Publié le 16 Septembre 2013

C'est toujours un plaisir de retrouver un vieux blog. un peu comme un grnier abandonné. C'est poussiéreux, ça pue, c'est bardé de pubs en haut, en bas, devant et au milieu, c'est désertique, on retrouve des souvenirs plus ou moins honteux.

Non en fait c'est pas si marrant que ça. Surtout la pub.

Par contre, plus intéressant : autant j'ai clairement plus le temps de faire du montage vidéo poussé, de la vidéo commentée de façon régulière, et toute la partie geek qui s'ensuit, autant j'ai toujours envie de continuer à écrire sur le milieu médical.

Du coup j'y ai consacré un blog dédié. J'ai recopié mot pour mot les articles et la majorité des commentaires. J’essaierais de publier deux notes par mois. Je vais essayer d'attirer des gens autres que moi dans l'aventure mais ça a toujours été un échec, donc on verra comment ça évoluera. De même que j'y inscrirais des liens d'auteurs plus connus et autrement plus talentueux de blogs de la même nature, je pense notamment au blog archiconnu (dans le milieu) de Jaddo.

Le blog est encore assez sobre pour ne pas dire sommaire, mais bon, on se rappellera des début de ce blog-ci avec cette magnifique photo de chat en couverture sans aucun titre ni aucun style ! Ça ne peut qu'évoluer dans le bon sens !

C'est par ici que ça se passe :

 

--> http://observ.over-blog.com/# <--

 

A bientôt !

 

 

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Rédigé par Youe

Publié dans #Varietas

Publié le 4 Mai 2013

Vous savez comment c'est, Internet. Des fois on a une recherche ou un but bien précis et on s'y tient. Les autres 99% du temps, on finit par errer sans but à la recherche implicite de divertissement qu'on aurait manqué à des endroits qu'on a pourtant déjà visité cent fois. Ce jour là, j'ai visité quelques chaînes Youtube et notamment celle du site O'Gaming. Après je suis allé jeter un coup d’œil sur le forum Thalie pour voir si le topic dédié à Starcraft 2 avait un peu bougé. Et puis je suis allé sur Battle.net pour y jouer quelques parties. C'est là que j'ai croisé Adrian, alias Gebow, alors on a fais deux ou trois matchs ensemble. Et puis, entre deux victoires contre des bronzes Stephano et Life, on s'est dit "Dis donc, si on jouait à Pomf et Thud ? On dirait qu'on commente un match, et tu serais la maman, je serais le papa !" . Du coup, concrétisation du petit délire. Désolé on entend à peine le son du jeu mais je ne vois pas bien comment faire pour l'instant, c'était ça ou on entendait pas Adrian.. 

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Publié le 20 Avril 2013

C'est moche, pas vrai ? Quelle bonne idée encore que j'ai eu là, ce blog naviguait déjà avec un déambulateur, voilà que je lui ai plus ou moins sciemment coupé une jambe. Le panneau d'administration me proposait en effet de passer à la nouvelle version d'Over-blog. Donc je me suis dis, "hey, la dernière fois que j'ai voulu faire un changement, c'était complètement raté, alors pourquoi ne pas essayer ?".

 

Ben en fait c'est pire que ce que j'avais imaginé. Ce qu'ils oublient d'annoncer bien en grand c'est qu'il s'agit d'une bêta et c'est fais pour des gens qui bloguent encore moins que moi. Donc, les thèmes sont très peu personnalisables Là, par exemple, à moins de changer complètement de thème graphique ou de bidouiller du HTML - et on adore tous bidouiller du HTML quand on a jamais touché à la programmation, c'est bien connu - et bien je ne peux plus mettre en lien mes blogs et articles préférés.

 

Là, je me rend compte que je peux m'enfoncer la mise en page d'un article aussi, l'alignement par défaut et virtuellement inchangeable étant à gauche et pas ajusté / justifié.

 

Bref. Je vais prendre mon mal en patience quelques temps mais à voir sur le moyen terme comment ça va se peaufiner. En attendant, hop, nouvelle vidéo avec un son particulièrement bas je ne comprend pas bien pourquoi.

 

Ah oui et bien entendu ça a foutu tout le reste de mes mises en pages en l'air.

 

Edit : Ca y est j'ai trouvé comment mettre en page le texte. Ca va c'est LIMPIDE.

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Publié le 31 Mars 2013

Aujourd'hui, j'ai acheté la dernier chapitre cinématographique de la série Twilight. Et en édition collector, pas moins. Ce n'est certes pas pour moi, mais je dois bien reconnaître que l'expérience se rapproche vraiment d'une morsure de vampire, et j'ai eu la sensation de perdre un peu de mon âme en le faisant. Fort heureusement, je me suis racheté en finissant Anno Dracula, une nouvelle proposition de suite au célèbre roman de Bram Stoker qui a donné aux vampires et aux ténèbres leur prince.

 

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Ce n'était pourtant pas gagné, particulièrement après l'amère déception qu'avait été Dracula L'Immortel. Mais soit. La couverture est attirante, avec un style entre journal d'époque et affiche de bistrot avec ce style élégant et un peu trop travaillé pour ce qu'il doit être. Les couleurs sont vieillottes mais chaudes. Derrière, le résumé de l'intrigue, et seulement deux lignes sur l'auteur, décrit comme un spécialiste du cinéma fantastique - ce qui correspond, de facto, à quelque chose.

 

L'histoire commence avec les mêmes conclusions corrigées du roman de Stoker que l'Immortel : la chasse au vampire s'est plutôt mal terminée. Mais ici, on prend la peine de nous transporter quelques années suivant. Nous sommes toujours à Londres, mais c'est un peu catastrophique. Dracula a trouvé le moyen de charmer la reine d'Angleterre et de devenir par ce biais le Prince-consort. Et non pas le roi-consort, allez savoir pourquoi. En deux mots comme en sang, c'est lui qui tire les rênes du pouvoir. Mais oubliez-le quelques temps, car vous n'aurez pour ainsi dire pas l'occasion de le croiser au fil des aventures des protagonistes.

 

Des protagonistes en nombre réduits et attachants. Certains sont des survivants de la précédente aventure, d'autres sont de nouveaux venus. Leur développement n'est pas aussi poussé que dans Dracula l'Immortel mais au moins ne présentent-ils pas d'incohérence profondes et la route tracée pour eux est intéressante. La psychologie de Jack Steward par exemple tourne tout entièrement autour du personnage de Lucy, la première vampire transformée par Dracula en Angleterre et détruite dans l'aventure originale. Le souvenir de celle qui l'avait aimé va diriger chacun de ses actes dans une Londres plus brumeuse qu'un fog londonien normal. Car si un thème devait ressortir de ce roman c'est bien celui de la métaphore même pas voilée d'un état policier évoquant fortement le régime nazi. Suite à l'arrivée au pouvoir de Vlad Tepes, les vampires peuvent désormais sortir à la grande nuit et exister parmi les vivants.

 

On imagine dès lors facilement les premières conséquences, à savoir des vampires terrorisants les humains et les réduisant en esclavage, apportant son lot de révoltes. C'est là la force du livre que de ne pas sombrer dans de tels clichés. Si certes il existe une force comparables au tristement célèbres "SS" nazis, composés principalement de monstrueux vampires des Carpates, n'allez pas croire que l'existence est simple pour la plupart d'entre eux. La lignée de l'empaleur étant décrite comme malade, les vampires issus même indirectement de lui, donc la grande majorité d'entre eux, éprouvent de grandes difficultés à s'adapter. Certains adoptent un comportement violent, d'autres essaient de se transformer en animal précocement, résultant en de véritables monstres mi-humains mi-chauve-souris avant de mourir de leur vraie mort. Les innombrables vampires transformées par  négligence se retrouvent sans mentor et sont dans le pétrin. Beaucoup de femelles vampires se prostituent pour quelques sucions de sang. Que certains mortels sont ravis de donner.

 

Car les mortels désirant devenir des non-morts sont nombreux, attirés par la jeunesse éternelle, la force et la puissance - mais rien d'aussi stupides que des pouvoirs de jeux vidéos comme dans l'Immortel. Sans compter une certaine métaphore avec la collaboration envers le pouvoir en place. Là encore, l'histoire fait assez fort et nuance énormément le prix et la récompense de devenir un sang-froid. Londres est décrite comme une ville profondément malade. Les vampires manquant de sang deviennent faibles puis fous. Les nouveaux vampires ont du mal à se maîtriser sans mentor, et leur personnalité change énormément jusqu'à en devenir parfois à peine reconnaissables, ce qui fait réfléchir quand à la volonté d'un couple amoureux de rester ensemble pour l'éternité. Même les vivants ne souhaitant pas recevoir le baiser des ténèbres sont décrits comme de plus en plus faibles s'ils donnent leur sang à des vampires, et on explique explicitement que leur espérance de vie s'en trouve fortement diminuée. La tragédie vampirique n'est donc pas mise de coté : se nourrir sur un être aimé réduira inévitablement le temps passé avec lui, et le changer en vampire est un pari risqué également. Sorti de ces considérations, les créatures de la nuit sont toujours inquiétantes, ont toutes plus tendance à recourir à la violence ou à être maléfiques. Même le seul vampire qui adopte un comportement bienveillant tout au long du livre admet volontiers avoir été assassin et meurtrier par le passé.  Nous sommes loin de vampires idéalisés ou romantiques à la Lestat. Je me répète mais j'aime vraiment l'idée d'un lourd tribu pour devenir un suceur de sang.

 

Et être de la lignée du prince-consort n'est pas forcément une solution de facilité dans Anno Dracula. Les vampires sont tous assoiffés de pouvoir, et les plus anciens regardent avec mépris les nouveaux au point de les considérer à peine de meilleure manière que les humains. En outre, un mystérieux tueur surnommé "Scalpel d'Argent" égorge et éventre sauvagement des prostituées vampires imprudente dans les rues mal famées. C'est d'ailleurs l'enquête autour de ces meurtres qui sert de point de départ à l'histoire et à l'introduction de diverses sociétés secrètes et quelques nouveaux personnages auxquels on s'attache facilement même s'il faut reconnaître qu'ils manquent de profondeur alors qu'on découvre ce qu'il est advenu des chasseurs de vampires originaux.

 

Alors Anno Dracula n'est pas tout à fait parfait. Il existe plusieurs détails qui étonneront le lecteur. Ainsi, certains antagonistes sont un peu vite traités, je pense notamment à ce vampire chinois très intéressant en soi, qui apparaît aussi vite qu'il ne disparaît sans avoir aucun impact sur l'intrigue. La fin est également un peu rapide et peut-être trop cinématographique, avec une reine dont la condition est clairement une inspiration directe de la princesse Leia dans l'épisode cinq. Rien de comparable à la douloureusement médiocre fin de l'Immortel cependant, et l'épilogue se veut finalement assez ouvert et plutôt logique.

 

De même on sent la culture importante de la littérature et de la cinématographie vampirique de l'auteur et celui-ci se lâche à plus d'une occasion, multipliant les clins d'œil pas nécessairement intéressants et n'apportant que peu d'élément à l'histoire. La plupart des amateurs ne reconnaîtront qu'une partie des références et sera frustré de passer à coté des autres. C'est amusant de nous conter des cérémonies de rassemblement de vampires au Moyen-âge avec des noms tels qu'Elizabeth Báthory ou Gille de Ray, mais donner des noms référentiels à des hommes de mains ou des barmans ? Certaines personalités font des apparitions certes remarquées mais pas très pertinentes. 

 

En outre, comme dit plus haut, les personnages principaux auraient vraiment mérités d'avoir une psychologie plus explorée. Le niveau atteint pour les personnages secondaires est très bon et satisfaisant, mais seul Jack Steward évolue vraiment durant l'histoire. Les autres personnages restent assez constant, seul leur acquis d'informations progresse en même temps que l'enquête, mais guère plus. Ce qui est fondamentalement un regret puisque les situations de départ permettent des possibilités intéressantes de torture psychologiques.

 

Néanmoins, ces défauts n'entachent pas les qualités du livre qui, rien que par l'atmosphère qu'il livre d'une capitale européenne malade et pourrissante vaut le détour. Le sujet du prince des ténèbres n'est pas pris à la légère, son ombre pesante et menaçante planant sur l'entièreté de l'histoire, et les différents points de vue des protagonistes sont intéressant à corréler. Jack Steward connaît une évolution fascinante qui rappelle en un sens celle du docteur Frankenstein, et les références d'autres personnalités sombres de la  culture britannique et notamment l'univers de Sherlock Holmes et Jack l'Eventreur sont agréablement utilisées. Il s'agit définitivement d'un excellent roman pour ceux qui ont aimé Stoker et cherchent une suite honorable, qui tient la route en étendant le mythe avec les apports des autres œuvres  vampiriques. Je recommande !

 

D'ailleurs, je ne suis visiblement pas le seul à avoir apprécié.

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Publié le 24 Mars 2013

Oyez, célébrez la venue du nouveau messie ! Enfin vous pouvez relâcher vos muscles tendus d'angoisse et de stress dus à l'interminable attente : Heart of the Swarm est officiellement sorti. Depuis plus d'une semaine d'ailleurs, vous êtes en retard. Et notez que je me permet de vous désigner sans m'inclure par seule tentative désespérée de me positionner au-dessus du lot afin de mieux cacher l'amertume que m'instille la nouvelle campagne.

 

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Ca, c'est Kerrigan dans Brood War. En gros.

 

Car si la première extension de Starcraft II : Wings of Liberty - qui est un titre bien tirée de la raie si je puis me permettre considérant qu'on n'accomplit stricto-senso rien du point de vue d'une quelconque libération - apporte une expérience multi-joueurs très différente et, disons-le, bien meilleure que l'originale, on sent que malheureusement Blizzard a écouté les demandes des fans concernant la partie narrant l'histoire. Pourquoi malheureusement ? Parce qu'il semble hélas que le même incompétent se charge du scénario. Mais avant d'en discuter plus avant, on va d'or et déjà se débarrasser des bons cotés des choses.

 

On constatera directement qu'après une installation particulièrement laborieuse en ce qui me concerne - une première chez des jeux estampillés Blizzard - on tombe sur le nouveau design de la plate forme Battle.net. Celle-ci avait déjà été approchée dans le dernier patch de Wings of Liberty. C'est beau. Enfin, sans exagération, ce n'est pas tant "beau" que "moins consoleux" comme approche. On passe par moins de menus pour accéder à ce que l'on cherche, c'est -un peu - moins rempli de gros boutons flashy partout, ça rafraichit. Cette refonte graphique s'accompagne de changement plus profonds s'inscrivant plus sur la durée. Ainsi le multi-joueurs de Heart of the Swarm se veut moins humiliant. En parallèle de la traditionnelle montée en puissance via ses défaites et ses victoires amenant aux différentes ligues a été mis en place un système d'expérience et de niveaux. Le principe est qu'à chaque unité construite, chaque unité ennemie détruite on gratte quelques points d'expérience. D'autres variables viennent ajouter du pactole : une partie gagnée recevra un sérieux bonus, vos premières victoires de la journée également, une plus-value est aussi réservé si vous jouez avec un ami. De la sorte, même en perdant, vous gagnez malgré tout un peu d'expérience et pouvez monter de niveaux. Ces niveaux ne servent à rien d'autres qu'à débloquer des récompenses visuelles supplémentaires : de nouveaux graffitis - rappelez-vous comme ceux-ci sont longs à obtenir sous Wings of Liberty - de nouveaux portraits - et ceux-ci sont beaux, rappelez-vous les horreurs des Wings of Liberty - voire, plus inédit, des nouvelles apparences d'unités et des... nouvelles danses. Je ne voudrais surtout pas paraître pour un vieux con crachant sur World of Warcraft qui est dans le fond un jeu que j'estime, mais suis-je le seul à sentir son influence s'étendre partout comme une mauvaise diarrhée ? Sérieusement, des nouvelles apparences d'unité dans un jeu de stratégie ? Des nouvelles DANSES ? J'annonce dans Legacy of the Void, la prochaine extension, on pourra probablement gagner des animaux de compagnie qui, sans influencer le gameplay, accompagneront nos marines à l'assaut. Et si on achète l'édition collector, on aura même des petits archanges Tyraël au lieu des Overlords. Je pesterais volontiers contre les éditions collectors mais je doute trouver quelqu'un ayant la patience de lire à la fois un pavé sur Heart of the Swarm et une bibliothèque sur les éditions collectors.

 

Bref, des récompenses plus faciles à obtenir qui ne demanderont aux joueurs que de farmer, peu importe que cela soit en match contre d'autres joueurs ou contre une intelligence artificielle. En parallèle, un changement plus subtil : la possibilité de jouer des matchs sans être pris en compte dans le classement des ligues. Techniquement cela revient quasiment au même : les joueurs utilisant les classements de ligues peuvent rencontrer ceux qui ne le désirent pas et vice-versa. Simplement, les premiers verront leur classement influencé par l'issue de la partie et pas les seconds. Ca n'a l'air de rien, mais Battle.net, je le répète, est assez humiliant. Aussi, alors même que notre classement en ligue ne nous concerne que modestement comme votre serviteur, il était auparavant difficilement envisageable de se lancer dans des duels sans avoir la pression. Si vous n'étiez pas à fond jusqu'au bout, étant donné que le système s'arrange pour que vous ayez un ratio de 50% de défaites, grandes étaient la chances de vous faire écraser comme un insecte sans même comprendre d'où venait la botte. Impensable même de vouloir changer de race quand vous aviez atteint votre niveau de croisière avec l'une des trois. Une solution possible était d'enchaîner les défaites volontaires en quittant systématiquement les parties afin que Battle.net vous dégrade de ligue. Mais le processus était tellement long et pénible que peu de joueurs s'y essayait sérieusement. L'arrivée des matchs non classés permet de complètement se détendre à ce sujet. De même, j'ai la sensation que les joueurs que l'on vous oppose font parti d'une gamme plus large et se retrouver face à des mauvais joueurs est plus commun. C'est probablement dû à la sortie récente de Heart of the Swarm et donc l'arrivée massive de débutants, mais c'est agréable. Moins de pression, dont plus d'audace de tester des stratégies bigarrées ou les différentes races.

 

Oh, oui, et on a enfin un système de clans et de regroupement digne de ce nom. C'était dur, hein ? Depuis Warcraft III que ça existe, soit depuis juillet 2002, c'est vraiment une révolution. Dans le même genre, on peut enfin regarder des replays sur Battle.net avec des amis, en même temps. Depuis Broodwar qu'on avait pas vu ça !

 

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Ca, c'est ce que je voulais dans Starcraft II. En gros.

 

Passé ces améliorations - qui en dépit de mon ton moqueur comptent vraiment - passons maintenant à ce qui donne des petites remontées acides : la campagne. Ou DotA 2, j'ai parfois du mal à départager les deux.

 

Resituons le contexte : après une ridiculisement stupide campagne Terran mal axée et souffrant d'un syndrome de déficit de l'attention, Sarah Kerrigan, la Reine des Lames, est redevenue humaine. La nouvelle campagne reprend alors que le prince Valerian effectue les dernière opérations de test sur elle pour s'assurer qu'elle ne représente plus de danger. Avant de la libérer après qu'elle ait prouvé qu'elle représentait un danger. Mais je ne me plains pas, la première partie de la campagne est relativement correcte. Même, elle est agréable, les premières missions sont intéressantes et les interactions entre les personnages sont naturelles. Aussi, il doit être, pour être honnête, bon de signaler qu'on a enfin une vraie campagne qui part d'un point A et allant à un point B dans le but concis de poursuivre une histoire. Il existe bien un ou deux embranchement mais ils sont plus limités que Wings of Liberty et vous aurez éventuellement toutes les missions à faire. Je trouve ça bien meilleur qu'un million de sous-quêtes - dans tout les sens du terme.

 

L'illusion tient donc quelques missions, jusqu'à ce qu'on s'aperçoive malgré tout que... Ah, mais je ne sais pas par où commencer tellement cette campagne n'est qu'à peine meilleure que celle de Wings of Liberty. Attention, ça spoile sévèrement à partir de ce point-là, si vous avez une quelconque intention d'être "surpris" - ahahahahah - par la campagne, ne lisez plus. Je devrais avoir honte de spoiler, vraiment, mais Blizzard rend la chose très difficile.

 

Contrairement à la difficulté de leur jeu ! Je suis en train de torcher la campagne de mode Brutal - le mode de difficulté le plus élevé - en buvant un thé et une main dans le slip - mais pas celle qui tient le thé, sinon ça fait très mal. J'ai décidé de faire une première fois la campagne en "Normal" pour profiter de l'histoire - ahahahahah - avant de m'atteler à un challenge plus dans mes cordes à savoir le mode "Brutal". Je ne vois sincèrement qu'assez peu de différence, à aucun moment je ne suis inquiété quelle que soit la mission en jeu. Wings of Liberty avait trouvé un milieu plus juste et certaines mission brutales étaient assez retors, on se rappellera par exemple celle où l'on devait déplacer sa base de ressources en ressources coursé par un mur de flammes et de lave en fusion. Rien de cela ici. il faut dire que tout est fait pour éviter au joueur d'être pénalisé : un pouvoir vous permet de ressusciter vos troupes gratuitement, l'héroïne Sarah Kerrigan elle-même n'est pas sujette à la mort puisqu'elle reviendra une minute plus tard à votre base principale et le jeu ne vous agresse vraiment jamais correctement, tout au plus enverra-t-il quelques unités taper un peu sur vos défenses. Bon nombre sur les forums de Battle.net ont cru simplement y voir leur progrès depuis la sortie de Starcraft II. C'est de la merde : je suis autant doué à la manipulation des Zergs qu'à la conduite d'un avion de chasse et j'éprouve moins de problème qu'avec la campagne de ma race de prédilection et qui était, je le rappelle, censé apprendre aux nouveaux à jouer. On boucle la petite vingtaine de mission presque sans le faire exprès.

 

Au moins l'histoire s'éparpille un peu moins. Mais celle-ci est très mal contée. Déjà il convient d'affirmer que l'équipe scénaristique de Blizzard écrit son scénario comme moi j'écrivais mes premières histoires et romans au début du collège : tiens, j'ai une idée, elle me plaît, je l'intègre à l'histoire, qu'elle soit cohérente ou pas. Les fans ils aiment pas ces histoires de prophéties, ben on à qu'à dire que Kerrigan elle y croit pas. Et toc, c'est celui qui dit qui est. Les fans râlent de ne plus entendre parler d'une faction apparue dans Broodwar, et ben paf on va placer Alexei Stukov parmi les personnages qui vont aider Kerrigan et qui sort vraiment d'un chapeau magique. Oh ben tiens il était détenu pendant des années alors que le joueur l'a explicitement tué dans Broodwar - puis selon certaines campagnes obscures non connues du grand publique, infesté, soigné et oublié dans la nature. C'est confortable. Les fans ont trouvé un peu limite que Jim Raynor, qui a juré la perte de Kerrigan pour venger son ami le Protoss Fénix dans Broodwar, soit de nouveau amoureux de la donzelle. Ah, bah du coup on va placer une ligne de dialogue qui parle de Fénix et on va mettre un échange qui montre que notre cher Jim ben il n'a pas oublié sa vengeance mais que, bon, quand même, si un peu dans les faits. Su-per. Les dialogues présentent par instants de petits clins d'œil qui relèvent plus d'une fleur qu'un mari offre à sa femme après s'être fait douloureusement rappelé qu'il a oublié son anniversaire et le bouquet de roses qu'on attendait de lui.

 

Kerri3

Et ça c'est ce qu'on a. Bon, ça aurait pu être pire.

 

Autre catégorie dans laquelle j'excellais à mes onze ans : les petites histoires qui se résolvaient rapidement parce que je trouvais une idée excitante mais m'en fatiguais vite. C'est un peu le concept des missions de l'entièreté de Starcraft II et plus particulièrement dans Heart of the Swarm : on part d'un point de départ, à savoir que Kerrigan veut se venger d'Arcturus Mengsk. Bien. Et puis tiens, on va faire une petite histoire avec des Protoss, le temps de trois missions, puis on va mettre une petite histoire avec les Zergs "originels" - j'y reviendrais, on les loupera pas ne vous inquiétez pas. Pareil, trois missions. Et il manque encore les Terran, alors on va se farcir trois missions avec eux, comme ça. Ceci dit les missions Terran ont au moins le mérite de tuer le général Warfield, personnage aussi profond, intéressant et attachant que son nom ne le suggère. Vous me direz, qu'en est-il de l'histoire principale pendant que Kerrigan fait son shopping à droite et à gauche de la galaxie ? Ne vous inquiétez pas, elle se mettra doucement en pause et vous attendra gentiment devant la porte du garage.

 

C'est pourtant vrai : là on dans Wings of Liberty on se sentait à coté de la vraie aventure qu'on aurait voulu vivre -je vous rappelle que pendant qu'on fait mumuse avec des bouts d'artefact, les Zergs font de la galaxie une bouillie de larmes et de sang, et nom d'un chien que j'aurais préféré participer à la défense Terran- , dans Heart of the Swarm l'aventure se met littéralement en pause le temps qu'on passe un coup de balai sur l'une ou l'autre planète, et reprend lorsqu'on est prêt, à la fin. Pire encore : s'il existe un conflit galactique, Kerrigan le règle devant nous en appelant par télépathie ses nuées à envahir des planètes. Ca dure trois secondes à chaque fois, et on y participe bien sûr pas. Yay ! Et le bon vieux Mengsk de nous sortir aux missions finales pleins d'armes révolutionnaires dont on a rien à foutre puisque petit un, elles se font détruire en soufflant dessus, petit deux, on en entend jamais parler ni avant, ni après. Il est loin le temps des émetteurs psioniques à placer sur une planète à condamner pour y attirer l'essaim Zerg.

 

Parlons-en un peu de cet essaim. Wings of Liberty a introduit un nombre assez fantastique de Retcon, ce bon vieux principe visant à dire, sommairement, que fuck la police, ce qu'on nous a dit auparavant et bien il ne faut plus en tenir compte puisque on va le changer. Un peu comme si on vous disait qu'en fait non, au moyen-âge maintenant on a décidé qu'ils utilisaient des pistolets-lasers et que maintenant c'est la vérité. Bref. Il faut le reconnaître, ils ont fait des efforts dans Heart of the Swarm : il n'y a qu'un Retcon gigantesque. Les Zergs sont en effet devenus des Orcs.

 

Je n'exagère pas. Dans Warcraft II, les Orcs sont un peuple barbare et sanguinaire qui, alliés aux démons, cherchent à détruire l'humanité pour s'approprier leur monde. Puis dans Warcraft III on s'aperçoit qu'il s'agit en fait de grosses brutes aux traditions chamaniques sympathiques mais qu'ils ont été forcés de répandre le mal par les démons dont ils se libèrent. Dans Starcraft, les Zergs sont une race d'individus venus d'une planète volcanique reliés par une conscience commune collective à l'esprit de ruche qui consomment les planètes une à une dans le but d'assimiler les espèces les plus propices à l'essaim. Dans Starcraft II, les Zergs sont en fait des êtres sauvages doués de consciences individuelles venus d'une planète forestière qui ne cherchent pas tant à dévorer la galaxie que ça et qui ont en réalité été corrompu par un dieu-démon endormi. Ah tiens mais au fait, Kerrigan c'était pas justement censé être la clé pour les libérer ? Bah alors pourquoi il y a besoin de refaire toute la campagne ? Oh, ben parce que d'accord elle était pas possédée par le démon, mais bon, quand même un peu, juste, pas trop, quoi.

 

Je préfère ne pas m'étendre là-dessus. Tant de contradictions, tant de massacre de l'atmosphère qui se dégageait de cette race. Fini, les Zergs ne sont pas cette ruche vile qui cherche à bouffer tout le monde. Snif.

 

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Je veux ça dans Legacy of the Void !

 

Reste les personnages. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'ils sont plats, encore que certains si, mais ils restent incohérent. Le docteur Narud a un potentiel gâché malgré une préparation qui s'annonçait absolument formidable. Cet homme, à la botte des dieux suscités, se prénommait Duran dans Broodwar et était un personnage clé : le traître absolu ayant manipulé les Terran, tué Stukov et trahit Kerrigan. Il a même une discussion amicale avec notre ami Protoss Zeratul. Il intervient dans Starcraft II sous le nom de Narud - et dans une base du Dominion, alors qu'il bossait avant pour Moebius, heu... -  et fait tout pour que l'on réunisse des artefacts étranges. On le sait par ailleurs derrière le projet des hybrides Zerg-Protoss. C'est donc un personnage avec un sérieux développement derrière les oreilles. Dans Heart of the Swarm, nous affrontons ce personnage après avoir libéré Stukov. Imaginez la tension potentielle, entre un ex-amiral dorénavant infesté qui retrouve le responsable de sa mort, et Kerrigan qui, non contente d'affronter le responsable des hybrides, se rend compte qu'il s'agit en outre de son ancien bras droit qui l'a trahie. C'est une sacrée mise en scène, non ? Non. Jamais au grand jamais Kerrigan ou Stukov ne comprend que Narud est Duran - faut quand même le faire. Ce dernier ne révèle jamais son identité, malgré ses capacités rapides de change-forme. Mais quel énorme gâchis ! Moi qui croyais qu'ils avaient réveillé Stukov justement pour ajouter une tension dramatique à la confrontation avec Narud. Et bien non. Allez, suivant.

 

La totalité des nouveaux personnages Zergs sont insipides et n'existent que pour donner la réplique à la reine des lames. Ils sont presque tous humanoïdes, ce qui constitue un appauvrissement conséquent de l'imagerie Zerg, et sont soit inintéressants soit agaçants, dans tout les cas horribles. Exception faite d'Abatur. Toi, mon petit, je t'aime bien, t'es drôle sans le vouloir et tu ressembles vraiment un à Zerg old-school avec tes remarques bizarres sur l'évolution. You're okay, buddy.

 

Les personnages Terran sont moins ratés. Certains font des caméos réussis - Tosh et Mira sont bien utilisés - et d'autres accumulent un capital sympathie agréable - Horner et Valerian. A propos de Valerian j'avoue ne pas tellement comprendre ce type. A la base il bosse pour Moebius, puis on le retrouve dans une base du protectorat Umoja. Le mec est Prince mais se fiche de savoir que son père va se faire descendre. Ca pourrait être expliqué par une farouche soif de pouvoir ou un ressentiment envers son paternel mais rien n'est évoqué, on reste donc dans le flou. Ce qui est intéressant en revanche c'est les dialogues entre l'équipage de l'Hyperion et Kerrigan. Des petits à-coups de bons moments, sans étincelles, sans paillettes, mais sombres et non creux. Je préfère entendre Kerrigan expliquer à Valerian que ses plans impliquent la mort de son père que les explications superficielles d'une reine Zerg sur ce que signifie être le chef de l'Essaim. Dans la même veine la cinématique durant laquelle Kerrigan sauve Raynor des griffes du Dominion est une petite perle. Déjà parce qu'enfin les deux protagonistes se rappellent que Broodwar a existé, ce qui n'est pas rien, et d'autre part dans la mise en scène : Jim revoyant d'abord Sarah en forme humaine, avant de se rendre compte qu'une fois le choc passé, non, elle est redevenue le monstre -en apparence- qu'il a d'abord combattu puis sauvé. Ca se passe dans une cellule de prison, il n'y a pas d'explosions partout, pas de grande bataille pompeuse, pas de discours américains, mais ça en jette.

 

On finit donc la campagne avec un goût amer, d'autant plus que la cinématique qui avait échappé aux studios Blizzard il a y plusieurs mois est restée quasiment la même. A la fin, Kerrigan vole - ... - vers les cieux en promettant de foutre la paix à tout le monde le temps de mettre la branlée au grand méchant dieu Xel-Naga. Et puis on se dit que, quand même, on a reprit la planète Char aux Terrans, on a visité le monde originel des Zergs et on a enfoncé les portes de la capitale de la plus puissante faction Terran. Comment ne pas avoir une certaine satisfaction, même si la narration était mauvaise ?

 

Parce qu'on n'a a peine réalisé tout ce que je viens d'énoncer. Cette campagne s'apparente autant à celle de Starcraft qu'à DotA. Dans la moitié des missions vous êtes aidé par un allié contrôlé par l'ordinateur qui envoie des vagues incessantes d'ennemi face à des défenses étudiées pour ne plier que si vous apporter, en plus, votre participation. Ainsi, les batailles finales se réalisent en compagnie d'un ou deux alliés, et votre contribution majeure restera votre héros, comme un bon vieux DotA. Cet apport au gameplay a produit chez moi un effet inattendu : il m'a dépossédé de mes batailles. Je n'ai pas l'impression d'avoir investi Augustgrad. J'ai fais parti des troupes qui l'ont attaqué, ce qui est radicalement différent. Cette alliance de factions connaît des antécédents. Dans Starcraft, vous attaquiez l'Overmind avec l'aide des Terran. Dans Broodwar, une coalition de trois flottes s'allient pour vous détruire. Mais la différence fondamentale est que vous contrôlez aussi les Terran dans un cas, et que l'alliance cherche à vous détruire dans l'autre. Dans aucun des deux cas il ne s'agit de faction incontrôlable qui vous aide et que vous devez parfois défendre. Les combats de Broodwar ne sont pas plus originaux que ceux de Starcraft II, mais la victoire n'appartient qu'à nous et à nous seuls, et n'est pas partagée avec une quelconque factions alliée branquignole.

 

Belial

Allez, pour rire : ça c'est le combat contre Belial dans Diablo III. Faut éviter les zones vertes.

Supreme

Et ça c'est contre le Suprême dans Starcraft II. Faut éviter les zones rouges. Attention, la couleur change !

 

Conclusion ? Attendue. Le mutlijoueur est très bien, la campagne solo est très mauvaise. Le scénario est plus constant et plus concentré que celui de Wings of Liberty, mais les personnages souffrent des mêmes problèmes et les missions sont moins originales et moins épiques. Tout conduit à la conclusion inévitable que les trois races de Starcraft vont s'allier contre le dieu maléfique sorti du néant, à la manière dont les orcs, les elfes et les humains s'allièrent dans Warcraft III. On aura probablement une faction Zerg encore sous le joug du démon et le combat final sera une défense ou une attaque héroïque des Protoss avec des alliés Zerg et Terran contrôlés par l'ordinateur. Il y aura probablement quelques morts mais aucun personnage principal ne connaîtra de destin funeste. On va suffisamment les écorcher dans un futur World of Starcraft, qui verra Zeratul et Kerrigan introuvables et leurs races respectivement dirigés par un Artanis un peu trop fervent et une Zegara qui revient au bon vieux temps de vouloir tout manger. Sigh.

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Publié le 4 Mars 2013

On dit souvent qu'on rencontre les catégories sociales les plus défavorisées et les plus marginales aux urgences des hôpitaux. Ca se discute, j'aurais tendance à être d'accord, mais à la rigueur c'est sinon prévisible au moins guère étonnant. Là où j'ai été plus surpris, c'est la rencontre avec certains patients... en cabinet de médecine générale. Là où l'on ne s'attend pas forcément à tomber sur des cas particuliers, on s'aperçoit bien vite que, dans ces conditions, les gens viennent nus : au sens propre car ils se déshabillent pour l'examen, mais aussi au sens figuré, c'est à dire que les masques sociaux de conduites sociétales s'évaporent plus facilement. Et le spectacle peut être particulièrement bizarre. J'ai l'un de mes séniors qui écrit sur un bloc-notes les phrases cultes qu'il entend. Depuis quelques temps, j'inscris moi-même quelques mot sur un post-it pour me rappeler de certaines consultations. Ce sont des moments courts mais intenses. En bien comme en mal.

 

Leia

 

Le premier mot de ma liste est le nom de la célèbre princesse de science-fiction... mais aussi celui d'une petite fille de quelques mois à peine dont les parents viennent pour une visite de contrôle. Je les fais rentrer, tapote gentiment le nez du nourrisson - une habitude, j'aime bien tapoter les nez des nourrissons, ça doit être freudien - et demande si la consultation la concerne. Réponse affirmative des jeunes parents, une mère typée corse très jolie dans son genre et un père barbu à l'aspect sportif, les deux étant dans la deuxième moitié de la vingtaine d'années. Ce n'est pas si fréquent de voir les pères en consultation, j'approuve silencieusement. Ils garent le landau à coté des étagères qui recèlent quantité de livres médicaux et décorations stéréotypées - crâne de squelette, maquettes d'organes... - et sortent le petit poupon aux grands yeux curieux et conservé au chaud sous trois couches de vêtements tous plus roses les uns que les autres. Et comment s'appelle-t-elle ? Leia ? Mon sourire, un peu forcé jusque-là, devient naturel. Au-delà de l'aspect référentiel , je trouve ce prénom très joli à prononcer. J'examine donc la petite Leia, d'abord dans les bras de sa mère, pour garder sa confiance et surtout pouvoir écouter les poumons sans perdre trois points d'audition, puis allongée sur le dos pour surveiller notamment la bouche et les oreilles. Tout se passe très bien, j'ai même droit à quelques rires et sourires, mais la bouche et les oreilles c'est sensible, personne n'aime, et les nourrissons encore moins. Néanmoins, avec un peu de pratique et beaucoup de chance, j'arrive à faire vite, de sorte que j'évite la séance de cris stridents. Mais Leia commence à faire mine de pleurer. Je la regarde alors dans les yeux et, tout en remettant mon stéthoscope autour du cou, la menace d'appeler Dark Vador si elle n'est pas sage. Bien trop jeune pour comprendre un traître mot de ce que je peux bien raconter, Leia se calme cependant instantanément, cesse de bouger et me fixe avec de grands yeux ronds et le regard étonné. Les parents éclatent de rire. En voilà une qui porte bien son nom.

 

Peigne

 

Parce que garder le style, c'est important quelles que soient les circonstances. Une dame âgée, avec un début de moustache grise et atteinte d'une chute grise de cheveux gris, consulte avec son mari pour un renouvellement d'ordonnances. Les renouvellements, ce n'est jamais vraiment juste un copier-coller d'une prescription. Il faut pour commencer s'assurer que le traitement marche toujours aussi bien qu'escompté, et puis surtout les patients ont toujours une petite liste de plaintes secondaires avec eux. Parfois il s'agit d'une liste au sens littéral du terme, sur un morceau de papier, avec des cases à cocher. En l'occurrence, le traitement pour l'hypertension de la dame semblait lui convenir depuis quelques années. Par contre, ce qui l'ennuie, c'est une douleur au niveau "du trou" quand elle va aux toilettes. Devant tant d'élégance, je me sens obligé de riposter, avant que mon médecin sénior n'intervienne : "lequel ?". C'est que chez un homme on n'aurait pas posé la question, mais un minimum de précision est requis chez une dame. Surprise mais pas franchement gênée, elle répond qu'il s'agit de celui des fesses. Le mari ne réagit pas. Elle précise qu'il n'y a pas de sang dans les selles. Bien, on fait déshabiller la dame qui exhibe de magnifiques sous-vêtements de grand-mère blancs délavés bien typiques qui recouvrent la moitié du corps et s'installe péniblement de par son surpoids sur la table. Je fais un examen classique d'abord : mauvaise circulation des veines qui forment de petites boules sur ses jambes, une hygiène des pieds discutable mais pas catastrophique, une peau abdominale un peu fripée mais moins que je l'aurais suspectée, un examen des seins sans particularité, quelques poils sur le menton, une bonne tenue dentaire malgré deux couronnes métallisées. Rien dans les poumons. La peau du dos présente quelques tâches de vieillesse. La tension est bonne. Ne manque plus que l'examen "du trou". La dame enlève sa culotte de cheval et se penche sur le coté. J'enfile une paire de gants et examine attentivement la région qui, fort heureusement, avait été soigneusement lavée, avec mon sénior derrière mon épaule. Une irritation de l'anus, une marisque - je vous déconseille de faire une recherche sur internet-, et effectivement, une petite hémorroïde externe. Mon sénior me montre tout ça, m'explique. Puis, pour parfaire sa démonstration, il me dit qu'on la verrait mieux lors d'une poussée. Il demande donc à la patiente de mimer un effort sur le trône. Je flaire - au sens figuré - le piège et recule immédiatement ma tête, les mains écartant toujours les deux fesses plates de Gisèle. Grand bien m'en fasse, elle émet en effet un noble et bruyant pet. L'occasion de constater qu'elle n'a pas la diarrhée, c'est toujours ça. On prévoit une crème apaisante, pas besoin de couper la veine qui n'est pas bouchée. Pendant que je peine avec un logiciel d'aide à la prescription caractériel, la dame se rhabille, sort de son sac à main en cuir un peigne et recoiffe les quelques cheveux qu'il reste sur sa tête. Parce qu'il faut rester coquette, c'est important, même après un examen de l'arrière-train et avoir pété sur ses médecins. What else ?

 

Aventurier

 

Cette fois-ci, mon sénior est parti régler l'un ou l'autre affaire avec sa secrétaire, en tout bien tout honneur bien entendu. J'aime bien quand il fait ça, ça me permet d'avoir un début de contact bien personnel avec le patient. Donc j'avance un peu la consultation en accueillant le patient suivant. Un grand monsieur, un peu maigre, en jean usé et veste coupe-vent pas très jeune non plus. Air blasé, barbe mal rasée, trois touffes de cheveux gris en pétard : une sur chaque tempe et le reste sur le sommet. Je passe sa carte verte dans le lecteur et lui demande le motif de sa visite. J'aime bien ce rythme, ca permet d'ouvrir le dossier du patient sans être dans un silence gênant. Il racle sa gorge et émet le mot "vaccinations". Je reste silencieux quelques secondes, il me donne un indice supplémentaire via un autre mot : "voyage". Nous jouons donc aux devinettes ! En deux mots, menez la consultation, docteur, après tout c'est votre travail de lire dans les pensées des gens ! Lorsque mon médecin entre à son tour dans son bureau, le patient daigne lever un peu les yeux d'un regard plein de reproches et lui assène qu'il a beaucoup attendu. Je n'ose pas lui rétorquer que oui, il y a du retard, mais que ça pourrait être pire, on pourrait avoir des patients qui ne disent pas explicitement pourquoi ils sont là. Alors que je me prépare à l'examiner, il se tourne vers mon chef : "Mais il y a des internes dans les cabinets, maintenant ?" demande-t-il d'un ton hautain. Et bien oui, pourquoi, ça vous étonne ? "Je croyais que c'était dans les hôpitaux". D'accord, il m'énerve, je me force à cacher mon envie de l'étouffer avec le brassard à tension. Il s'avère qu'il consulte pour vérifier des vaccinations en vue d'un voyage en Amérique du Sud. Son carnet de santé révèle qu'il a déjà voyagé en Asie du sud-est et en Afrique. Il évoque aussi de façon plus floue une expédition au Groenland. Mon regard se porte sur son carnet de santé. Il lui manque l'hépatite A, et une couverture du paludisme. "Ah mais non, moi je vais à cet endroit là, c'est tranquille niveau palu' ". Je vérifie. Et non, c'est loin d'être tranquille, au contraire il est présent toute l'année. "Ah ben alors je prendrais ce qu'il me reste d'un précédent voyage. C'est périmé, mais tant pis". A sa décharge, ce sont des traitement onéreux, mais je vais gentiment lui expliquer que si c'est périmé, ça augmente le risque de chopper le palu' par rapport à des traitements non périmés, et je vais bien le noter dans le dossier médical, histoire de. Il oublie presque de nous serrer la main en repartant. Il a l'allure d'un petit aventurier, il a probablement déjà parcouru le monde d'un bout à l'autre, mais ça ne l'a pas rendu plus agréable pour autant.

 

Douleur-epigastrique

 

Dans le chapitre des patients énervants, pourtant, l'aventurier ne grimpe pas sur le podium. Les premières places sont chères mais je pense que, durant ces derniers six mois, la médaille d'or revient à cette patiente grassouillette digne représentante du marché cible de la première télévision privée nationale, elle aussi venant pour un renouvellement d'ordonnance. Même procédé de début de consultation. Mais au moment de lui demander le motif de sa plainte, celle-ci stoppe brusquement le processus. "Avant de vous dire quoi que ce soit, je veux savoir qui vous êtes.", me dit-elle toute redressée sur son siège, les mains croisées sur ses genoux.

 

Méa culpa. D'habitude, la secrétaire informe les patients de la présence d'un interne lors de la consultation, et s'il est vrai que je me présentais systématiquement pendant les deux premiers mois, la lassitude et l'habitude qu'ont les patients de désormais me voir ont quelque peu enfreint l'étiquette. N'empêche. Le ton agressif et l'utilisation de l'impératif font partis de ce qui peut m'insupporter le plus dans les contacts humains. Très bien, dans l'absolu j'ai tort. Je me présente donc en fournissant de brèves excuses, ce qui détend un peu l'atmosphère. Lorsque le médecin entre dans son bureau, Jocelyne enchaîne toutes les phrases clichés que j'entend entre cinq et dix fois par jour : "Alors, bientôt la retraite ?", "C'est votre remplaçant ?", "Mais vous allez partir ?, "Ah, y'a du renfort ?", "Houlà, c'est combien médecine, trois ans d'études c'est ça ?". La plupart des patients n'en citent qu'une ou deux pour rire, quoique parfois inquiets d'entrevoir la possibilité de leur -jeune- médecin traitant qu'ils apprécient s'en aller. Jocelyne les accumule toutes. Et de rajouter bien sûr qu'elle est un cas médical, que je vais être impressionné, que c'est une patiente compliquée.  C'est fou le nombres de cas absolument uniques qu'on peut rencontrer en seulement quelques semaines.

 

Autant vous dire que je maintient un sourire très forcé durant l'examen. Car évidemment, tout ce qu'on peut faire de pire pendant qu'un médecin vous examine, elle le fait : parler sans répit pendant l'auscultation des poumons, poser des questions personnelles pendant qu'on tente de préciser une douleur abdominale, rester évasive voire ne rien dire de ses antécédents parce qu'on est étudiant et que "le docteur" connaît déjà tout. Et quand le docteur en question m'explique un peu l'histoire de cette dame, celle-ci de le couper "Ah mais non, ne lui dites rien, c'est trop facile après sinon". Réponse presque immédiate de ma pomme : "Mais madame, il faut bien qu'il vous présente puisque je ne vous connais pas."

 

Une façon polie quoique maladroite de dire que, chère abrutie, être médecin ne signifie pas être medium et que si tu ne dis pas au garagiste quelle problème a ta voiture et que tu refuses qu'il l'essaie, celui-ci va finir par t'envoyer bouler. Quelques secondes plus tard, après avoir écouté son cœur, Jocelyne arbore un grand sourire et semble se réjouir : "Ah, il a raté mon souffle au cœur". Je lève les yeux vers mon sénior et lui répond fermement : "Systolique, foyer aortique, deux sur six". Puis, me tournant vers elle : "Non, je ne l'ai pas loupé". Mon sénior arbore un sourire calme qui indique qu'il a tout à fait compris la situation. Là, tu vois Jocelyne, je commence à perdre mon sourire qui étaient déjà un bien pauvre masque. Et je jure intérieurement que la prochaine fois que tu me les brises en voulant faire ta maligne tu vas passer pour une conne.

 

Et ça ne rate pas. De retour au bureau, devant l'ordinateur, je fais le résumé de mon examen. "Examen sans particularité à l'exception - je regarde la patiente - d'un souffle cardiaque systolique connu, la tension est bonne, il reste quand même une douleur abdominale qui ressemble à un reflux". Jocelyne m'interrompt alors avec un air très fier : "Ah, pas une douleur abdominale, une douleur de l'estomac !". Je la regarde d'un air consterné. Celle-ci semble briller dans son attitude de madame la science. C'est avec un ton blasé que je contre-attaque sans même prendre la peine de faire une phrase construite. "Douleur épigastrique", en forçant un peu le trait sur le deuxième mot. Offusqué, et un peu rougissante, Jocelyne se met à fouiller son sac à main en prétextant qu'elle ne connaît pas nos termes barbares, ce à quoi je répond en souriant et d'un ton faussement aimable que, hé, "neuf ans d'études". Je hais viscéralement ma propre attitude à ce moment-là, et m'en veux d'or et déjà de parler comme un petit intellectuel pédant, mais diable elle l'a cherché pendant l'entièreté des vingt minutes qu'ont duré la consultation. Je suis infiniment soulagé qu'elle reparte et de voir quelqu'un d'autre. 

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Publié le 24 Février 2013

J'ai passé plus de temps à me souvenir comment encoder une vidéo qu'à la réaliser, il faut quand même le faire. Bref, troisième vidéo, cette fois-ci sans couardise aucune, de ce jeu que j'ai décidémment hâte de finir. La bonne nouvelle c'est que sans le faire exprès j'ai enregistré l'équivalent de deux ou trois vidéos en une fois, donc le rythme de parution sera plus stable. La mauvaise, c'est que je n'ai à ce jour pas encore trouvé de micro fournissant un son aussi bon que mon précédent, et ça s'entend. 

 

Je songe à des idées de prochaines vidéos. Un documentaire sur les coquelicots du Forez me semble être une bonne évolution.

 

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Oh, une vidéo validée Motionmaker un DIMANCHE ! Ils sont fous chez Daily.

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Publié le 3 Février 2013

J'ai déjà évoqué auparavant une journée presque habituelle de garde en tant qu'externe. Lesdites gardes, et on en a récemment beaucoup parlé dans les médias et leur capacité à jamais surprenante de déformer la réalité, existent évidemment toujours lorsqu'on est interne. Le passage entre les deux statuts est ténu la première année et autant vous dire qu'au début on se fait un peu dessus. A Saint-Etienne, on est de garde dans l'hôpital dans lequel on exerce. Dans les hôpitaux périphériques, c'est à dire ailleurs qu'au centre hospitalier universitaire, les externes n'existent pas. De même, le médecin sénior peut exhiber une capacité de présence très variable : le fameux "bon, il est dix heures du soir, je vais me coucher, tu t'occupes de tout" redouté de tout les internes. Et il existe à Saint-Etienne des gardes particulières "à la Charité".

 

La Charité est un hôpital gériatrique en plein centre-ville. Son secteur est partagé avec deux autres hôpitaux : Bellevue et Trousseau, eux-mêmes situés à une petite dizaine de kilomètres, et qui prolongent l'offre de gériatrie en y ajoutant des services de rééducation et de psychiatrie. De vieux hôpitaux en structures pavillonnaires comme c'était la mode il y a quelques décennies. Les gardes dans ce secteur y sont réputées plus agréables : moins d'appel, moins d'urgence, mois de stress, on y dort assurément mieux. L'autre particularité c'est que l'interne est seul aux commandes. Il peut bien appeler un médecin des urgences du C.H.U. mais sur le terrain il reste la seule autorité.

 

Ce vendredi soir je rentrais d'une journée de travail chez un généraliste. Il était dix-huit heures trente avec un peu moins d'une dizaine d'heure de consultations au compteur. Le médecin m'avait offert quelques cadeaux dont un lecteur de glycémie, comme ceux qu'ont les personnes diabétiques. J'étais donc de fort bonne humeur au moment de franchir le grand portail de la Charité et garer ma voiture juste derrière. Il s'installait épais et pesant un brouillard et mon souffle créait de la vapeur devant mon nez. Un coup œil autour de moi pour trouver la petite Clio blanche estampillée du logo de l'hôpital, que l'on récupère pour se rendre à Bellevue et à Trousseau. Espérant très naïvement ne pas avoir à l'utiliser je prends la direction d'un des pavillons en remettant mon écharpe en place. La majorité des places de parkings sont vides à cette heure. Les bancs sous les quelques arbres de la cour sont délaissés et commencent à geler. La vieille grande porte blanche en bois du pavillon m'offre quelque résistance et grince bruyamment, comme outragée. Au rez-de-chaussée, devant les escaliers protégés de grilles de fer montant dans les services, je perçois et reconnais instantanément l'odeur de cet hôpital. Les bâtiments de santé ont une odeur bien à eux : on a tous en tête par exemple l'odeur aseptisée d'une pharmacie ou d'une désagréable séance chez le dentiste. La madeleine de Proust fonctionne ici aussi : un savant mélange de produits désinfectant, d'odeurs corporelles et de couches remplies.

 

Le claquement brusque de la porte qui se ferme me sors de mes souvenirs olfactifs. Je prends l'ascenseur pour monter directement au deuxième étage. Un grand ascenseur lourd et lent, mais j'ai peu de motivation à ouvrir et refermer derrière moi chaque grille des escaliers. Le temps de récupérer un jeu de clés et un téléphone portable à un collègue pressé de rentrer chez lui et je me rends vers le troisième et dernier étage. Le porte-clés en comporte trois ou quatre, mais une seule est utile : une petite clé classique qui sert à ouvrir une porte presque cachée à coté des vestiaires des femmes de ménage et de la ventilation, et sur lequel une notice urgente datant du début des années deux-milles enjoint les utilisateurs à bien arrêter les appareils électriques, à cause du risque d'incendie. Cette fois-ci, je sors mon stylo, entoure d'un fin trait noir le mot "urgent", dessine une flèche vers la date, et écrit "LOL". C'est stupide, mais ça me fait rire. Un tour de passe-partout et j'entre dans la pièce. Un appartement, sous les toits du bâtiment, qu'on n'oublie pas...

 

2013-02-02 17.19.15

L'entrée de l'hôpital de la Charité. Sous le soleil radieux de Saint-Etienne.

 

Il y a un an je faisais mes premiers pas dans ce long couloir blanc et angoissant. Chacun d'eux faisait souffrir le plancher qui grinçait pour exprimer sa peine. Le couloir donne sur une salle de bains blanche  et vétuste avec une douche dont le pommeau est fendu, un lavabo supportant un gobelet rempli de vieilles brosses à dents défaites, et des toilettes étonnamment propres. A gauche se trouve une salle-dépôt occupée par un minuscule lit au matelas poussiéreux, une armoire en bois fermée, des poubelles pour les draps et une pauvre grosse télévision cathodique, abandonnée contre un mur. Sur une petite étagère trône un téléphone d'un blanc vieillît tournant au jaune, avec un papier tout aussi âgée conviant les occupants à ne pas abuser de la ligne - c'est l'hôpital qui paie. Le parquet de la pièce est d'un vert vomi et il n'y a que deux fenêtres de la taille de mon avant-bras - et je suis petit - pour éclairer puisque l'ampoule du plafond est décédée. Restait une dernière chance pour donner au lieu l'adjectif de "vivable". Cette dernière pièce sur la droite est bien plus grande. Il y a une petite kitchenette avec plaques électriques, un four à micro-ondes et une cafetière asséchée. Des couverts et des torchons sont disposés ça et là. Les placards sont déserts. Je notais un petit frigo vide et une petite table pour manger sur laquelle est disposée une pile de magazines féminins. Un plus grand lit trône en face d'une télévision grise aussi grosse que la précédente mais apparemment en état de marche. Enfin, trois bons fauteuils rouges d'allure confortable mais défoncés. L'ensemble est sombre, très sombre, et l'éclairage par deux vaillants néons blancs, oppressants et vrombissant n'égaie pas bien l'ensemble. Les fenêtres sont toujours aussi petites mais plus nombreuses, à proximité du lit. Il règne le tenace parfum des endroits renfermé et jamais vraiment aérés. Allumer la vieille lampe de chevet des années trente eut fini de me déprimer par sa lumière jaune poussin. Aussi je m'asseyais sur le lit et branchais pour la première fois cette télé, unique potentiel divertissement, dont le son était terriblement altéré et désagréable. Seul source de sourire : une écriture tout en majuscule laissée par un de mes prédécesseurs sur le mur au feutre vert : "CA GRINCE !". En effet, le sol ici est encore plus endolori que celui du couloir.

 

Redécouvrir ce petit appartement aujourd'hui me paru étrangement agréable. Intemporel,  inchangé. Les magazines féminins ont dû subir un dégât des eaux, leurs pages collées les unes aux autres. La lampe de chevet dépressive et déprimante est désormais morte et n'affiche plus aucune volonté de baver son halo jaune nulle part. La plus mauvaise surprise reste la télévision, devenue silencieuse. Aucun ancien remède ne fonctionne : j'ai beau vérifier les câblages, allumer et éteindre, repositionner la télévision, et même taper prudemment dessus, l'image du journaliste est là mais seul un strident grésillement sort des enceintes. Je me félicite d'avoir songé à prendre des livres pour patienter. Je pose mes affaires en soupirant, range quelques biens dans le réfrigérateur, vais chercher draps et couverture, le dernier magasine féminin putassier et m'installe sur le lit. Qui grince.

 

Ce n'est qu'après avoir subi les images et déboires de vacances de célébrités et au bout  d'une trentaine de pages du Trône de Fer que je reçois le premier appel. Le portable de garde est neuf et léger : adieu l'appareil à l'écran cassé fourni un an auparavant. La sonnerie est joyeuse, un peu fêtarde. Tant mieux : je suis devenu allergique à l'ancienne sonnerie par défaut d'Orange, qui me crispe encore à chaque fois que je l'entend. Je décroche.

 

"Bonsoir, c'est Trousseau Un".

 

Un sentiment de lassitude m'envahit brusquement. Le souvenir des appels foireux des infirmiers et infirmières. Chaque garde est un véritable tirage au sort des équipes, et il n'est pas rare qu'un soignant demande notre intervention parce qu'un patient "n'est pas bien, je 'le sens pas". Ou encore de se faire réveiller à trois heures du matin pour contrôler un résultat biologique qui aurait pu et dû attendre le lendemain matin. J'encourage la voix féminine à continuer. Elle m'appelle "pour une patiente de quatre vingt cinq ans, entrée à l'hôpital suite à une insuffisance cardiaque gauche, chez qui on a découvert un œdème pulmonaire aigüe, avec un protocole par diurétique  de soixante milligrammes intraveineux toutes les quatre heures si la diurèse est inférieure à quatre cent, mais qu'elle n'a pas réalisé cette fois-là car elle trouve une tension artérielle en dessous de dix". Je reste quelques secondes abasourdi d'une telle précision et m'en veut un peu d'avoir sous-estimé cette demoiselle. Pour les non initiés à ce langage barbaro-scientifique, parlons un instant français : le cœur de la patiente ne bat plus aussi efficacement que devrait, ce qui accumule de l'eau dans ses poumons, et on lui donne toutes les quatre heures un produit qui fait uriner et donc évacuer l'eau en question. Le problème c'est que l'eau ça sert aussi à tenir une pression sanguine correcte, et ce médicament fait donc aussi diminuer la tension, qui est déjà bien basse chez cette dame qui commence à accuser son âge. Je lui répond qu'elle a bien fait et que je passe pour voir la dame et faire mes prescriptions.

 

Je raccroche, enfile mes chaussures, et hésite. Finalement, j'enfile aussi ma blouse. Comme je ne travaille plus directement pour le CHU, j'ai pris une de mes anciennes blouses, estampillée du logo des hospices civils de Lyon. C'est souvent amusant de voir les réactions des médecins stéphanois face à cette blouse issue du territoire ennemi ; je me suis déjà fait appeler "quenelle" par un chef de service. Puis j'enfile un part-vent bleu et quitte le bâtiment. Le froid me mord le visage, mais il n'y a ni pluie, ni neige, ni vent. Les gardiens de nuit me confient les clés et les papiers de la Clio blanche. En m'installant je cale le téléphone à proximité pour ne pas rater un éventuel appel sur la route. Le reste des affaires sur le siège passager. Je suis le dernier à parler voiture et c'est un domaine qui m'ennuie profondément, mais je dois bien admettre que celle-ci est grisante à conduire. Elle a tellement plus de reprise que la mienne, accélère tellement plus vite, réagit tellement mieux. La cerise sur le gâteau serait d'avoir un gyrophare bleu, j'en abuserais tout le temps. Ooooh, et puis une sirène ! Sweet dreams.

 

Quelques kilomètres plus tard, je me gare dans la rue de Trousseau. Je me souviens de la première fois que j'ai dû trouver le chemin de cet hôpital. J'ai été obligé de m'arrêter à un cabinet de SOS Médecin pas bien loin et de demander à la jeune secrétaire de nuit de chercher le chemin sur internet. En effet, la seule indication des infirmières à l'époque avait été de dire que c'était "en face de Bellevue". Oui, en face, vers l'ouest derrière une ligne de train et deux pâtés de maisons, mais en face. Une vieille habitude me pousse à éviter de me garer juste en contrebas de l'hôpital : les équipes scrutent parfois et, quand elles voient la voiture, nous appellent de trop. Parce que "en temps normal on ne vous aurait pas appelé, mais puisque vous êtes là...".

 

Je rentre dans Trousseau. La structure est beaucoup plus petite que les autres, il n'y a en fait que deux étages pour autant de services de gériatrie. Contrairement aux deux autres hôpitaux, je n'ai jamais eu l'occasion de le voir fonctionner de plein jour, aussi pour moi cet endroit est-il définitivement associé à mes gardes, comme symbolique. Une femme discute avec le veilleur de nuit. "Ah, il est arrivé un soucis ? Vous allez où ? Au premier étage ? Ah c'est bon alors". Oui, si c'est bon, alors. Je retrouve l'infirmière qui m'a appelé. Une petite blonde, dynamique, souriante - j'ai de la chance - qui me conduit au bureau médical puis m'indique où se trouve la chambre de la patiente. J'ai toujours une petite pensée quand j'entre dans ce bureau de nuit, je me demande toujours à quoi il ressemble la journée quand les gens s'affairent et travaillent. Tiens d'ailleurs, j'avais le souvenir que ce bureau en particulier sentait mauvais la nuit. Ouverture du dossier médical. Les premières pages décrivent brièvement les maladies principales et les conditions de vie de la patient avant d'entrer ici. Rien de bien particulier, je passe aux pages suivantes, qui sont un suivi régulier depuis l'entrée à l'hôpital. Les écritures manuscrites des médecins et internes sont heureusement lisibles. Je me concentre sur les dernières pages. Le produit pour uriner est utilisé depuis bien trois semaines, moins pour vider les poumons de leur eau - chose faite depuis déjà plus de dix jours - que pour relancer une histoire rénale un peu compliquée.  Les tensions sont habituellement bonnes, mais les médecins ont rajoutés plusieurs traitement depuis la veille qui, eux aussi, font uriner et baisser la tension. Je vais voir la dame, avec déjà dans l'idée de ne pas réaliser le traitement cette nuit. Et j'attend car on lui change sa couche. Et m'habille de quelques protections car on ne m'avait pas précisé que la chambre était en isolement à cause d'une bactérie résistante. Quand j'entre enfin, la dame, allongée dans le lit et couverte des draps blancs et jaunes âcres, me souhaite faiblement le bonsoir. Elle se porte presque comme un charme, très fatiguée mais respire bien, l'auscultation des poumons est tout à fait normale et j'apprend que la saturation en oxygène est outrageusement correcte. C'est vrai que sa sonde urinaire ne donne pas beaucoup, mais ça ne sera pas le problème majeure de cette nuit. Du reste, elle est particulièrement cohérente pour une patiente de Trousseau qui a plus l'habitude de voir ses pensionnaires déambuler sans but ou répéter inlassablement qu'on les a emprisonné et qu'ils veulent sortir. J'explique qu'on ne fera pas ce traitement de suite. Dans quatre heures, pourquoi pas, peut-être, mais seulement si la tension est suffisante. Je me vois mal gérer seul une hypotension sévère chez une dame au cœur fragile. Elle comprend parfaitement, et me remercie. J'ai de moins en moins l'impression d'être à Trousseau tant tout se passe bien. Mot dans le dossier, vérification des bilans du lendemain, merci au revoir. Affaire réglée, je rentre. Enfin, pas de suite, d'abord il faut que je trouve une dernière fois l'infirmière pour qu'elle me rappelle le code qui active l'ascenseur.

 

2013-02-02 17.18.29

La petite cour de la Charité. Toujours sous le soleil.

 

Le chemin du retour me frappe. C'est le même que lorsque je rentre chez moi. J'habite tellement près de la Charité que je pourrais passer ma garde à mon domicile. Il me suffirait de tourner à gauche, là, maintenant, après ce feu à coté du tram, au lieu de tracer ma route tout droit. Mais l'idée d'être réveillé dans mon propre lit en pleine nuit pour aller travailler me déplaît trop pour être validée. Tant pis, je continue dans les rues désertes. Il faut dire que Saint-Etienne n'est pas ce qu'on pourrait nommer une ville vivante de nuit, loin s'en faut : il m'est déjà arrivé d'être refusé dans un restaurant qui fermait ses portes... à neuf heures du soir. Virage à droite, deuxième rue, virage à gauche, les deux feux de signalisation, tout droit au fond, puis virage serré à gauche, les gardes de la Charité m'ouvrent les grilles, je gare la Clio, j'éteins le contact. Je rallume le contact. J'oublie toujours de relever le kilométrage, qu'il faut écrire sur un registre. Je note le kilométrage, je coupe le contact, j'ouvre la porte, je manque de me briser une jambe. Un verglas particulièrement agressif s'est installé et c'est en patinant que je vais rendre les clés du véhicule. Les gardiens me demandent si la route est dangereuse. Pas encore. Mais la cour, si : Holiday on Ice jusqu'au pavillon de ma chambre !

 

Je m'aperçois que j'ai pris mon temps, il est bientôt vingt et une heure. Je sors mon cadeau de son emballage. Ooooh, un lecteur glycémique à écran tactile ! Je décide de le tester. Je prépare la petite aiguille, j'insère une petite languette et je me pique le bout du majeur quand le lecteur me le demande. Le temps qu'il absorbe ma maigrelette goutte de sang, le verdict tombe : je suis en bonne hypoglycémie. Dubitatif, je refais le test deux fois mais, si la valeur donnée par le lecteur change un peu selon le doigt piqué, je reste bien inférieur à la norme. Bon, et bien je pense que ça signifie qu'il est temps de manger. Je sors la boîte de Pasta-Box et le coca du frigo. En fait, un repas est gardé en vie pour l'interne de garde, mais je n'ai mangé qu'une seule fois ce plateau, et plus jamais je n'ai retouché à de la nourriture de la Charité. Mon repas de ce soir n'est pas faste mais au moins est-il comestible. Fut un temps ou le coca et un paquet de bonbons acidulés constituaient un sérieux réconfort en cas de pépins sévères. Le temps de réchauffer la nourriture, j'ouvre les fenêtres et m'accoude sur les toits. D'ici on entend les pauvres gars bourrés qui ont perdus leur chemin et les étudiants fêtards.

 

Quelques dizaines de pages de roman encore plus loin, deuxième appel. Un service juste à coté, désigné "M1", me prévient qu'une patiente vient de tomber. Pas de blessure grave apparente. Je pose toujours la question des blessures apparentes parce que je déteste suturer. Direction un autre ascenseur, encore plus vieux et bien caché, qui relie les deux services. Arrivé devant, je me sens bête. Le code ? J'avais oublié qu'il en fallait un ici aussi. J'en essaie un qui me passe par la tète... et il marche. Je me demande depuis combien de temps il est utilisé, probablement déjà bien quelques années avant mon arrivée à Saint-Etienne.

 

Je n'aime pas ce service "M1" en particulier. Les lumières n'y sont jamais allumées, les couleurs dominantes sont l'orange délavé et le vert, c'est une plaie de trouver l'équipe soignante, il n'y a pas de bureau médical à proprement parler, et tout est exigüe. J'essaie de passer rapidement devant les portes à semi ouvertes de certaines chambres, de peur de réveiller les occupants et de me faire alpaguer par un "docteur !", un "monsieur !" voire même un "madame !". On m'informe que la chute est survenue dans la deuxième chambre sur la droite. Arrivé devant la patiente, dorénavant encadrée dans un lit avec barrières, je met en route mon protocole de chute de nuit : traitement qui fluidifie le sang ? oui, non ; saignement externe ? oui, non ; Signe de trouble cognitif ou neurologique? oui, non ; signes de fractures ? oui, non. Emballez, c'est pesé. La dame commence néanmoins à pleurer et me raconte qu'auparavant elle ne tombait pas comme ça. La pauvre ne devait pas être hospitalisée depuis très longtemps, et dieu sait si ces services peuvent être déprimant de nuit. Va pour discuter quelques minutes, le temps de lui mettre une main sur l'épaule et l'apaiser un peu. C'est un semi-échec, elle arrête de pleurer mais je ne pense pas qu'elle aura un sommeil serein. Je remplis le constat en demandant vaguement les circonstances de la chute à l'infirmière. C'est toujours la même chose : un aller-retour périlleux aux toilettes ou une tentative téméraire d'escalader les barrières du lit médicalisé. En fait seule ma première "chute" est digne d'être mémorisée : un patient dément qui a cru voir dans sa chambre un champ de tomates. Forcément, il fallait qu'il aille investiguer, et inutile de préciser qu'il n'a jamais trouvé les tomates. Bon, je signe, et je me sauve en vitesse. Pas envie de traîner ici. Ni dans l'ascenseur ninja.

 

Il est minuit passé et j'en suis à mon quinzième retournement dans le lit. J'ai vérifié trois fois de n'avoir pas oublié une fenêtre. Mais non, j'entend toujours comme si j'y étais les hurlements d'une bande d'adolescents débiles et probablement bien entamés à l'alcool - du moins je l'espère pour eux. C'est presque avec soulagement que j'accueille l'appel suivant... deux heures plus tard.

 

"Bonsoir, Mathias Rockart, je suis infirmier au pavillon 50. On a une personne décédée."

 

Un autre classique, après la chute. Je lui fais tout de même préciser de quel service il vient. "Ah, moi et les noms de fleur ce n'est pas mon truc. C'est au deuxième étage !". Et oui, des noms de fleur. Car voyez-vous, lorsqu'on est pas préparé, se faire réveiller à trois heures du matin, et s'entendre dire encore à moitié dans la brume du sommeil qu'il y a un décès à Nénuphar, et bien c'est une expérience en soi. Cette fois-ci, zut à la blouse. Dehors la glace gagne du terrain et je suis obligé de m'en mettre partout - pardon, de racler le gel sur le pare-brise de la Clio. Moment dont profite Mathias pour me rappeler et me préciser le code d'entrée du bâtiment, temps dont profite mes terminaisons nerveuses pour me rappeler douloureusement qu'une peau rougie par le froid n'est pas agréable : plus vite je serais dans la voiture, mieux cela sera. En route pour Bellevue cette fois. Mais si, c'est facile, c'est en face de Trousseau !

 

Bellevue fait partie de ces exemples pathognomoniques de la logique humaine. Peu d'indications, les numéros des pavillons se suivent  jusqu'au pavillon quarante-neuf, tout au nord du site. Le pavillon cinquante, lui, est isolé et se positionne à l'opposé, tout au sud, il faut même prendre un autre chemin pour s'y rendre. C'est très pratique de comprendre ça de nuit. Donc, direction sud, et un rond-point plus loin je me gare devant un autre portail - électrique, celui-là. Et l'ouverture est régie par un code que je n'ai jamais appris. J'entre celui que Mathias m'a donné, sans succès. Je grommelle en calant mes mains sous mes aisselles. D'ordinaire, je joue volontiers les acrobates amateurs, mais la glace rend la chose sinon impossible du moins dangereuse. Et puis je me souviens d'une autre entrée. Je fais le tour des murs de brique et de béton, et ouvre une porte sécurisée vers ce qui s'apparente à des sous-sols sans fenêtre réservés à la lingerie. Ah, chaleur, je t'aime. Je monte vite au deuxième.

 

Pas de lumière, sauf au fond d'un couloir gris à l'aspect aseptisé malgré l'ersatz de salon de confort aménagé pour les visiteurs. C'est là que s'affairent trois personnes autour d'un certains Philippe dont le nom est inscrit sur une étiquette devant la porte de sa chambre. Traits creusés, bouche maintenue fermée par une petite sangle, yeux fermés, peau sèche, pâle voire jauni, c'est bien pour lui qu'on m'a appelé. Mathias se présente et me sert la main. Je vérifie rapidement que Philippe est bien mort, et surtout s'il n'a pas un pacemaker à retirer à coup de scalpel. Mathias m'accompagne vers la salle de soins.

 

"C'est bon, j'ai déjà contacté la famille" me dit-il avant de s'asseoir en face de moi. Et de me demander, alors que j'ouvre le classeur du dossier du patient : "Vous êtes déjà passé ici, non ?". En un an de garde, oui, un peu coco. "Je crois que je vous reconnais", continue-t-il. "Je vous ai déjà vu, ça m'a marqué parce que vous êtes le seul à appeler vous-même la famille des patients quand vous venez". Je lève le regard et lui souris en reconnaissance. Je ne me rappelle pas de lui. Et ça m'étonnerais fort être le seul interne de garde à prévenir les parents proches. J'accepte quand même le compliment et lui explique la procédure qu'en un an s'il dit vrai il ne semble malgré tout pas avoir bien saisi : non, je ne signe aucun certificat, je n'en ai pas le droit. J'atteste juste sur le dossier médical du décès, c'est tout. Et j'avance un peu le travail du médecin de demain sur des détails administratifs parce que je suis quelqu'un de super sympa mais ça n'ira pas plus loin. Il acquiesce et commence pour détendre l'atmosphère une tirade inspirée sur le verglas, les pneus neiges, les pneus cloutés interdits mais qu'il faudrait bien, les chaînes qui ne sont pas efficaces, et que la neige et la glace il connaît bien ça, 'pensez. Je me redresse pour l'écouter et l'observer d'un œil vitreux. Décidemment, non, échanger des idées sur des pneus à deux heures du matin, sans avoir dormi depuis la nuit dernière et après une journée de boulot, j'apprécie l'effort, mais ça ne m'intéresse toujours pas. En revanche, le code de l'ascenseur pour revenir au rez-de-chaussée, ça me dit déjà plus. Saletés de codes. Poignée de mains, et je me rends compte quelques minutes plus tard que Mathias m'a conduit vers la mauvaise sortie. Je me retrouve une fois de plus devant le fichu portail vert gelé. J'hésite deux bonnes minutes avant de l'escalader et de me tremper les fesses. Avec l'agréable surprise du gel qui s'est reformé sur le pare-brise. Sigh.

 

2013-02-02 17.18.38

Et la petite mais fière voiture de fonction ! Sous le soleil.

 

Enfin en caleçon sous les couvertures, et dans un silence relatif. Avant de déposer mes lunettes à coté de la lampe morte, je fixe une dernière fois le téléphone en lui intimant mentalement l'ordre de me laisser tranquille. J'aime bien intervenir pendant une garde, ça me donne l'impression d'être indispensable, mais j'aime bien dormir aussi. C'est donc vers les quatre heures du matin qu'on m'appelle encore pour une chute. Les gardiens commencent à avoir pitié de moi, ce n'est jamais bon signe.

 

Je ne croise qu'une seule voiture de tout le trajet aller. Celle-ci, dans une rue étroite, roule tellement lentement que je suis persuadé qu'un piéton pourrait nous dépasser. C'est avec un certain soulagement que je la double au bout de dix minutes. Le conducteur me jette un regard dubitatif. Ah, si j'avais le gyrophare du SAMU ! J'accélère pour écourter au maximum le chemin, et je comprend le pourquoi de la lenteur de l'automobiliste deux virages plus loin. Sans excès de vitesse aucune je n'en perd pas moins le contrôle du véhicule qui décide de ne réaliser que la moitié de la courbe avant de continuer tout droit. Inexorablement, le trottoir se rapproche doucement eeeeet... boum. Bien, bien, j'ai comprit la leçon, je roulerais au pas. Ca ne suffit cependant pas et le virage suivant, je manque un second trottoir de quelques centimètres à peine. Pas fâché d'arriver. Heureusement, la voiture n'a rien. Même routine de questions et d'examen clinique. L'équipe de nuit me demande l'état de la route. Ahah, ça me donne la sensation d'être un coursier royal ayant bravé les affres d'une tempête de neige pour venir en aide à un village isolé. Entretemps, alors même que je remplis le constat de chute, l'étage du dessus m'appelle pour un décès qui vient de survenir. Mais, heu, c'est l'hécatombe là ?

 

Même vérification de la mort et du pacemaker. Je murmure au défunt, même si c'est inutile, que je suis bien désolé qu'il soit mort dans cet hôpital. Cette fois-ci, la famille n'a pas été prévenue. J'appelle donc le fils, ce qui semble soulager les infirmiers. J'essaie le premier numéro, un fixe. Ca sonne une dizaine de fois avant de décrocher avec une voix endormie. Une femme. Je demande son mari, mais elle m'assure être au courant de la situation, et de toute façon son conjoint est à coté, probablement encore en train de se réveiller. J'annonce le décès de son beau-père. Elle me remercie, m'explique qu'elle avait deviné étant donné l'heure tardive, et que le décès était attendu voire apportait un soulagement. Elle me demande ce qu'il faut qu'elle fasse. Heu. Venir ? Apporter des vêtements personnels ?

 

"Ah oui, les vêtements. Mais il faut qu'on vienne de suite ?"
"Ah non, il n'y a pas d'urgence".

 

Ben non, crétin, il est mort, le moins qu'on puisse dire c'est qu'il n'y a plus d'urgence. Je continue à me frapper le front et me traiter d'abruti jusque devant le portail de la Charité. Dehors je croise un peu de monde cette fois-ci. Une ivre qui m'applaudit quand je passe à coté d'elle. Et un couple de jeunes fille dont une fait un magnifique salto arrière qui finit sur son dos. Le verglas est vraiment violent cette nuit.

 

De nouveau dans la chambre, une nouvelle question existentielle me plombe l'esprit : se déshabiller et tenter de finir la nuit, ou faire un trait sur tout espoir et tâcher de rester éveillé ? Le téléphone répond pour moi. Soulagement : c'est le service juste en dessous. Une infirmière qui aimerait que je descende, s'il vous plaît.

 

"Euh, oui, mais pourquoi s'il vous plaît ?"

 

Parce que c'est pas que je refuserais de descendre au point où j'en suis mais c'est assez couillu d'appeler un médecin - ou un interne - pour une urgence sans préciser le moins du monde laquelle c'est. Visiblement un peu surprise que je demande des détails elle me précise que le bras de la patiente a triplé de volume depuis le début de la soirée d'hier. Je n'insiste pas, je n'aurais aucune information supplémentaire : les maladies de la dame ? Ses traitements ? La raison de son hospitalisation ? Le couleur du cheval blanc d'Henri IV ? Je descend donc pour en avoir le cœur net. L'infirmière, une petite brune d'une quarantaine d'année en sur-blouse blanche et une paire de gants en latex dans les mains, paraît affolée. Elle me conduit en marchant très rapidement dans la chambre. Oui, on allume la lumière s'il-vous-plaît, on réveillera la voisine de lit mais ce sera mieux. Effectivement, alors que madame G., soixante dix ans,  a un bras droit tout ce qu'il y a de plus maigre et banal chez une vieille dame alitée, son bras gauche provient d'une greffe du bibendum d'une célèbre marque française de pneus. Et l'infirmière qui s'inquiète car ça va jusqu'à l'épaule, et après c'est le cœur, vous comprenez. Joli cours d'anatomie. La petite dame, qui s'étonne un peu de cet affairement, m'assure qu'elle n'a pas mal le moins du monde. Elle bouge bien les doigts et le bras, et n'a aucun trouble sensitif. Je perçois bien les pouls. L'œdème est tendu. Elle est équipée d'une voie veineuse. Bien.

 

"Alors vous pensez que c'est grave ?".

 

Ahah, allez, je la fais magistrale. C'est d'une voix volontairement à demi blasée que j'exclue la possibilité d'une phlébite : les voies veineuses donnent rarement des phlébites profondes, il n'y a pas de douleur et de toute façon  vu la présentation de la dame elle doit sans doute avoir un anticoagulant par exemple ? Et bien oui, c'est étonnant ! Par contre, chose plus probable, c'est que ce qui devait passer dans ses veines se soit retrouvé sous sa peau. Elle avait une hydratation et des antibiotiques ? Et bien ils sont là, finis-je en montrant théâtralement le bras gonflé. Et contre toute attente, là où je m'attendais à une opposition de sa part, l'infirmière de me dire :

 

"Ah, 'ben vous me rassurez !".

 

Oye. C'est bien la première fois qu'on me dit ça à la Charité. Généralement, les équipes sont rassurées mais seulement après avoir fait un ou deux examens inutiles en urgence. Et de nous dire, après-coup, que oui nous avions raison. C'est assez bizarre d'arriver à rassurer juste en établissant un diagnostic. Je veux aussi rassurer la patiente mais celle-ci n'était nullement inquiétée en première intention. En fait, ça me surprend tellement que pendant que je dicte quelques instructions pour les antibiotiques et le traitement de ce bras gonflé, je m'isole dans le bureau médical et, tout en écrivant la situation dans le dossier, j'appelle un médecin des urgences. Qui est d'accord avec ma prise en charge. C'est gonflé d'orgueil que je dis au revoir à tout le monde. Cette fois-ci je ne force pas l'œil noir, je me déshabille et me cale dans le lit.

 

Et c'est un vrai délice de se lever à neuf heures du matin. Enfin, un délice... On a l'impression de mourir et on va à l'encontre de toutes les injonctions de tout les organes de son corps pour être une sorte de zombie la journée suivante, mais ça signifie que la garde est terminée. Je descend pour rendre les clés et le portable à l'interne du samedi. Le bureau est vide, avec les dossiers que j'ai sorti encore sur le bureau. C'est une jeune femme qui me fait peur en me souhaitant une bonne matinée dans mon dos. Elle rit de ma frayeur puis me demande comment a été la garde, pour quelles raisons j'ai été réveillé, s'il y a eu des ennuis dans son service.  On discute en arpentant le couloir. J'ai un gros doute et il me faut regarder son badge pour comprendre que c'est une jeune docteur, pas une interne. Elle m'explique qu'elle me pose ces questions car depuis quelques temps ils sont intéressés par les motifs d'appel des internes de garde. Peut-être pour ça qu'on m'a moins appelé, et toujours de façon justifiée. Je lui assure que chaque appel valait le coup, y compris pour celui du bras gonflé - la docteur en doute, mais pour ma part je comprends que ça inquiète. Puis, après de brefs adieux, je quitte le bâtiment, et reprend la Clio. La mienne, cette fois, celle qui marche moins bien, mais qui me conduit à la seule destination agréable depuis vingt-quatre heures : chez moi.

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Publié le 16 Janvier 2013

Aux question "mais qu'est ce que je peux bien faire entre deux articles espacés de trois mois" et "quand vais-je reprendre les vidéos de Nightmare House 2", laissez-moi vous répondre que Dishonored est un sacré bon jeu.

 

Bonjour, vous vous appelez Corto, oui ça arrive, et vous revenez dans votre précieuse cité portuaire steampunk pour apprendre à l'impératrice, dont vous êtes le protecteur officiel, de bien mauvaises nouvelles : aucune nation étrangère ne peut vous aider dans la lutte contre la Peste amenée par les rats. Mais avant même de pouvoir verser une petite larme, voilà que d'étranges hommes masqués en tenue noire vous attaquent sans piper mot. Malgré une défense honorable, ce qui semble être des pouvoirs de magie noire vous immobilisent et le groupe accomplit finalement sa mission : assassiner l'impératrice, et capturer Emily, la toute jeune et seule prétendante au trône. Lorsque les gardes et les régents arrivent, tardivement alertés, vous avez l'air bien fin, seul aux cotés du corps sans vie de celle qui dirigeait avec bienveillance son empire. Maintenant que vous y songez, il était tout de même curieux que les gardes aient été absents si longtemps. Peu importe, vous voilà mis en prison et accusé à tort du meurtre. La sentence tombe rapidement : condamnation à mort. Il faisait pourtant si beau. Mais, peu avant votre châtiment, un allié inconnu vous apporte anonymement de quoi vous échapper...

 

corvo attano dishonored by ajhateley-d5kra8i

 

Déambuler, que ce soit furtivement ou non, dans les recoins de la cité salie de Dunwall, dont l'énergie principale est l'huile de baleine, la science dominante la philosophie naturelle, et les principaux remèdes des versions vapeur des potions de vie et de mana produites à moyenne échelle, procure une réelle sensation d'uchronisme répété et contrôlés très appréciable. Ne faudra-t-il pas vous étonner alors de devoir éviter des tour de surveillance décochant sans remord aucun des décharges d'énergie de lumière, puis d'entrer par effraction dans la maison du médecin royal et de devoir vous cacher dans les toilettes... qui ne sont somme toute qu'un pot posé à terre et recouvert par pudeur de deux planches en bois. Deux mètres plus loin vous entrez dans une salle de bain grand luxe. Aucun. Problème !

 

Le fond de votre mission n'est pas définie pour vous. Oh, bien sûr, le scénario principal vous donnera l'occasion d'avoir une feuille de route bien entendue : démanteler le complot responsable du meurtre de votre impératrice et de l'enlèvement de l'héritière du trône. Ce qui, en passant, devrait aussi vous permettre de vous blanchir d'une fausse accusation de haute trahison, ce à quoi on ne dit jamais non. Mais comme dit plus haut : ce n'est qu'une feuille de route. A vous de vous fixer, en interne, vos propres objectifs personnels en collant votre réflexion sur les évènements du jeu. Vous voyez-vous sombrer dans la vengeance et faire goûter leur propre sangs aux odieux traîtres ? Que faire des passants effrayés à votre passage ? Des gardes pour qui vous êtes l'assassin de leur impératrice ? Des victimes de la Peste qui, aux derniers stages de leur affection, tenteront de vous attaquer ? Ou bien chercherez-vous tel un justicier à faire éclater la vérité en épargnant la vie de chacun ? Ou bien déciderez-vous au cas par cas, selon votre conscience, de qui mérite de vivre, et qui ne le mérite pas, selon les conversations épiées et les fautes commises ?

 

Les répercussions ? Subtiles. Se débarrasser de tout gêneur est bien entendu plus facile mais laisser derrière vous un sillon de cadavres flottant dans une mer rouge de sang augmentera considérablement la panique en ville, ce qui signifie plus de gardes à mesure que les missions avancent, et des réactions plus hostiles de leur part mais également des civils voire de vos alliés qui ne seront pas tous enchantés de s'être, pour le coup, associé à vous. Dans un tout autre contexte, il semble que précipiter les décès de façon un peu rapide noircisse le karma général car un taux de chaos élevé augmente aussi les dégâts liés à la Peste. Et je ne vous parle pas de l'inquisition locale.

 

Ah, si, tiens, parlons-en. Pourquoi une inquisition ? C'est assez connu, les églises n'aiment pas beaucoup la magie. Et figurez-vous que vous ne tarderez pas à recevoir la visite d'un homme étrange - encore un! Maître de marionnettes flottant dans un univers figé aux frontières du matériel, du rêve et du cauchemar, des yeux d'un noir luisant et aux phrases énigmatiques, il est strictement impossible de lui faire pleinement confiance, surtout aux premiers abords. Pourtant, cet énigmatique et inquiétant personnage vous offrira sa marque : des pouvoirs surnaturels à améliorer via des runes éparpillées dans Dunwall et à trouver à mesure de vos missions. Ses pouvoirs sont d'une aide indispensable : téléportation, vision dans le noir et à travers les murs, arrêt du temps... mais aussi invocation de rats pestiférés enragés qui grignoteront vivants vos ennemis. Alors même que vous observez la marque sur votre main gauche, vous comprenez soudain qu'elle vous pose le même dilemme que votre lame et vos nombreux gadgets d'assassins dans votre main droite : sa puissance rend le meurtre encore plus aisé, comment allez-vous les utiliser ? A contrario, la seule aide pour épargner vos cibles prendra la forme de dards anesthésiants qui, vous vous en doutez, ne courent pas les rues - là où les balles de pistolets se récupèrent tranquillement sur les cadavres.

 

Du coup, non, Dishonored n'est pas un jeu d'assassinat. Pas nécessairement.

 

the outsider dishonored by ajhateley-d5krahd

 

La seule ville de Dunwall, avec ses toits en tôle, ses balcons à rebords,, ses ruelles grisâtres, ses caniveaux remplis de rats, ses poutres de chantier n'est pas seule à contribuer à cette atmosphère oppressante et inquiétante. La populace elle-même sort tout droit des polards anglo-saxons de l'époque victorienne, avec ses hommes et femmes disgracieux voire difformes et résolument terre à terre, à qui on accorderait à aucun d'entre eux la garde de ses enfants. Il ne s'agit pas nécessairement de corruption, pas toujours du moins, mais bien de vices de l'esprit humais propres à chacun, et ce quelque soit le milieu côtoyé dans Dishonored : ni bas-peuple, ni bandits, ni clergé, ni militaires, ni aristocrates ne sont épargnés. Et comme dans certains contes anglais, alors même que vous pensiez appréhender les facettes des Dunwalliens (sic?), plusieurs d'entre eux se révèleront sortir de l'ordinaire et vous déstabiliser. Un dernier bon exemple de l'utilisation de l'univers reste le cas des pleureurs : dénommés ainsi en raison de l'hémorragie oculaire du dernier stade de l'infection par la Peste, ceux-ci deviennent à peine conscient et se comportent et ressemblent à s'y méprendre à des zombis. La tentation est donc grande de les éliminer. Néanmoins, malades ou pas, ceux-ci ne sont de facto pas des morts-vivants : ce sont encore bien des victimes malades. Pensez-vous en votre fort intérieur qu'étant donné le statut très ostensiblement terminal de leur état, cette considération est peu pertinente, ou chercherez-vous à éviter de les tuer par acquis moral ? Que ferez-vous si l'un d'entre eux, pas ses cris, est susceptible de donner l'alerte ?

 

Le jeu propose une valorisation peu discrète de l'approche furtive par l'intermédiaire de petits challenges : on songe notamment au mode "Fantôme", extrêmement difficile à obtenir car il s'agit ici d'être aussi silencieux qu'une ombre : ne pas être vu, ne pas tuer, ne pas déclencher d'alertes, et éviter qu'aucun corps ne soit découvert. Un challenge de taille imposant une rigueur certaine dans un environnement tellement ouvert qu'il surprend le joueur de plus en plus habitué à être mis sur des rails. A plusieurs reprises l'intelligence du jeu nous met en effet en défaut. Est-il surprenant de se voir attribué un mort à la fin d'une mission pourtant sans surprise, pour s'apercevoir qu'en réalité, si nous n'avions tué personne directement, le corps inconscient du garde assommé quelques minutes auparavant a été laissé un peu trop longtemps... dans les égouts remplis de rats dévoreurs d'hommes. Cette mise en défaut, provisoire du moins, est compensé par l'étourdissante somme de moyens mise à votre disposition pour avancer. La cité de Dunwall est divisée par mission, et chaque mission se passe dans un large quartier dont les obstacles, identifiables sans problème, peuvent être contournés d'un grand minimum de trois manières différentes. Souvent plus selon votre imagination et votre débrouillardise.

 

Finalement, quel défaut trouver à Dishonored ? Pas grand chose. Sa durée de vie, un peu courte, chose discutable puisque ce genre de jeu à tendance à s'épuiser à devenir trop long. Son manque d'activité extra-scolaire : pas de vraies quêtes secondaires longues, ce qui permet de se concentrer sur l'histoire mais ça pêche un peu coté diversité. Enfin, pas moyen d'avoir une partie libre, avec l'intégralité des gadgets et des pouvoirs mystiques, pour refaire une mission ou une partie du jeu. Dommage, dommage. Ah, si, dernier détail : le jeu ne laisse pas de fin ouverte. On sait qu'une suite n'est pas appropriée. Et pourtant l'univers est tellement fabuleux que quelque part, ça pince un peu le cœur.

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