Marcus
Publié le 17 Août 2009
Salut les petits amis de What Did Youe Expect !
Voilà, maintenant que j’ai perdu au moins le quart de mes lecteurs (c’est à dire deux lecteurs) de par cette phrase d’introduction moisie, je peux vous présenter celui qui incarna à lui seul la première chaine du câble consacrée aux jeux vidéo. Je veux bien entendu parler de Marcus sur Game One.
Cette chaîne de jeux vidéo ressemblait à un projet de fin d’année d’étudiants en faculté. Peu de moyens, reportages tournée avec une caméra amateur, des présentateurs ne dépassant pas 25 ans, une absence totale de décors… Et une liberté totale d’expression, des délires assumés, des directs qui foirent, une créativité de folie. Bon j’exagère un peu les bons cotés puisque 80% du contenu de la chaîne consistaient en des clips répétés en boucle. Mais des bonnes émissions, il n’en manquait pas. Et je parle au passé car la chaîne a subi les contrecoups de son immaturité et elle n’a aujourd’hui plus grand-chose à voir avec celle dont je parle de mon article.
Une émission que personne ne manquait était Level One. Présentée par
un certain Marc Lacombe dit Marcus, elle durait une vingtaine de minutes durant lesquels le premier niveau d’un jeu nous était exposé dans les conditions du direct. Une sorte de test vidéo. On
avait déjà vu ça avant lui, mais la plupart du temps il s’agissait d’une sorte de revue publicitaire de quelques secondes à peine proposée après des dessins-animés. Ici, le contenu était
plus varié et plus conséquent. Et surtout, plus honnête. L’écran nous montrait le jeu, et parfois la tête de Marcus apparaissait en transparence avec un effet datant d’outre-tombe très, très
moche. Mais du coup aussi très, très drôle quand ça ne marchait pas bien. Comme ici.
L’originalité de ces tests par rapport à ceux que l’on trouve en presse c’est que les jeux n’étaient pas décortiqués et notés de façon académique. Marcus prenait simplement le pad en main et nous donnait son avis, en toute simplicité. C’était rafraichissant et c’est pour ça que son émission connu un énorme succès, portant à elle seule la chaîne télévisée. Dans un article précédent, je parle de la méthode d’achat du geek, et j’insiste sur le fait qu’il y a une nette part d’instinct, de feeling indescriptible. En parcourant premier niveau d’un jeu, Marcus nous fait part du sien, et parle à notre corde sensible, celle qui nous permet de jauger de la qualité d’un jeu. En lieu et place d’un austère test sans personalité décomposé selon les critères classiques nous avons un joueur qui nous parle de ses impressions, et guide par la même occasion les nôtres. Exactement comme quand nous essayions ou découvrions un jeu chez des amis qui l'avaient acheté avant nous. En outre, une vidéo en live est une avancée extraordinaire par rapport aux captures d’écran des jaquettes ou des magasines. Les tests de Marcus sont humains. Ses interventions dégagent une sorte de chaleur conviviale dont on avait oublié la saveur depuis quelques années, noyés dans des considérations techniques de plus en plus plus poussées et précises au cours du temps.
A la fin de ses tests, qui étaient également le prétexte souvent à une bonne rigolade et à quelques blagues nulles (vous connaissez celle du steak haché ?)... il ne donne pas de note. Comment donner une note à ses émotions ? Il pourra éventuellement vous conseiller d’acheter tel ou tel jeu selon vos goûts. Quitte à nous conseiller de ne pas acheter le jeu du tout.
Mais pour juger de la qualité de ses tests, je préfère encore vous
laisser regarder des vidéos. On en trouve sur Internet assez facilement. Marcus a pendant un temps quitté Game One après que la chaîne se soit faites achetée par la société Ubisoft et travaille
sur une autre chaîne nommée « NoLife », qui ressemble beaucoup à Game One à ses débuts. Sa nouvelle émission, "Chez Marcus" ressemble étonnement aux Level One, mais sans les
restrictions habituelles : il peut cette fois ci montrer tout les niveaux qu’il souhaite, l’émission me semble durer plus longtemps, il peut utiliser des sauvegardes. Plus libre, donc. Seule
contrainte que NoLife a gardé : les conditions du direct. D’ailleurs vous comprendrez vite pourquoi j’ai une phrase d’appel pourrie au début de cet article : c’est la sienne. Enfin dernier
travail de Marcus chronologiquement, retour à GameOne avec une rubrique Retro GameOne.
Jusque-là vous ne devez pas trouver tout cela très folichon. Un simple testeur de jeux, aussi talentueux soit-il, dans la catégorie « Maître à penser » ? J’aurais donc des standards bien bas ? C’est sans doute un peu vrai, mais ce n’est pas vraiment pour la qualité de ses tests que je choisi de l’inclure dans la rubrique.
C’est plutôt pour la facette des jeux vidéo qu’il représente et qui est peut-être l’essence des jeux selon moi. C’est un fait, Marcus est mauvais. Très mauvais. Ca se remarquait déjà dans Level One, ça s’est à peine arrangé dans Chez Marcus. Mais il s'amuse ! Il rit, profite des jeux tels qu’ils viennent. Ses émissions avec des invités sont des moments de bonheur partagés qui nous rappellent nos propres soirées DVD-PIzza-Console. Son principe est simple : « Oh tiens un jeu vidéo, installons-le et testons-le pour passer un bon moment, invitons quelqu’un et rigolons ensemble ! ». Pour poursuivre le délire, il se déguise, s’invente des petits scénarios, s’amuse d’un bug dans un jeu. Un gamin, un véritable gamin. Et ça se ressent énormément dans ses tests et ça contraste avec les présentateurs télévisés déprimés auxquels on a souvent à faire sur les chaînes hertziennes. Marcus aime son travail, il est passionné, et ça se voit. Le ton de sa voix trahit une vraie joie de faire ce qu’il fait, et accroche par cette note de sincérité. D’ailleurs, juste pour rire, regardez cet extrait d’émission, où Marcus est invité sur une chaîne « classique » pour parler d’un jeu et où il est confronté à un présentateur plus « standard ». Y'a rien d'exceptionnel c'est juste pour comparer la différence de ton :
Edifiant, non ? Attention, loin de moi l’idée de critiquer les autres animateurs. Je trouverais dérangeant d’avoir la même attitude pour présenter le JT par exemple. Et je suis sûr que celui-ci est très compétent, il fait un truc que tous ne font pas forcément, il sourit. Mais voyez déjà la différence !
S’il me semble si important de noter cet état d’esprit « déconne » voire enfantin dans le jeu vidéo, c’est parce cette façette du jeu semble ne plus être si évidente parmi les joueurs. Bien sûr, les objectifs des jeux compétitifs ne sont pas du tout les mêmes, et en tant que fan de Broodwar, qui partage l'avatar du jeu de compétition avec Counter-Strike, je serais bien hypocrite de dire que ce coté du jeu est le seul valable. Mais cette attitude s'applique maintenant même aux jeux non compétitifs. Quand on lit les fora, les sites, les blogs de jeux vidéos, on se demande souvent si ce milieu n'est pas uniquement constitué d'aigris. Qu'il s'agisse de consoles ou de jeux, on dirait que chacun a acheté des actions de la société correspondante. Chacun semble doser son égo sur l'achat de sa console et de ses jeux, à tel point qu'il est devenu vital de défendre sa console (quitte à être de mauvaise foi) et, surtout, à vouloir démontrer à tout prix aux autres, qui n'ont pas la même, que ce sont des débiles et que leur choix pue (quitte à être de mauvaise foi). Je ne comprends pas l'intérêt. Pourquoi ces gens sont-ils si virulents ? De quoi sont-ils fiers ? D'avoir acheté une console plutôt qu'une autre ? Donc s'ils se croisent dans la rue, ils se battent avec leur ticket de caisse ?
Il ne faut cependant pas être extrêmiste, il est dans la culture même du jeu vidéo de tailler son voisin. Personellement j'adore me moquer des utilisateurs de Linux : ils partent au quart de tour mais souvent, dans la vraie vie (comprenez : dans une vraie conversation) se rendent compte rapidement de la moquerie, c'est assez marrant. C'est une sorte de trash-talk. Mais la différence entre ça et devenir aigri n'a pas sauté aux yeux de tout le monde. Il faut savoir rire.
Voilà ce que Marcus représente pour moi : les soirées jeux sans prises de tête, le « n’importe quoi » du jeu vidéo qui fait rire, qui amuse, qui donne envie de se lancer des défis absurdes. En somme, le coté rassembleur, communautaire, et finalement simplement humain des jeux. Le meilleur, peut-être ?
Lien vers le site de GameOne : ici
Lien vers le site de Nolife : ici
Lien vers le site officiel de Marcus : ici
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