Evangelion
Publié le 6 Septembre 2009
Evangelion marque l’instant où j’ai commencé à décrocher de la Japanime. Normalement, tout les gens qui le connaissent ont soit quitté le blog, soit recherchent activement mon adresse mail pour m’envoyer des menaces de mort. Je développe donc un peu plus.
Evangelion est un animé japonais qui a tout. Des personnages principaux et secondaires développés, intéressants, qui évoluent dans un univers crédible et travaillé. Une bonne animation. Des musiques classiques de très bonne facture utilisées au bon moment. Une histoire complexe, riche en rebondissements et en révélations qui surprennent le spectateur là où il s’y attend et là où il ne s’y attend pas, souvent en apportant une profondeur supplémentaire à un scénario abordant déjà des thèmes solides de façon mature. Il est question de clonage, de la place de l’Homme dans l’univers, de la moralité de l’espèce humaine, de l’amour sexuel, maternel, familial... Et tout sert la série à merveille. Y'a même un peu de fan-service bien classique.
Je pourrais m’arrêter là car rien qu’avec ça Evangelion se situe bien au dessus de la production japanime « de bas étage » qu’on voit souvent sur nos écrans de télévision français. Mais là où l’on crie au génie, c’est dans la diversité et l’intelligence des thèmes principaux d’Evangelion. Les épisodes font en effet constamment références à des éléments bibliques. Ainsi les robots de la série ont une apparence démoniaque et sont des copies d’Adam. On apprend que l’Humanité doit se défendre face à des Anges qui cherchent à atteindre Lilith. La Lance de Longinus est représentée comme une arme importante. Pour piloter, les héros doivent se plonger dans un bain de liquide décrit comme étant une copie de la source originelle. Et tout est d’une logique implacable dans une histoire où une poignée d'hommes luttent contre les forces de Dieu pour se préserver de la fin prophétisée du monde.
A coté de cela il existe une multitude d'énigmes parallèles aussi sinon plus intéressantes. Par exemple, un plan de complémentarité de l’Homme, une sorte de quête administrée parles dirigeants des nations les plus importantes de la planète dans un secret total et aux objectifs flous. Ou bien, la présence seule du personnage de Rei dont on comprend de suite qu’il va être une pièce maîtresse du scénario. Une jeune fille aux cheveux bleus et aux yeux rouges, semblant dépourvue de sentiments et vivant une vie misérable sans émotion sinon une admiration et une obéissance sans faille au commandant du service chargé de la gestion des robots géants de la série, le fourbe et très peu loquace Gendô Ikari, accessoirement père du protagoniste principal. En fait, chaque personnage apporte avec lui un passé troublé ou troublant, avec ses interrogations, ses démons intérieurs, qui expliquent toujours le comportement du protagoniste en question et qui n'est dévoilé que par miettes, avec difficulté, rendant la connaissance du personnage gratifiante et personelle.
Les premiers épisodes sont dans la norme des animés de Mecha classiques, et puis passé un cap, tout s’enchaîne. La profondeur du scénario se creuse de minutes en minutes, les implications des personnages se précisent de plus en plus, il y a de moins en moins d’innocents, les motivations des héros deviennent plus claires, des conflits physiques et psychologiques importants apparaissent… Tout devient EPIQUE.
Epique est bien le mot pour traduire cette courte saga. Et tourmenté, aussi. Qu’il s’agisse du héros, de ses camarades, de Rei, de Gendô, des mystérieux dirigeants du monde, tous, à un moment ou à un autre, se retrouveront dépassés par au moins une partie de l’histoire. Quand au spectateur je n’en parle même pas. Entre la réflexion sur l’origine de l’Homme, sur son avenir, sa destinée, les batailles de dimensions apocalyptiques par des machines qui sont elles-même un sujet dans le sujet, et les enjeux bibliques, il a largement de quoi se faire baver.
Donc oui, j’ai adoré Evangelion. J’en suis même encore un grand fan. Tout est fait pour me plaire dans cet animé qui m’a définitivement beaucoup marqué. J’ai parcouru une dizaine de sites à l’époque. Il existait des pages et des pages sur les différents éléments de symbolisme d’Evangelion, le moindre signe était trouvé et décortiqué, plein d’hypothèses étaient formulés, chaque signe utilisé par l’auteur était le sujet de dissertations sur le pourquoi, sur le comment. Même le simple ending, représentant le personnage nu de Rei flottant à l’envers au dessus de l’eau avec le reflet de la lune, était analysé et de longs paragraphes expliquaient le moindre détail. Un véritable régal, on n’en sortait plus sur les explications de l’œuvre, les sujets semblaient infinis. Ca a duré quelques années comme cela, où Evangelion et son auteur croissaient chaque jour dans mon estime : on trouvait donc dans la japanime de véritables trésors d’une profondeur inégalée. Tout avait été pensé et prévu avec une imagination et une intelligence épatante. J'ai hésité à faire un billet juste pour présenter la série aux non connaisseurs d'ailleurs, avant de me rappeler que d'autres font ça mieux que moi.
Et puis un jour, ce fut le drame. Un jour, je tombais par hasard sur l’interview de l’auteur et un résumé de celle-ci. Pourquoi avoir utilisé tant de symbolisme juif et catholique ? C’était bien évidemment la grande question, et mes attentes vis-à-vis de sa réponse étaient grandes. Et elles étaient à la hauteur de ma déception. Je vous résume en trois cases l’interview :
Et je ne déconne PAS. Le mec a VRAIMENT répondu que les références bibliques c’était là parce qu’ELLES ETAIENT COOLS. Et de rajouter qu’à son avis si elles étaient aussi bien vues au Japon c’est parce que le Japon est pas très christianisé donc ça donne un coté mystique pour le public de l’archipel. Des années entières de ma vie bafouées ! Le fait que le public occidental y ait vu une œuvre profonde est un TOTAL ACCIDENT !
Ben oui, je suppose que la Gainax (le studio producteur d'Evangelion) a voulu faire pour la Bible et les japonais ce qu’il se produit souvent chez nous avec le Shitoïsme : on connaît rien, c’est un peu mystique, c’est énigmatique, ça emballe, on apprend deux ou trois notions grâce à des mangas et hop on croit tout connaître, c’est magique, ça emballe encore plus. Pour pas grand-chose. Profonde déception donc. Si cet animé est quelque chose de génial, tout est finalement artificiel, car rien n’est voulu de l’auteur qui n’a eu que la chance d’utiliser le christianisme de façon pas trop crade de sorte que le public européen et américain croient y voir quelque chose de profond.
L'autre message de l'auteur, un véritable travail sur soi et un message implicite quoique direct aux otakus maladifs de son pays, reste voulu, valable, et respectable. Mais quand même. MINCE QUOI.
Alors Evangelion reste un très grand animé. La symbolique biblique reste lourde et les fans en ont fait quelque chose de très bon. La qualité de la série est excellente et j'en serais fan rien que grâce à la personalité extraordinaire des personnages et au charisme scandaleux de certains, je suis d'ailleurs très attaché à la totalité d'entre eux, fait rare. Je me replonge régulièrement avec un plaisir non dissimulé dans les fansites. L'univers est excellent, et son pessimisme permanent me plaît énormément aussi. Simplement, savoir que tout ce qui a stimulé mon imagination interprétative n'est dû qu’au fruit d’un mauvais hasard sape mon moral. Reste le message plus personnel réservé à une catégorie de personnes à laquelle je n'appartiens pas. A coté de ça la Gainax a fait d’autres œuvres magnifiques, je pense notamment à Nadia, le secret de l’Eau Bleue, qui m’a aussi fasciné quoique moins qu’Evangelion. Mais maintenant, je doute. Ce que j’ai trouvé dans Nadia est-il créé ou bien n’est-ce qu’un autre « coup de bol » ? Je préfère ne pas investiguer et rester sur ma bonne impression, fut-elle erronée.
C’est donc à ce moment-là que, de possible otaku en devenir, je me suis pleinement refroidi et même complètement rétracté face à l’univers manga. Cela ne m’a pas empêché d’apprécier d’autres œuvres par la suite comme par exemple Full Metal Alchemist ou même Card Captor Sakura, mais jamais plus je ne ressentirais cette curiosité dévorante et cette admiration dont j’étais l’objet auparavant.
Et pour finir sur une note positive, le générique d'ouverture d'Evangelion, qui m'a fait décrouvrir avec brio qu'on pouvait associer intelligemment une musique avec des images :
Opening d'Evangelion
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