The Body Packer

Publié le 21 Février 2010

Il y a un an, dans la même unité que celle où John travaille actuellement, il y avait un petit secteur de réanimation légère, en addition au service standard, où atterrissent les cas les plus graves… et les externes les plus mauvais à Mario Bros Wii. C’était une belle et morne matinée d’hiver, un lundi.

 

Réanimation, c’est un nom qui en jette. Mais cette unité-là n’était pas bien propice aux étudiants. Rares y étaient les nouveaux patients, les lits étaient souvent occupés de la veille, les prescriptions ne changeaient pas. John, après avoir tenté sa chance en feuilletant un dossier, abandonna vite l’espoir d’avoir une journée intéressante. Ce mardi était peu engageant, et pourtant.

 

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Après le déjeuner d’une matinée pas bien démente,  John revient au pavillon de garde en s’imaginant qu’il y aurait autant d’activité dans le service que de musulman dans l’entourage de Georges W. Bush. C’est pourtant un couloir occupé par la police1 qu’il retrouvera. Ainsi qu’une odeur particulièrement nauséabonde. Oh, ça ne sent jamais la rose et la cyprine, mais il arrive, au bon vouloir d’un patient, qu’une distinction fécale s’ajoute aux senteurs quotidiennes.

John enfile sa blouse blanche, son stéthoscope, et part enquêter. Il s’avère que les forces de l’ordre ont fait le siège de la dernière chambre, et elle est aussi identifiée comme étant la source de l’attaque olfactive. John ne croit pas aux coïncidences, cette pièce a quelque chose à se reprocher. Un patient est couché sur le lit. Grand, noir, l’air en bonne santé et complètement paumé. Les policiers jettent un regard fermé en biais à John, qui se contente d’un timide bonjour. Il est encore trop tôt pour analyser la scène du crime, il y a des mobs épiques qui campent.

 

Gregory House, le médecin senior, finit ses prescriptions. Et devant l’air incrédule de John, il rit, lui tape sur l’épaule et se propose de lui tout lui raconter autour d’un bon café et de blagues de Laspales. Ou alors il lui glisse quelques mots d’introduction avant d’être appelé ailleurs. Mais John est un fin limier, il ne lui suffit que de peu d’indices pour entrevoir la solution. Ce bucolique mercredi devient intriguant.

 

Le patient est en fait un body-packer. Un body-packer, c’est sommairement le nom donné à un patient qui transporte de la drogue. Dans son corps, littéralement. Lui s’était fait attrapé quelques heures plus tôt à l’aéroport Saint Exupéry. Pourquoi un terme spécial ? Pourquoi médical ? Pourquoi réanimation ? Pourquoi la prélogie Star Wars ? Hé bien puisqu’une image est plus efficace qu’un long texte :

 

Boulette


Ci-dessus, donc, des boulettes. Tout à fait, des boulettes de cocaïnes. De la drogue enroulée avec plusieurs couches de préservatifs, de latex, de rubans adhésifs, et j’en passe. Cette photo fut prise avec l’accord de la police elle-même, après que John ait du affronter des regards pesants, et obtenu une autorisation plutôt frileuse. Le brave gardien de la paix allait même involontairement participer à la photographie puisque c’est son gros doigt qu’on voit. Hélas, trois fois hélas, le poids d’une seule boulette est perdu dans la mémoire défaillante de John. Il ne se souvient plus qu’approximativement du nombre de ces jolies choses : quatre-vingt. Quatre-vingt trucs comme ça dans le tube digestif d’un homme de vingt-cinq ans.

 

Vous devinez aisément le pourquoi de l’hospitalisation : si ces jolis bonbons explosent dans son bide, il faut considérer ce pauvre homme comme étant dans la merde. Mais pas juste un peu dans le caca, plutôt, disons, noyé sous trois quintaux d’étron.

 

John n’a pu récupérer la radiographie pour en faire une copie. Cependant, grâce à la magie de l’internet, il en trouve quelques-unes parfaitement superposables. Ci-dessous, une radiographie "didactique" avec pas trop de boulettes mais au moins sont-elles bien évidentes. On les voit qui suivent telles des petites canailles le trajet intestinal. C'est comme une machine à grappin dans les fêtes foraine pour attraper les petites capsules. Mais sans grappin. Et sans fête foraine. Cette comparaison est vraiment foireuse. Tout comme cette journée, d’ailleurs, un bien fade jeudi sous la tempête.

 

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Une autre étudiante rejoint John, excitée par la présence des policiers. Car sachez-le messieurs, le port de l’uniforme, ça marche. Une jolie et fraîche étudiante, qui demande des ECG avec une voix charmante, dont le copain fait penser à Jude Law, et qui a dit un jour de concours blanc lire les articles du blog « sauf ceux qui parlent de Mario versus Batman », et qui se propose ce jour-là d’aider John pour examiner le cas. Appelons-la Treize 2.

 

Nos deux compères se rendent donc dans la chambre du patient. Ils doivent expliquer qu’ils font partis du service et qu’il est de leur devoir d’examiner le patient, car les gardiens de la paix aimeraient bien qu’on leur la foute et sont de plus en plus réticents. Gros yeux, bras croisés, regards lourds et insistants, silence glacé et pesant, ne causez pas de soucis car on a des armes et pas vous. Heureusement, Gregory House entre pour vérifier son patient et clarifie la situation grâce à la force de son magnétisme.

 

Le patient ne parle pas français, seulement anglais. C’est avec un accent si énorme qu’on pourrait y accrocher son manteau que John tente les premiers éléments de l’interrogatoire. Un des policiers, prenant pitié, se propose de l’aider. Il ne parle pas beaucoup mieux la langue de la perfide Albion, mais il n’est pas stressé par la présence d’individus armés à ses cotés, et sa voix, moins tremblante, moins hésitante, se fait mieux comprendre. Quand arrive le moment de l’examen clinique proprement dit, Treize et John préfèrent y aller la main légère pour la palpation abdominale.

 

Quelques minutes plus tard, un des policiers vient de laver une boulette. Il l’ouvre pour réaliser quelques tests, et notamment pour vérifier qu’il s’agit bien de cocaïne. John, intéressé, observe la manœuvre, et ses inquiétudes concernant la palpation abdominale s’envolent. Même au bistouri, ouvrir une boulette est une gageure.

 

Ah, et l’odeur, dans tout ça ? Elle vient du moyen de récupération des boulettes. Un bon laxatif et hop !

 

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D’ailleurs, lorsque deux boulettes supplémentaires sont évacuées, l’un des policiers, le plus opposant à ce que les étudiants en médecine fassent leur boulot, sortira avec un haut-le-cœur incontrôlable pour rejoindre les toilettes les plus proches. Ce qui le fera dégringoler de l’échelle d’autorité masculine au profit de John qui reste imperturbable. Quel bleusaille, ces policiers ! Leur piètre résistance ne fait pas honneur à ce vendredi ensoleillé.

 

L’atmosphère un peu détendue, et un surcroît de charisme nouvellement acquis, une discussion s’entame, des sourires apparaissent, et John se sent pousser des ailes, John se sent puissant, John ose ! John pose la question qui brûle ses lèvres et celles de Treize ! Yes we can !

 

Et comment vous l'avez arrêté ?


La tombée karmique est tellement brutale que même la pièce se refroidit, les lumières vacillent et s’éteignent, des chants latins distants murmurent des hymnes démoniques. Le seul sourire encore en vie, celui de John, est sous assistance respiratoire. Ces quelques secondes de silence qui ont paru durer une heure se concluent enfin lorsqu’un intervenant lâche d’un ton glacial :

 

Nous avons nos methodes.

 

Treize et John n’ont pas envie de disparaître dans des circonstances inexpliquées et une affaire classée, ils n’insistent donc pas et sortent rapidement de la pièce avant d’énerver plus le T-800. C’est auprès de Gregory House qu’ils trouveront réponse. Lorsque les fouilles, les chiens et les informateurs espions de la gendarmerie ne les repèrent pas via leurs réseaux, c’est parfois carrément les dealers eux-mêmes qui dénoncent leur passeur. L’intérêt de l’opération ? En dénoncer un, c’est concentrer la gendarmerie sur son cas, et donc potentiellement en faire passer d’autres alors que nos vaillants protecteurs contre le Mal et le vice sont occupés. Coke en stoooooock, ton univers impitoyaaaaaableuh !

 

Je me demande s’ils gardent des échantillons sur eux ? Ah, tiens, on sonne à la porte. Bonjour, non je ne suis pas Sarah Con-PAN.

 

... quelle chute indigne.

 


1 Policiers, gendarmes, John sait que c’est pas pareil, mais impossible de se souvenir de quel organisme il s’agissait. Il va donc allègrement et consciemment parler des deux. Mais c'est parce que John est quand même très con.
2
Je suppose que tu t’es reconnu « surnom-en-rapport-avec-quelque-chose-que-cherchent-les-pirates », enfin j’espère !

Rédigé par Youe

Publié dans #Medicus

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Chloë 11/03/2010 09:41


Je croyais qu'elle était en HGE à l'Hotel-Dieu?!


Chloë 10/03/2010 14:50


Au fait c'est qui Treize? J'ai bien une petite idée, car il y a pas bcp de fille qui ont un copain qui ressemble à Jude Law.


Youe 11/03/2010 00:39


C'est bien sûr notre Marion nationale.


Chloë 10/03/2010 14:47


J'ai eu le malheur, enfin le bonheur de lire ton article en présence de 3 candides japonaises. Elles ont la même attitude que dans les dessins animés. Elles ont vu la photo des petites capsules
magiques et m'ont demandé une explication. Le mot body-packer, n'évoquant rien à ces jeunes oies blanches, je leur ai donc tant bien que mal expliqué de quoi il s'agissait et là ce fut des grands
oh, avec un visage plein d'étonnement, comme dans les dessins animés, enfin pour résumer elles auront appris quelque chose aujourd'hui. Quoique je suis pas sur qu'elles aient compris la voie de
sortie des boulettes...
A ce John, il impressionne les filles même à l'autre bout du monde.


Youe 11/03/2010 00:38


Grâce à toi je suis connu un niveau international ! Et ouais je vois très bien le genre de tête !


raspy 04/03/2010 16:19


J'avoue que ça m'a trop fait plaisir de te voir dans cette vidéo espèce de star du net ^^ .
Maintenant je pourrais trop me la péter dans les soirées g33k :
"Non, mais, en fait, Youe, je le connais depuis super longtemps. D'ailleurs j'ai pleins d'anecdotes terribles à son sujet, du genre qu'il serait capable de m'envoyer des ninja pour me faire taire.
Encore mieux, j'dois avoir des maps War3 à lui qui trainent par là..."


raspy 04/03/2010 11:33


On est en pleins dans un épisode de série médicale là ^^

Sinon, la coke, c'est celle des concepteurs de bandai ? ;)


Youe 04/03/2010 15:02


Bien oué pour cette référence signant ton bon goût !