Vade Retro Dyalisas !

Publié le 10 Décembre 2010

Petite question ouverte sous forme d’une mésaventure courte d’un peu plus d’un milliers de mots. Pas plus tard qu’il y a longtemps, randonnée sympathique entre amis. Cependant, ma condition physique étant ce qu’elle est, je me ramasse ce qui ressemble de loin à des entorses de ligaments latéraux des genoux, ou à une tendinite. Bon, hormis une descente -très- difficile, rien de méchant, ça se calme un peu dans la semaine, mais ça ne passe pas.

 

En bon schizophrénique, John intervient et récupère dans son stage une ordonnance qu’il remplit pour me prescrire des anti-inflammatoires. Jusqu’ici, c’est chiant, je vous l’accorde. C’est au moment de récupérer lesdits médicaments que ça devient bizarre.

 

Arrivée en pharmacie. Le jeune pharmacien qui semble tout droit sorti de la fin de ses études, ou bien en stage encore qui sait, récupère l’ordonnance et corrige la date puisque John avait royalement omis de l’indiquer – bien joué pour une sixième année de médecine, vraiment, médaille. Petite boutade, c’est rigolo, oh-oh-oh, il part chercher les médicaments. Quand il revient, cependant, il a noté l’origine de l’ordonnance.

 

PHARMACIEN – Mais vous êtes dyalisé ?

 

Et oui, une ordonnance d’anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS), produit toxique pour le rein, venant de la part d’un service de néphrologie, c’est sûr, au premier degré ça peut choquer.  J’explique donc la situation, à savoir que non, la nature m’a généreusement épargné les reins mais qu’en tant qu’étudiant en médecine je travaille dans ledit service.

A cet instant l’intérêt amical du pharmacien se transforme en une amertume clairement affichée et son sourire se déforme en moue forcée transpirant le mépris. C’est avec un ton blasé qu’il continue la discussion qui aurait de toute évidence mieux fait de s’arrêter là.

 

PHARMACIEN – Ah, c’est vous qui avez fait l’ordonnance, quoi.

 

Commençant à redouter que le jeune roux me casse les noix, je mens sans subtilité que non, j’ai demandé à mon interne de me la faire. Ce qui n’est qu’à moitié faux puisqu’en toute honnêteté, c’est quand même assez rare qu’un médecin refuse ce genre de service, surtout quand on s’entend bien avec lui. Bref, antipathie notée, devenue réciproque, bien joué petit alchimiste colleur d'étiquettes qui voit le diable à chaque porte. Des anti-inflammatoires sur une semaine quoi, je me suis pas prescris un stock de dix kilos de morphine.

 

PHARMACIEN – Et par curiosité, c’est pour quoi ?

 

Pour le respect du secret médical ? Pas envie de me prendre la tête, il va être déçu de la réponse s’il s’attendait à une pathologie merveilleuse. A l’annonce de ma maladie incurable, il hoche de la tête avec un sourire condescendant. Oui ? Tu trouves quelque chose à redire à l’indication ? Je t’en prie, viens, John a pris soin de bien vérifier le Vidal et a choisi une marque utilisée par les médecins des urgences de traumatologie, donc viens me donner une leçon je t’en prie !

 

Fort heureusement, il ne le fit pas. Changeant de registre, il me demande si j’ai une mutuelle. Je tends la carte , ouf, on va vite en finir.

 

PHARMACIEN – Oh, et vous avez changé, heureusement que le demande hein, c’est que vous ne nous le diriez pas !

 

Là-dessus, le monsieur dont la vérification d'une mutuelle fait partie du travail s’embarque dans une tirade narrative évoquant les vices et vertus de la solidarité que j’avoue n’avoir pas bien saisi et n'écouté qu’à moitié,  ovoire pas du tout, le discret son sortant de mon baladeur remis à l'oreille à l'occasion étant tellement plus intéressant. Et puis bon, je voyais pas trop où il voulait en venir, puisque mutuelle ou pas, ça ne change  rien au remboursement de la sécurité sociale, donc si j’avais vraiment oublié j’aurais au pire payé de ma poche, je vois pas où est le souci de solidarité. Enfin, comme dis, j’ai pas tout compris. Dans le doute, pardon, solidarité. Une fois le paiement terminé et mes cartes récupérées, il semble percuté par une soudaine volonté de répandre la justice.

 

PHARMACIEN : Faites attention, avec ça, hein. Les reins, tout ça… Oh, moi, vous savez,  ça ne m’empêchera pas de dormir, mais vous, ça peut vous empêcher de dormir…. Toutes les nuits !

 

J’avoue avoir décroché de la réalité à ce moment. Un jeune employé d’une pharmacie me menace implicitement de dyalise parce que je lui achète trois comprimés d’anti-inflammatoire ? Il est fou ? Monsieur, je viens de vous dire que je bossais en médecine de néphrologie. Ca laisse quand même de larges indices quand à ma connaissance des risques potentiels de cette classe thérapeutique, non ? Le rappel est le bienvenu : c’est comme ça qu’on apprend, mais la menace, what the hell, d'où elle sort ? Est-ce que je t'ai agressé sur ton risque augmenté de développer un mélanome ?

 

Décidant de ne pas répondre, j’emballe le sachet et commence à partir en espérant que ce type ne s’occupe pas de remettre des neuroleptiques. Dans un dernier élan d’héroïsme, il me souffle :

 

PHARMACIEN – Bon, vous êtes en médecine, vous devez donc savoir qu’il faut le prendre pendant les repas…

 

Oui, et – chantonnant comme quand on récite l’alphabet- qu’il faut faire attention aux douleurs gastriques, merci maître ! A jamais !

 

fonds-commerce-pharmacie 

 Cette petite synthèse d’histoire est un peu le paroxysme des réactions qu’ont certains pharmaciens ou pharmaciennes de ville, heureusement pas tous. Sans que je sache pourquoi, la moitié d’entre eux, dès qu’on leur dit être étudiant en médecine, prennent illico presto une attitude de défense, de dédain, voire de défi. Je ne comprends pas bien la raison. Même en prenant une approche intéressée, on provoque une sorte de réaction de rejet. Même lorsqu’on veut écouter avec le sourire – parce que hé les pharmaciens, ils connaissent quand même vachement bien les médicaments, c’est un peu leur métier, donc c’est toujours intéressant de les écouter – on a la sensation soit d’être pris pour des gros abrutis soit pour des monstres par un homme ou une femme en blouse adoptant une attitude amère ou craintive. Ce serait tellement plus sympa d’en discuter un peu pour réviser en sachant que chacun a des connaissances médicales.

 

Ca m'a d'autant plus désarcené à mes débuts en ville que, venant d'un gros village, les pharmaciens pour moi c'était les gentils parents de la fille dont t'es amoureux, qu'ont toujours le sourire, qui connaissent tout le monde et qui te dépannent d'un traitement si t'a pas eu le temps de voir le médecin pour renouvelleer l'ordonnance. C'est presque deux espèces différentes.

 

Alors j’imagine tellement facilement ce qui peut provoquer ce genre de comportement à proximité d'écoles de médecine et/ou de grand hôpitaux. D’un coté, des patients qui pensent constamment que tout leur est dû et qui partent en scandale voire en menace si on refuse l’attribution d’un médicament venant d’une ordonnance périmée depuis six mois. D’un autre coté, les médecins et leur liste de traitements qui multiplient les contre-indications et les interactions. Enfin, les étudiants en médecine qui se prennent pour les rois de la prescription - alors qu'ils oublient, par exemple, la date - et qui pensent arriver en terrain conquis dans ce qu’ils ne considèrent que comme un distributeur à cacheton. J’en connais.

 

J’aimerais vraiment avoir le retour inverse, des pharmaciens, s’il y en a qui ont lus cet article. Je sais qu’Eowyn a travaillé en pharmacie notamment, si vous avez une théorie ou des exemples pour expliciter tout ça, ou des vécus personnels ?

Rédigé par Youe

Publié dans #Medicus

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Third 16/12/2010 01:27


ca faisait longtemps que je n'avais pu poster ici. La pédance linsguistique existe dans les domaines. Elle est présente du moment qu'on veut montrer qu'on maîtrise son sujet. La réaction du
pharmacien ne me surprend guère car il se sent menacé dans son job de Pharmacien qui n'est qu'un conseiller et non pas le maitre à soigner qui prescrit les médocs.
Pour ma part j'ai rien contre les pharmaciens, par contre j'ai une dent contre les médecins ( oui je sais preuve que je leur en veut pas au point de bouder ton blog). Depuis qu'un spécialiste
dermatologue devait me soigner des espèces de boutons horribles qui me faisait morfler à la base du cuir chevelu où j'ai payé consult 50 euros toutes les deux semaines pour un suivi. Où j'ai joué
le cobaye avec des medocs qui avait des effets secondaires genants. Tout ca pour que ca se resorbe tout seul au bout d'un an et que je claque la porte un mois avant ca, car elle vopulait me
remettre le même medoc que jai pris près de 6 mois et qui ne marchait pas.

Alors oui, j esais qu'ils ne sont pas devin.
N'empêche la consult' c'est 50 euros ( je sais plus exactement mais c'était à peu près ça)pour te dire que tout va bien et qu'il faut poursuivre.
Résultat, j'ai morflé pendant un an et on en a profité pour me delester au passage.

Sinon j'aime toujours autant tes billets.


Youe 24/12/2010 12:27



Oui c'est bizarre de lire mes articles si tu n'aimes pas les médecins, mais c'est sympa ça me flatte beaucoup, merci !



Kaorulabelle 12/12/2010 03:57


Oh, et c'est dialyse, dialYse, pas dyalise ^^'


Youe 13/12/2010 08:32



Oh, diantre, je corrigerais ça dès que possible.



Kaorulabelle 12/12/2010 03:55


Bah j'ai jamais eu cette expérience, faut dire que ma pharmacienne habituelle doit pas savoir que je fais médecine, ou si elle le sait, elle est assez expérimentée (comprendre "vieille") pour s'en
foutre. Et pourtant, elle aussi est juste à côté du CHU. Mais en même temps, les carabins doivent représenter une bonne moitié de sa clientèle (bonjour madame, c'est quoi votre plus grosse seringue
pour faire un gros "pop" pendant les cours, svp?), donc elle doit savoir qu'elle n'arriverait pas à grand chose à éloigner le monde médical...

Elle est intelligente et je l'aime ma pharmacienne ^^

L'explication basique et stéréotypée serait de dire "encore un qu'a raté une P1" mais ce serait méprisant de ma part. Vraiment. Et vachement probable. Ou alors il est passé derrière trop
d'ordonnances mal foutues de médecins et il est choqué, surtout si il est jeune et pas encore désabusé de la chose.

Mais la rivalité médecins-pharmaciens ne date pas d'hier. Les "vendeurs de capote" d'aujourd'hui étaient "vendeurs de liqueurs colorées" il y a trente ans. Je comprends un peu l'amertume...

Bah, au pire tu changes de pharmacie ^^'


Youe 13/12/2010 08:32



C'était une grosse pharmacie de centre commercial, peu de chance que je le revoie de toute façon (et si c'est le cas, je lui parle de mélanome).



Kaeso 11/12/2010 18:03


Ne pas tomber malade, c'est mieux^^


Youe 13/12/2010 08:30



Ca dépend, parce que selon la théorie hygiéniste ca te rend plus vulnérable à plein d'autres trucs genre les allergies ou les maladies de système.



Zazen Rouge 11/12/2010 03:54


Je ne suis ni pharmacienne, ni médecin, aussi aurais-je fort peu à dire sur la question. En tout cas j'apprécie toujours autant la mesure et la modestie dont tu fais preuve dans tes billets :)


Youe 13/12/2010 08:29



Ouh, merci, c'est gentil.