Les gardes d'urgences pédiatriques

Publié le 3 Décembre 2009

En commençant mes gardes en pédiatrie, j’avais espéré trouver des trucs marrants à dire ou à critiquer. Finalement, j’ai été déçu, et ma première garde s’était bien passée même si d’une banalité affligeante. Angine, rhino-pharyngite, angine, gastro-entérite, pharyngite, angine. A coté de nous, une salle réservée pour les suspicions de la grippe médiatique qu’on appelle aussi la grippe A, la grippe porcine ou H1N1, selon ce qui vous fait le plus peur. Encore que je dis ça mais maintenant ce qui fait peur c’est paradoxalement le vaccin qui protège. Mais non, les gens ne sont pas ambivalents.

 

Il me reste encore deux ou trois gardes à faire maintenant mais j’ai compris pourquoi les gardes en pédiatrie c’est casse-burnes. Pourtant l’ambiance au sein de l’équipe soignante est vraiment super. Non, le problème, ça vient des mômes et de leurs parents. Surtout des parents.

 

Parce qu’on pourrait croire qu’en pédiatrie on s’occupe des enfants. En fait on s’occupe aussi beaucoup des parents. On en trouve des très, très bien. Mais y’en a des gratinés. Exemples choisis : 

 

Oh noes ! Des GANGLIONS !

 

Il est bientôt minuit. Secteur grippal. Nous sommes un vendredi soir. Les jours fériés, il y a plus de monde. Parce qu’un enfant malade en semaine, on reprend le boulot le lendemain, ça fait chier de l’emmener, il attendra le mouflet. Par contre, le week-end, s’il éternue, hop, direction les urgences. Donc l’attente s’accumule. Plus de vingt personnes qui prennent leur mal en patience. Quand quelqu’un arrive, on lui annonce qu’il restera assis au moins cinq heures. Certains esprits s’échauffent. D’autres se désespèrent. Comme ce père qui vient nous voir.

 

Papa - Excusez-moi, il reste combien d’attente ?

Youé - Alors vous… Difficile à dire. Au moins deux heures.

Papa -  Et on ne peut pas passer avant ?

 

Bien sûr qu’on peut passer devant, les autres parents ne diront rien, c'est bien connu qu'on cède facilement sa place après quatre heures d'attente. On jette un regard à son petiot. Une mignonne tête brune de trois, quatre ans, tenant la main à son père, qui regarde anxieusement autour de lui en mâchouillant un doudou. Certainement pas une urgence vitale.

 

Youé - Ah non, désolé, ça ne marche pas comme ça.

 

Et là, le père désespère. Mais sincèrement, hein.

 

Papa - Quoi ? Même pour des GANGLIONS ?

 

Répression intempestive d’un fou rire. Il était sérieux, le con.

 

 

La violence d'un plâtre

 

Parfois ça se passe moins bien. Parce que les médecins sont à bout, que les parents sont vraiment agressifs, parce que le motif de consultation est ... particulier. Comme cette fois-là, où je sors d’une consultation pour voir un patient avoir une rixe verbale avec un médecin.

 

Débile - J'vais vous dire, vous recevez très mal les gens, hein ! Parce que voilà, nous ça fait une heure qu'on attend, hein ! Ouais, ouais, arrêtez de parler, ici c'est public, vous êtes peut-être docteur mais moi j'suis pas d'la merde, hein !

 

Un peu plus et ça en venait aux mains. Le médecin m’explique. Il avait lui-même plâtré l’enfant en question la veille, et celui-ci avait retiré volontairement son plâtre, et le père, visiblement alcoolisé, voulait qu’il passe en priorité, niant que ledit plâtre avait été retiré de son plein gré. L’objet étant parfaitement intact, on pouvait en effet avoir des soupçons. Bref, toujours pas un motif de consultation en urgence en chirurgie, encore moins une raison de penser avoir tout les droits et de gueuler. Il est parti après être revenu insulter l'équipe une dernière fois.

 

Un vaccin ? Uuuuuh ?

 

Parfois, les parents ne sont pas méchants. Ils sont juste très stupides. Surtout avec la grippe. Consultation pour un nourrisson de cinq mois, qui pleure pendant le repas. Un cas assez classique de reflux, on rassure la maman, on fait les prescriptions et recommandations adéquates. Elle souffle et nous avoue avoir été inquiète que cela soit les prémices d’une grippe. Sans fièvre, sans toux, ouiiiiii. Mais de toute façon, vous êtes bien vaccinée ?

 

Maman penaude - Euh... non.

 

Elle n’était pas vaccinée. Elle a un petit de cinq mois. Et elle vient dans un hôpital où on traite la grippe. Dans le secteur d’à coté, certes, mais la démarcation n’est que virtuelle. Bien, bien, on restera cinq minutes de plus pour expliquer la vie à cette maman. 

 

Hé, psst, vazy, deux euros la montre et tu me laisses passer, vazy !

 

Certains essaient d’être malins, de resquiller un peu. Tout le temps, des gens, lassés d’attendre des heures, préfèrent partir, parce que vous comprenez, ils ont d’autres chats à fouetter (je hais cette expression). On peut se demander la légitimité de leur consultation en urgence dans ce cas-à, mais soit. Sauf qu’ils  sont si énervés (vous comprenez, leur enfant a quand même un peu mal à la gorge, c’est inadmissible d’attendre) qu’ils ne prennent pas la peine d’annoncer leur départ.

 

Donc, les étudiants en médecine prennent leur petit dossier, vont dans la salle d’attente et les cherchent. Sans les trouver. Petite info : dans ce genre de cas on ne s’attarde pas, on note l’heure de l’appel, on essaie une demi-heure plus tard et c’est marre, affaire classée. La dernière fois j’ai réussi à faire rire des gens en cherchant cinq patients différents, tous partis. Ca fait du bien d’entendre des rires. Bref. Certains rient, donc, mais d’autres sont futés et, tels des petits farfadets, nous font signe d’écoute et nous murmurent « s’il n’est pas là, on peut passer à sa place ? ». Et avant qu’on puisse répondre, de nous faire un petit clin d’œil complice. Le clin d’œil complice de la part d’un petit gros de quarante ans, ça fait peur. Je n’ai même pas pris le temps de lui expliquer qu’un hôpital n’est pas un fast-food.

 

 

Des maths, des maths, oui mais des panzannis !

 

Autre moment, amusant celui-ci. Dix heures du soir. Un grand homme un peu maigre vient me voir pour me demander pourquoi certaines salles de consultations (qu’on appelle des « box ») sont vides, alors qu’il y a encore beaucoup de patients ?

 

Youé - Tout simplement parce qu’il n’y a pas autant de médecins que de salles.

 

Le visage de cet homme, frappé d’un coup par un bon sens jusque-là endormi par l’attente (et ça, je comprends), fut un spectacle merveilleux à voir. On pouvait clairement lire sur sa figure qu’en cet instant, ses neurones tournaient et qu’il se disait « mais je suis con ». Il s’excuse brièvement, on rigole un peu ensemble. Putain, ça fait du bien de rire. 

 

Juste après, j'allais examiner une petite qui, selon sa mère, était tombée et s'était ramassée sur la table basse. Choc frontal, semble-t-il. Pas de lésion visible pourtant. Petit instant de silence néanmoins quand, lorsque je lui demande l'heure du choc, elle me répond innocemment que "cela fait deux jours". Gniiiiiih.

 

Maman ! Maman ! Maman ! Maman ! Maman ! Maman !

 

Quand ce n’est pas les parents, les enfants s’y mettent. Avec ardeur. On trouve de tout chez eux. C’est moitié-moitié. D’un coté les courageux qui se laissent faire, et qui après avoir eu un examen par agréable, regardent fièrement leur maman comme pour dire « tu vois, j’ai pas eu peur ». De l’autre, les tapettes qui se mettent à hurler dès qu’on leur main la main sur le bide. Et ceci sans aucun rapport avec l’âge. Un petit de deux ans peut être d’un calme et d’un « courage » exemplaire par rapport à un autre de cinq ans qui pleure, se recroqueville et appelle sa mère sans arrêt. Au début j’étais carrément réticent à examiner un enfant un peu de force. Puis j’ai vite compris qu’il valait mieux qu’il valait mieux un enfant qui pleure avec une gorge examinée qu’un enfant calme pas ausculté. Et je vous raconte pas la galère pour leur faire garder un masque chirurgical jusqu’à la radiographie… C'est bien simple, j'ai des amis qui sont dégoutés des enfants juste à cause de ça.

 

Quand je pense que j’ai une garde le lendemain de Noël…

Rédigé par Youe

Publié dans #Medicus

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Melow 04/12/2009 13:01


Ah, les joies de travailler dans un milieu social... Personnellement je ne pourrais pas, je n'aurais pas ta patience. Et surtout en pédiatrie, j'imagine bien les gosses qui gueulent tout le temps
>< le cauchemar xD. Les gens peuvent être con parfois, ça parait quand même logique d'attendre son tour, on est pas tout seul.


Youe 04/12/2009 23:08


Les nourrissons pleurent systématiquement mais finalement pas longtemps. Les enfants gueulent un peu plus rarements. Par contre quand ils le font, j'avoue, c'est une sorte de test de patience qui
fait des damage-over-time, un peu comme un malus de jeu de rôle.


trésor 04/12/2009 10:24


lu et approuvé!


Youe 04/12/2009 22:53


L'expérience qui parle ^^