail qui m’interpelle de suite, la plupart des gens s’exprimant n’étaient clairement pas des sportifs de haut niveau, certain se révélant même être des brindilles. Les résultats après leurs entraînements sont assez chouettes. Pas de montagne musculaire à l’horizon mais des corps d’humain en bonne santé physique. Je continue à lire et apprends qu’il s’agit d’une méthode sans matériel nécessaire, appelée méthode « Lafay ».

 

lafayVoilà, là, comme ça, tel quel, on croise ça à la Fnac, on rigole, on se dit que c'est pour

les pigeons, et on se dirige vers les jeux vidéos.


Je reste très sceptique mais pour une fois qu’un tel produit attire l’attention des gens par le bouche à oreille et non par des publicités GoogleAd pour de la créatine spammées partout, pourquoi pas ?


Je télécharge donc le livre (mais le téléchargement c’est le Mal hein, d’ailleurs un ours polaire est mort à cause de moi cette fois-là) pour en avoir un aperçu. Encore une agréable surprise puisqu’il s’agit d’un vrai ouvrage bien rédigé, avec introduction, schémas d’exercices, schémas d’étirement, proposition de niveaux de progression… Je décide d’acheter le livre qui ne coûte qu’une quinzaine d’euros.


Ma première impression est confirmée : au lieu de vous balancer directement dans le vif du sujet, la méthode Lafay commence par une préface d’une kinésithérapeute – ostéopathe  (salut Béatrice !) et une introduction affichant explicitement les catégories de personnes auxquelles s’adresse le livre et des conseils sur la façon de… le lire, en fonction de sa catégorie. Explication brève du principe de la méthode, de son invention et de comment s’en servir. Puis, chapitre concernant… les bases. Et le premier sous-chapitre concerne… le repos. Suivi de la façon d’exécuter un mouvement, des amplitudes, du rythme. Ensuite, gros paragraphes sur l’alimentation. Passage sur un petit exercice pour bosser… votre souffle.


Bref, rien n’aborde directement l’exercice musculaire intrinsèquement, les quarante premières pages sont consacrées aux conseils techniques, diététiques, motivationnels, et tout ce qui tourne autour de la séance elle-même. D’un point de vue « médical », ça apporte une certaine crédibilité. Pendant ces quarante pages on est sans cesse rassuré sur la recherche de la performance : tout doit se faire en douceur, ne pas chercher à forcer, si notre corps ne veut pas de la dernière flexion, il a ses raisons… J’ai eu l’impression de lire « l’effort pour les Nuls ». Et être pris pour un nul débutant sans être pris pour un débile, ça fait du bien.


Je me lançais donc dans ces séries d’exercice. Ils sont découpés en niveaux, ce qui va forcément parler aux amateurs de jeux de rôle. Les deux premiers niveaux sont une initiation permettant de vous évaluer, comme un tutorial. Puis, chaque niveau est décrit avec son nombre de séances conseillées et l’objectif recommandé à atteindre pour passer au niveau suivant. Une progression par buts rapprochés qui évoque des niveaux de jeux-vidéos. Ding ! Vous avez pris un niveau, vous gagnez trois points de force et un point d’endurance ! C’est simple, c’est honnête, c’est du comme-je-veux, ça me plaît. Diététiquement, par exemple, le livre me recommande de becter tout ce qui me passe sous la main. « T’es carrément maigre, les repas équilibrés te concernent pas puisque t’es en sous-alimentation, mange tout, deviens cannibale s’il le faut ».


Petit bémol : si la plupart des exercices se font effectivement sans autre matériel que votre étagère et vos chaises, il vous faudra cependant acheter au moins une barre à traction, exercice phare directeur des niveaux. Au début, je fais sans et achète plutôt des petites altères rouges et noires toutes jolies toutes brillantes pour bosser le haut du corps.

Je note chaque fois tout ce qu’il faut noter : les performances, mais aussi des mesures biométriques – essentiellement le poids – et je pousse le vice jusqu’à prendre des photos face et profil tout les mois, comme on me dit de faire.


MuscuNON2

Mais ça, par exemple, on n'est pas obligé de le faire. Non, non, non, non.


Quelques mois plus tard, ça paye. J’ai pris six kilos à coup d’environs un kilo et demi par mois. Surtout dû à une hyperphagie relative mais qui n’est au moins pas partie dans une graisse abdominale mal avisée. Hélas, les séances sont vraiment, vraiment longues, et je patauge autour de je ne sais plus quel niveau – quatre, sans doute. Les échauffements me gonflent, les exercices sur le souffle me semblent un peu légers, j’ai envie de consacrer mon temps à autre chose. Peu à peu, j’arrête le truc.


Un an plus tard, constat : malgré une reprise assez malsaine de la malbouffe et un arrêt d’activité physique, je n’ai perdu que deux kilos. Preuve en est s’il le fallait qu’une prise ou une perte de poids progressive est nécessairement plus efficace à long terme que de chercher à prendre ou perdre 10 kilos en une semaine.


C’est un peu ce constat qui me fait écrire cet article puisqu’à partir d’aujourd’hui j’ai décidé de reprendre. A partir de zéro, donc la première séance va être assez expéditive. Objectif de ressembler encore un petit peu moins à une allumette sur pattes.


Et du coup, chaque… mois, je pense, j’écrirais un truc sur ce qu’il s’est passé et faire un résumé mensuel de la progression. Alors, ok, un blog c’est soi-disant privé, tout ça – ce qui est on ne peut plus faux, internet est l’espace anti-personnel par excellence – mais bon à priori il n’y a aucune raison de poster ce genre de chose dessus, puisque par définition, ça n’intéresse personne. Ben en fait c’est juste pour me motiver, je l’explique pas vraiment mais peut-être que le fait de devoir faire un résumé chaque mois va aider à l’observance des séances et des exercices. Disons que c’est une expérience observationnelle sur une population ciblée d’un effectif de un sujet sur la corrélation entre l’effet d’annonce et la motivation pour un effort physique établi ?

 

Du coup je vais mettre tout ça dans une rubrique associée, dans un coin, ça vous facilitera les choses si vous voulez bloquer du contenu !

Rédigé par Youe

Publié dans #Varietas

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megamanXVII 06/08/2010 13:18


yea courage mec ^^
moi je fais 1h30 de sport par jour et je sais que c'est dur sans soutien et les premiere fois sont douloureuses
je te soutien (meme si je post pas souvent de com XP)
tu veras tu va vite devenir taillé (vu que les gents de faible gabarit se taille vite ^^)


Youe 08/08/2010 23:36



houla je déteste trop le sport pour en faire 1h30 par jour, mais merci de ton soutien Je confirme, c'est douloureux.



Chloë 03/08/2010 14:14


Je pourrais te l'emprunter ton bouquin? J'aimerai me rondir les fesses et m'aplatir le ventre!
Je te souhaite de (relative) bonnes vacances et à très bientôt. Biz


Youe 03/08/2010 16:00



Comme si tu en avais besoin ! Enfin bien sûr que tu pourras l'emprunter.



Hell Hina 03/08/2010 05:06


C'est personnel et justement c'est pour ca que ca m'intéresse, je me retrouve un peu lá-dedans, j'ai commencé il ya plusieurs mois et c'est très chronophage, je dois peser 50 kg donc certains exos
sont assez douloureux, j'aurai l'impression d'être soutenu par tes articles francs, merci !


Youe 03/08/2010 15:59



Oui plus ça avance plus c'est chronophage c'est un peu l'inconvénient.



Olivier Lafay 29/07/2010 12:54


Bonjour,

Et pourquoi ne pas ouvrir un carnet en ligne sur musculaction.com ?

A bientôt,

Olivier


Youe 31/07/2010 20:30



Ah ben, si je m'attendais à vous voir débarquer ici ! Le carnet en ligne ça demande quand même un investissement, je suis pas encore prêt à le fournir, mais je garde l'idée dans un coin de la
tête.



Kaeso 28/07/2010 02:15


Mais comme je te comprends!!!
C'est ouf cet article, je me disais la même chose il y a 2 ans. j'ai donc commencé à l'aide d'un banc de muscu (gracieusement acheté par mon frère et dont l'usage est resté anecdotique pour lui), à
faire du développé couché tout les 2-3 jours, après sont venu les haltères (que j'ai abandonné au profit des tractions depuis), puis les abdos et les étirements.
Et bien constat, j'ai du prendre à tout casser 4 kilo, mais dès qu'il faut se bouger un peu, je suis beaucoup plus énergique, donc même si ça se voit pas physiquement, ça se ressent dès qu'il faut
faire le moindre effort, comme courir pour ne pas arriver en retard à un endroit X ou Y (même sans se muscler les jambes si si!), ou porter un truc mega lourd que ton/ta
voisin(e)/mère/pote/emmer..... n'arrive pas à porter lui même.
Le sport c'est bien, ça évite de s'empâter même si ça sert pas tout les jours, le plus dur étant de garder la motivation, d'ailleurs seul, c'est très très dur.
Bon courage, je sens que je vais suivre la rubrique^^
Ah, pis les conseils bouffe, j'en avais dans un livre sur les abdos, jamais respecté les repas, c'est invraisemblable le nombre de trucs pas comestible dans ces livres là...


Youe 31/07/2010 20:26



J'avais eu les mêmes effets sur la forme générale. Effet placebo ou pas, ça a bien marché de ce coté-là, et c'est aussi de ce coté-là que j'ai perdu :(