Banned cartoons
Publié le 14 Août 2009
Savoir si les toons d’aujourd’hui sont meilleurs que ceux d’avant fait parti de ces éternels débats sans fin du « old versus new » qu’on peut appliquer à peu près à n’importe quoi. Par définition
chaque génération va préférer les cartoons avec lesquels il a grandit et il n’est pas concevable qu’un adulte préfère les dessins animés que son enfant regarde aux siens. Et les enfants
d’aujourd’hui trouveront les cartoons de demain fades par rapport aux leurs que les adultes actuels trouvent eux-mêmes insipides. C’est un cycle, et peu importe finalement de savoir qui a raison.
Mais on peut trouver quelque chose aux « anciens » que n’ont pas les « nouveaux ».
Cet élément, c’est l’Histoire. Au travers des dessins animés, des films et des bandes dessinées, on peut retracer un petit bout de l’histoire de l’humanité. Pas grand-chose, évidemment, mais
certaines parutions sont de véritables perles. On connaît tous le célèbre Tintin. Celui-ci a un lourd passif de propagande anti-communiste derrière lui. Dans l’épisode soviétique, Tintin fait un
reportage chez nos amis rouges qui ne manque pas de piquants. Hergé n’y va pas avec le dos de la main morte puisqu’on y voit des fausses usines en carton, un peuple triste et sans considération,
un vote où les citoyens sont menacés par armes s’ils ne votent pas pour le régime soviétique en place, et où finalement les bolcheviques ne sont ni plus ni moins que des monstres auxquels notre
reporter belge échappe de peu, et est bien content de rentrer dans son pays. L’album fut par longtemps interdit, et sa remise en vente a permis de révéler un chef d’œuvre pour le grand public.
Mais le belge n’est pas tout blanc et traîne derrière lui une réputation en demi-teinte de racisme et de colonialisme. C’est ainsi qu’une reparution de la bande dessinée Tintin au Congo créera
des congolais avec des lèvres moins grosses, mais surtout aura remplacé la fabuleuse leçon d’histoire où les africains apprenaient leur « patrie belge » par une leçon de mathématiques.

D’autres exemples soulignant une tournure dans le relatif racisme sont moins connus, notamment en Europe. Saviez-vous par exemple que Disney se traîne aussi quelques « politiquement incorrects »
? Certaines aventures des canards par exemple se déroulaient parfois en Amérique du Sud ou en Afrique où, originalement, on trouvait des clichés de tribus cannibales noires aux grosses lèvres et
au langage simple, se laissant facilement berner par des bouts de verres colorés en guise de paiement. Ouuups, « not very politico correcto » 1. Dans une seconde parution, ces
tribus n’ont plus de grosses lèvres et ne sont plus cannibales. Ouf, tir rectifié.
Le racisme et le colonialisme ne sont pas les seuls thèmes qui donnent un fond historique à nos emblèmes de jeunesse. Une autre grande bataille du vingtième siècle bien connue des médecins est la
lutte anti-tabac. La cigarette, nouvel opium du peuple, d’abord perçus comme inoffensif, cool et même bénéfique, se révèle au fil du temps nocif pour la santé, et si le lobby du tabac a déployé
des efforts pharaoniques et une étonnante ingéniosité, cela ne changera pas l’inéluctable évidence. Et cela influence un certain cow-boy solitaire loin de chez lui. On se souvient tous de la
cigarette qui devient soudainement une brindille en 1983, le garçon de vache montrant jusqu’alors un bien mauvais exemple tandis que les effets néfastes du tabac commencent à être dénoncés. Son
dessinateur, Morris, sera par ailleurs récompensé par l’OMS. D’autres abandonneront aussi de façon plus discrète le coté obscur après en avoir été des fervents défenseurs, comme les Flingstones.
Ceux-ci avaient en effet plusieurs propre spot spublicitaires pour les cigarettes Winston. Regardez-donc cette merveille (lien). Avec en
bonus un petit message non subliminal comme quoi les femmes qui passent la tondeuse, c’est cool même si les hommes devraient le faire.

Un autre domaine extrêmement touché : la guerre. Mise en contexte. 1939-1945. La Seconde Guerre Mondiale. Les Etats-Unis rentrent tardivement dans le conflit après une attaque surprise
(officiellement en tout cas, certains en discutent encore) sur une de leur base. A ce moment-là, toute la machine américaine est mise en œuvre pour lutter contre l’Axe. Le front est multiple :
militaire, industriel, financier et idéologique. Pour encourager les travailleurs et les (futurs ?) soldats, une forte propagande se met en place. Et les enfants n’y coupent pas. La mémoire
collective américaine retient essentiellement l’Oncle Sam, emblème de l’Amérique, et les Européens ont surtout en tête le fameux poster montrant l’homme pointant du doigt : « I want YOU for the US Army ». Mais les cartoons aussi ont joués leur rôle dans ce conflit. Ainsi les Looneys
Toons, principalement par l’intermédiaire de Bugs Bunny et Daffy Duck, et les studios Disneys, surtout par l’intermédiaire de Donald Duck, ont activement renforcé l’esprit américain par des
dessins animés que je trouve absolument collectors et mettant en scène leurs personnages dans des dilemmes ou des univers parallèles où ceux-ci doivent tour à tour choisir comment dépenser leur
argent fièrement gagné (en achetant des bons de guerre bien sûr ! - lien - ) ou se retrouvant en plein cauchemar dans une Allemagne nazie
(lien). Les caricatures volent, ridiculisent, font peur et sont parfois plus intelligentes qu’il n’y paraît. Dans un scénario de Walt
Disney ne mettant pas en scène ses personnages, on y retrouve une parodie de la Belle au Bois Dormant avec une princesse alcoolique et obèse représentant l’Allemagne nazie et Hitler dans le rôle
du chevalier sauveur en armure (lien). Adolf en chevalier blanc, cela ne vous rappelle rien ?

Ces exemples parmi tant (on en trouve d'autres sur Youtube) font pour moi partie d’un patrimoine culturel. S’il est de bon goût d’avoir retouché les cases de Tintin et d’avoir fait disparaître la cigarette de Luke, il est nécessaire de garder les originaux. Ce sont des apports extrêmement intéressants. Ce sont des témoins directs d’une époque, des tendances politiques, géopolitiques et culturelles. D’une époque où l’on avait parfois tort, mais cela ne change rien à leur valeur. Ainsi, que ce soit en bien ou en mal voire les deux à la fois, les icones de notre jeunesse sont chargées d’un poids historique, culturel, que n’ont pas et ne possèderont peut-être jamais celles d’aujourd’hui, à quelques exceptions prêts. Pour moi, ce que l’on appelle maintenant sur internet les « Banned Cartoon » sont des petits bijoux de patrimoine et d’information. Des sortes de petits trésors pour les amateurs d’Histoire. Au même titre que ceux qu’on découvre dans des vieux coffres cachés au fond des greniers des grands-parents.
1 : Expression empruntée au Nostalgia Critic
L'image de Tintin au Congo provient du site ActuaBD.
Petit bonnus : voici le lien pour une vidéo avec Bugs Bunny.
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