Se faire des amis aux 4 vs 4 de Starcraft II

Publié le 17 Septembre 2012

Chers joueurs assidus de parties en équipe de Starcraft 2. Je m'adresse à ceux d'entre vous qui ne faites exclusivement que des parties de quatre contre quatre. Ceux qui font régulièrement d'autres matchs sortent de la pièce, cette leçon n'est pas pour eux. Quoi ? Vous faites du trois contre trois aussi ? Vous pouvez rester. Bien. Je vous présente le plan du cours d'aujourd'hui.

 

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Mais non, mes enfants, vous ne pouvez m'atteindre avec vos crayons, vos gommes et vos grenades, la vitre derrière laquelle je me trouve est certifiée impénétrable par Benoît XVI lui-même. Et si je puis me permettre, je fais partie des gens qui jouent le plus souvent en quatre contre quatre, alors calmez vous ou je vais être obligé de demander à madame la directrice de souffler dans votre salle de classe ce petit gaz coquin si cher à l'Allemagne nazie.

 

Nous allons déjà évoquer le pourquoi du jeu en quatre contre quatre. Pourquoi avez-vous renoncé, ou bien oublié, les autres modes de jeu plus virils ? Prenons l'exemple de votre camarade, le petit Thud, qui n'est pas là aujourd'hui. Je l'ai entendu déclarer, haut et fort, dans la cour de récréation, que ce jeu était plus stratégique, plus amusant, et moins stressant. Nul doute qu'il cherchait là à impressionner les petites filles de l'école d'en face, celles qui jouent à World of Warcraft et aux Sims. Le charmant bambin, toujours à défier le règlement intérieur : n'oubliez pas que si l'un ou l'une d'entre vous utilise ces jeux dans notre établissement scolaire, il doit être recouvert d'essence et brûlé vif.

 

Alors reprenons : soyez honnêtes avec vous-mêmes, si vous jouez en quatre contre quatre, ce n'est pas parce que c'est plus stratégique : c'est bel et bien parce que c'est plus relaxant et moins stressant. Ce sont des prétextes tout à fait valables, vous savez, il n'y a absolument aucune honte à baisser son froc pour prendre soin de sa tension artérielle, c'est troquer un peu de sa dignité contre des jours à vivre en plus. Mais de grâce, arrêtez donc de dire autre chose ! Face it : si vous ne savez jouer que dans ce mode de jeu, c'est bien que sans alliés vous ne valez pas grand chose, ce qui en dit long. Maintenant, voyons comment passer malgré tout un agréable moment ensemble !

 

C'est plus stratégique

 

La seule stratégie dans ce genre de jeu varie selon votre race. C'est en somme celui qui accumulera le plus de marines, ou celui qui aura le plus de colosses, ou celui qui parviendra à faire une masse critique de mutalisks en espérant que ses petits amis tiennent le front alors que vous ne les aidez qu'avec quelques grappes de zerglings.

 

J'exagère bien sûr, il existe toujours une autre stratégie : l'attaque commune à six minutes. Pourquoi six minutes ? Personne ne le sait, c'est une sorte de chiffre mystique sur lequel tout le monde semble d'accord, un peu comme la voix de Nadine Morano quand... non, pas comme la voix de Nadine Morano. De fait, pendant un certains temps, je posais systématiquement la question lorsqu'un leader charismatique - on y reviendra - proposait cette approche. Sur dix questions, je n'ai eu aucune réponse. Personne ne sait d'où vient cette foutre-dieu d'attaque à six minutes. Qui rate par ailleurs immanquablement ! Seul un fou, une fois, a innové en proposant une attaque à... sept minutes.

 

Idiots que vous étiez d'oser concevoir un plan d'action au-delà de six minutes ! Soyez gratifiés de la providence qui vous a octroyé, parmi vos alliés, un fier descendent de Sun-Tzu !

 

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Et oui ! Pourquoi ?

 

L'esprit d'équipe : une équipe, un esprit.

 

Mais qui sont donc ces mystérieux stratèges ? Ces braves hommes et femmes, anonymes, qui dirigent les fronts les plus catastrophiques de parties en équipe aussi efficacement que Calgon répare les pare-brises ? On les reconnaît facilement. Ce sont généralement ceux qui ouvrent le plus leur gueule sans avoir nullement besoin d'une raison. Un peu comme la voix de Nadine Morano. Il va lancer l'idée incontestablement originale de l'attaque à six minutes. Ce sera celui qui, le premier, va pointer divers éléments de la mini-carte : là où se situe votre propre armée - des fois que vous auriez oublié-, là où il souhaite attaquer, et parfois il vous gratifie aimablement d'une série de petits marquages pour indiquer le chemin. Il faut cependant bien leur donner raison sur ce point : il est toujours un peu compliqué de suivre une ligne droite de votre base à celle de l'ennemi. Le stratège en herbe c'est aussi celui qui, lorsqu'il constatera l'échec de la première offensive - souvent une à deux minutes après les autres - va vite réagir. De ce fait c'est toujours lui qui manquera cruellement d'unités pour se préparer à la contre-attaque de l'équipe adverse.

 

L'heureux retour des choses étant que, par un curieux coup du hasard, c'est précisément ce cher leader qui se la mangera en premier, cette contre-attaque, ce qui vous donnera de quoi ricaner et vous satisfaire sadiquement de sa souffrance. Pas de fausse-joie : à trois contre quatre et avec l'organisation d'une bande de groupies paniquées vous passerez à la casserole dans très peu de temps mais vous aurez eu le privilège d'entendre gémir le cerveau qui vous aura conduit à cette situation. Vous apprendrez par ailleurs que ce n'est jamais de sa faute : il existe toujours un autre membre de l'équipe, qu'il désignera selon des critères encore obscur que seuls les barbes-grises connaissent, une sorte d'Antedovahkin, parfois vous, qui a forcément conduit à l'échec cuisant de la mission - alors que, si vous vous souvenez bien, le seul à donner des ordres était... vous m'avez suivi.

 

Je vous entend bavarder dans le fond ! Oui, vous avez raison d'être un peu critique : parfois, il y a de bonnes idées chez ces gens-là. Mais soyez prudents : beaucoup d'entre eux se transforment en...

 

El dictator

 

Le dictateur est l'évolution quasi-naturelle du stratège en herbe. Non content de s'auto-désigner comme l'intelligence de l'équipe, celui-ci va en plus prendre la peine de vous dire quoi faire. Vous vouliez orienter votre tactique sur un tranquille classique Protoss associant des Stalkers et des Immortals ? Que nenni, deux marqueurs sur la mini-map et une injonction sans ponctuation vous commandera de construire vos bâtiments à proximité des bases ennemis pour créer très vite des zélotes. Vous pensiez que l'absence de troupes Zerg en face vous autorisait de vous passer d'un mur protecteur ? Cela n'est pas au goût d'El Dictator qui ne manquera pas de vous signaler et de vous répéter cette impardonnable erreur.

 

On sent d'ailleurs que le dictateur a une certaine habitude de gouverner. Par exemple, il a une tendance accrue à déléguer la moindre tâche. L'exemple le plus typique et le plus fréquent ces temps-ci est représenté par la reconnaissance tôt dans la partie. J'ai déjà évoqué à maintes reprises la nécessité cruciale de voir ce que font vos adversaires, et c'est toujours vrai en quatre contre quatre : si les trois Zerg en face décident d'un commun accord de rusher, votre unique salut sera le petit VCS qui sera dévoré par les premières troupes mais permettra à votre état-major de se préparer et de rendre caduque les premiers assauts.

 

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Bonjour, Jon.

 

Hé bien ce n'est pas ce que le dictateur recherche. Le dictateur il a décidé de rusher lui-même. Il est le seul à le faire, et n'a guère communiqué son plan, mais après tout nous ne pouvons comprendre les idées de types dont le QI nous dépassent, et ce n'est pas Nadine Morano qui dira le contraire, je comprends qu'ils ne perdent pas ce temps. Par contre, comme le dictateur doit rusher, il doit savoir où. Il vous ordonne donc de partir en reconnaissance pour lui. Parce que lui, il est préparé à rusher. Et parfois même pas, il estime juste que c'est à vous d'aller aux lignes de front.

 

J'ai fais remarqué une fois à l'un de ces indigènes, naïf que j'étais, que je ne voyais pas sa propre unité de reconnaissance. Réponse directe : il était en train de créer des bâtiments défensifs. De toute évidence, moi pas.

 

Un autre exemple assez sympathique, un peu borderline du dictateur : lors d'un début de partie, sur une carte relativement grande, l'un de mes alliés se met à annoncer qu'étant donné la longueur de la carte, il fera une extension rapide de sa base. Je ne dis rien, n'étant moi-même pas positionné à ses cotés, mais une deuxième base rapide en quatre contre quatre, c'est un peu du suicide, comme si on parlait du pare-feu d'Open Office en assemblée nationale. Son allié le plus proche ne dit rien, soit. Quelques minutes après, probablement à six minutes d'ailleurs, la première timide attaque adverse vient à bout des deux zigotos. Le premier qui a créé rapidement sa deuxième base n'avait donc pas de ressources pour s'accorder une armée, et l'autre... a suivi la même voie. Une dizaine de zerglings ce n'est pas beaucoup, mais quand on a rien en face...

 

De base nous avons donc affaire à deux génies. Mais là où ça devient rigolo, c'est que le premier trouve quand même un moyen de se justifier : s'il avait annoncé une prise rapide de deuxième base, c'était pour que son pote... ne fasse pas de même ! Evidemment ! J'adore ça, quand la façon de jouer et, souvent, la prise de risque effrontée de votre allié vous oblige à jouer pour deux et comble de tout vous rend responsable en cas de défaite.

 

Parfois on a la chance de tomber à la fois sur un allié dictateur, et sur son adversaire juré : le loup solitaire.

 

Le loup solitaire

 

On peut le voir comme l'inverse exact du dictateur : lui se fiche pertinemment de la façon dont ses alliés jouent, ne pipe pas un traître mot de la partie. Il fera son petit jeu dans son coin sans rien demander à personne. Donc, de façon complètement désynchronisé du reste des troupes alliés.

 

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Au revoir, Jon.

 

Souvent il a une stratégie typique : soit un "Cannon Rush", c'est à dire poser des bâtiments défensifs de façon offensive, en fourbe, dans la base ennemie, soit une production massive d'une unité qui n'apparaît qu'à dix à quinze minutes de recherches technologiques - typiquement un Thor, ou un Carrier. Le problème de la première stratégie est que si le rush rate, la partie tourne vite au trois contre quatre. S'il réussit, souvent on peut considérer qu'on fais du trois contre trois, car l'investissement en cannons de défense handicape sérieusement l'économie du loup solitaire. Quand à la deuxième stratégie, disons qu'il faut espérer que l'ennemi ne dispose pas de l'unité némesis du Thor ou du Carrier, et que vos alliés ont tenus sans votre aide jusque-là.

 

En sommes le loup solitaire fait plus perdre une partie que donner un avantage significatif.

 

Que faut-il retenir de tout ça ?

 

Que l'on rentre nécessairement dans au moins une catégorie. A moins de faire partie de la masse silencieuse, qui joue normalement sans se démarquer. Qu'on a tous été un jour ou l'autre un dictateur, un loup solitaire ou un stratège en herbe. Qu'on s'est tous engueulé avec l'un des sus-cités, et qu'on a tous insulté un type en retour à une insulte peu justifiée elle-même. Ca fait parti du charme de Starcraft, et ce depuis Brood War.

 

Néanmoins, si être un boulet est une chose, le montrer de façon flagrante en est une autre. Quelque soit votre poste dans un quatre contre quatre voici donc quelques conseils pour continuer à faire de la merde - et quelques fois ça fait du bien de faire de la merde, ne nions pas ! - mais sans trop faire rager vos amis

 

Prenez l'initiative de vos stratégies. Vous souhaitez rusher ? Pas de problème, mais n'attribuez pas la reconnaissance du terrain à quelqu'un d'autre. Et si tel est quand même votre désir, alors étayez un tant soit peu votre propos : vos alliés seront au contraire ravi d'optimiser vos chances de succès - hey, vous êtes de la même équipe - et iront avec joie faire une envoyez un scout si vous expliquez que vous voulez rusher et donc, éviter un mur défensif Terran.

 

Les loups solitaire rencontrent quelque fois des succès, même si c'est rare. N'oubliez pas alors de préciser à votre allié le plus proche vos intentions, et de lui demander s'il pourrait éventuellement se préparer à affronter seul les armées adverses en début de partie. Il risque de grincer des dents et de vous donner des noms d'oiseaux peu connus du grand public derrière son écran mais au moins sera-t-il prévenu et, s'il n'est pas trop débile - ce qui n'est pas une évidence, je vous l'accorde - décidera de s'entourer d'une armée plus conséquente au détriment de la recherche technologique.

 

Quand bien même sous seriez contre l'idée d'une attaque à six minutes, comme moi, gardez à l'esprit que vous êtes une équipe, contre une autre équipe. Même si vous allez dans le mur, allez-y ensemble, on ne sait jamais il cédera peut-être. Entendre valider la stratégie sacrée des six minutes pour ensuite voir le loup solitaire installer des canons, ça donne des envies de suicide par ingestion de Princes de Lu.

 

Pas de Fast-Expand ! Ou alors limitez-la à un seul des quatre joueurs ! Deux Fast-Expand, ça signifie une armée divisée par deux pour faire face aux adversaires. Autant vous dire qu'à moins de tomber sur des buses en face, ça ne passe pas. On peux discuter du taux de buse dans Starcraft, mais c'est un autre débat, et je me suis fais suffisamment d'ennemis comme ça.

 

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Ah, la cloche sonne, vous allez pouvoir partir. Je vous dis à la prochaine fois pour continuer de violenter les mouches par derrière ! Moi pendant ce temps je dois envoyer ma sonde pour faire des cannons derrières les bases ennemis. J'espère que mes abrutis d'alliés savent jouer pour repousser les ennemis, ils voient bien que j'ai aucune troupe !

Rédigé par Youe

Publié dans #Ludus

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Galoo 19/09/2012 18:46

Merci pour ces enseignements, Prof Youe. Ceci dit, je n'aime pas le 4v4 à cause du côté trop aléatoire, un peu comme un Capture The Flag dans un FPS : il suffit que la team dans laquelle on est
soit désordonnée ou composée de buses (pour reprendre ton terme) et que l'équipe en face soit soudée pour se faire laminer la tronche. Le 3V3 (dont l'exemple le plus sympa reste celui fait entre
amis, je me souviens des quelques parties faites avec toi justement) pardonne déjà plus et les responsabilités sont en même temps moins partagées...

Je n'aurais jamais deviné que ce blog était reparti sans le fait que quand je tape "you" pour Youtube dans ma barre d'adresse, ton blog apparait et que j'ai été curieux aujourd'hui.

Merci pour la lecture !