Le rôle de l'étudiant en médecine

Publié le 11 Septembre 2009

La qualité des stages proposés aux externes dépendent directement de l’implication des ainés pour l’enseignement. Mais il y a un deuxième facteur qui différencie un service motivant et un service ennuyeux : le rôle de l’externe dans ledit service.

 

 

Dans l’imaginaire collectif, et surtout depuis ces dernières années, l’étudiant en médecine est clairement idéalisé par ceux qui n’en ont pas dans leur entourage. Des séries comme Urgences donnent le beau rôle et même quand l’externe semble méprisé ou mis de coté, à la fin de la saison on s’aperçoit que c’est toujours pour son bien ou que c’est une technique de ninja pour lui enseigner une valeur technique ou morale et qu’il en sort grandit. On ne voit jamais les instants où l’externe est méprisé… pour le simple fait qu’il est méprisé. Il n’en tire rien, et il n’en a rien à tirer. Dans le service, il ne sert à rien, il le comprend et le ressent très vite. Parfois, bien que servant de sous-fifre, l’externe en médecine apprend néanmoins quelque chose, parvient à retirer de son stage un savoir, une connaissance ou une expérience humaine. Cela rend la chose moins pénible même si pas moins excusable. Et contrairement à ce qu’on pourrait parfois penser, ce n’est pas du tout dépendant de la spécialité du stage.

 

Par exemple, j’ai effectué durant mon cursus un stage en psychiatrie adulte. J’avais choisi ce stage un peu au hasard, je voulais juste voir ce que donnais la psychiatrie en vrai, sur le terrain. Il y a eu deux types de réactions. Les premières venaient de mes amis de promotion, qui faisaient alors parfois une moue dubitative : le terrain de stage n’avait été ouvert que récemment, il n’y avait aucun retour dessus, et les autres stages de psy n’ont pas bonne réputation. Et puis en psychiatrie, c’est du soin « borderline » du monde médical, y’a pas de pathologie organique, on ne « guérit » pas les patients. Les secondes venaient des personnes hors du domaine médical qui alors hésitaient entre me faire des expressions effrayées ou impressionnées : ouh, là, là ! La psychiatrie ! Mais c’est chez les fous, ça doit être bizarre ! Bref, ce stage était classé « pas très bons ».

 

Dans ce même cursus j’ai effectué un stage en chirurgie orthopédique. C’est de la chirurgie, c’est de la technique, c’est réputé, et il paraît que les gens là-bas sont sympas. On fait du bloc opératoire et aussi de la consultation du coup c’est varié. En somme un stage qui de prime abord a l’air intéressant. De plus c’est à la base la chirurgie qui m’a attiré dans ce métier, et c’était déjà de l’orthopédie. A priori très positif donc.

 

Bilan

 

 J’ai effectivement bien appris au cours du stage de chirurgie. Les membres inférieurs puisqu’il n’y avait que ça. Mais c’était un mauvais stage. La partie bloc opératoire se résume donc à suivre le chirurgien, se faire engueuler parce qu’on se lave mal, qu’on ne met pas les gants comme il faut, parce qu’on ne sait pas s’habiller spontanément en stérile. Un petit manège qui dure jusqu’à ce qu’on s’excuse en précisant que c’est notre premier jour. Ah bon ? Hé oui. A ce moment en général y’a un peu de  répit, avant que ça reprenne parce qu’on sait pas où se foutre dans cette petite pièce où chacun sait ce qu’il doit faire sauf nous. Et quand enfin on sait ce qu’on doit faire, on déchante. Ca consiste à tendre les bras et à soulever une jambe qui est aussi lourde que soi. A bout de bras bien sûr parce que sinon y’a un risque infectieux (?). Pendant deux heures. Et parfois, le chirurgien nous donnera des directives, comme plus tourner, ou plus appuyer, ou lever un peu plus parce qu’au bout d’une heure à ce rythme la force commence à manquer et que forcément la jambe a un peu baissée. Et quand on avoue péniblement qu’on fatigue, l’interne d’intervenir d’un ton moqueur que les filles du stage le font bien, elles. Il veut bien sûr parler des externes féminines dont ils parlent longuement entre eux. Enfin, surtout de leur cul. Ils se les feraient bien d’ailleurs. Et non, elles ne portaient pas les jambes plus de dix minutes. A la fin du stage on avait quand même le privilège de recoudre de temps en temps. J’ai remarqué ne pas être très doué à l’occasion.

 

Heureusement les consultations avaient un peu plus d’intérêt. Un maximum de dix minutes par patient. Le rôle de l’externe étant de porter les dossiers, d’afficher les radiographies dans l’ordre, et de les ranger chronologiquement dans leurs pochettes. Et pour le challenge il fallait faire ça avant que le médecin change de pièce. Classe. Mais là au moins, on nous expliquait spontanément des choses. Toujours se méfier à ce propos des stages où on nous annonce au début : « C’est un bon stage mais il faut que vous soyez curieux ». C’est une paraphrase signifiant « Va falloir nous solliciter parce qu’on a pas envie de s’occuper de vous on a autre chose à faire ». Et l’infirmière en chef qui me conseille de garder pour moi qu’en fait je ne veux pas faire de chirurgie plus tard mais que je ne faisais ce stage que par curiosité.

 

 

AP-HP Mastercard, ou le quotidien de milliers d'externes en France.

 

 

La psychiatrie ? L’un de mes meilleurs stages. Outre l’équipe qui est la plus sympa que j’ai connu (ça aide, ‘faut le dire) ça tient à une chose : l’externe est pleinement intégré dans le dispositif médical. C’est à lui que revient la première ligne des pathologies dites somatiques, donc non psychiatriques. C’est lui qui surveille les bilans des patients, c’est lui qui va les voir quand ils se plaignent de quelque chose, c’est lui que les infirmières viennent voir quand untel pose un souci. C’est aussi lui qui, sous la supervision d’un médecin généraliste qui passe plusieurs fois par semaine, peut prescrire des traitements simples. Alors au début évidemment on ne se sent pas bien, on est facilement intimidé et ne sait pas faire grand-chose. Et puis on se surprend un jour à prescrire le pansement adapté pour l’escarre d’un patient qu’on connait par cœur et faire des recommandations assurées à une infirmière qu’on connaît bien et qui nous connaît aussi. Et au moment de faire la prescription, un autre patient nous croise et demande si on peut pas jeter un œil sur lui parce qu’il a mal à la poitrine, tiens va falloir faire un bilan sanguin, peut-être demander un avis cardiologique, et en parler à la prochaine réunion de l’équipe quand le chef de service nous demandera s’il y a eu quelque chose avec ce patient.

 

Bref, on existe, on est là, on est reconnu, on sert à quelque chose, même si c’est aussi banal que de traiter une épidémie de gastroentérite. On est estimé par nos ainés qui nous confient de vrais missions et prennent nos avis en compte. On a une véritable relation avec les patients, et pas seulement celle qu’on peut avoir après un examen clinique (qui énervent souvent les patients dans les autres services puisqu’on passe après le médecin et l’interne, et soulever une troisième fois la jambe quand on a une sciatique ce n’est pas très enthousiasmant). Et pourtant ils avaient compris assez vite que je ne ferais probablement pas de psychiatrie plus tard, non que ça ne m’intéresse pas mais que d’autres perspectives me tentent plus.

 

On passe aisément d’un stage où l’externe est une pièce indispensable du puzzle médical à un autre où la différence entre l’étudiant et une plante verte est essentiellement la quantité d’oxygène consommé. La diversité des stages rend compte d’un spectre très élargi qui offrent des nuances infinies entre les deux extrêmes. Parfois avoir des responsabilités peut être stressant évidemment mais je vous laisse deviner quel genre de stage est le préféré des têtes blondes de la médecine.

 

Pour tout les non-médecins, une petite info vite-fait : il faut savoir que, officiellement, la SEULE responsabilité de l’étudiant en médecine, c’est de TENIR LE DOSSIER MEDICAL. Je traduis : ça consiste à ranger dans les bonnes pochettes les résultats d’examens des patients. En gros, archiviste. Passionnant. C’est vraiment pour ça qu’on veut faire ce métier.

 

Donc l’étudiant en médecine à la John Carter qui apprend, prescrit, gère les urgences et les pathologies simples, et qui aime ce qu’il fait malgré la difficulté et le mépris de ses supérieurs… Ca n'existe presque pas. Trop souvent l’externe il range les dossiers, il fait les ECG, il apporte les radios et il suit bien gentiment un chef de service qui ne remarque même pas sa présence sauf quand il s'agit d'aller chercher un examen à l'autre bout de l'hôpital, d'appeler un médecin traitant inconnu ou jouer le rôle de scribe. Il sourit aux patients aussi, et fait une observation médicale qui ne sera probablement pas lue.

 

Mais parfois, sur de trop rares stages, on se rapproche un peu du héros des Urgences. Et là, dans ce cas, la série américaine a raison sur un point : on s’éclate.

 

 


La photo provient du blog d'étudiant en médecine algérien dont le lien est ici : lien

 

 

Rédigé par Youe

Publié dans #Medicus

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Mehdi Benhenia 23/08/2010 14:27


Je vous félicite pour cet article, pour le moins dire: original! Je crois que le chemin est assez long devant nous les externes pour nous imposer un vrai statut dans tout le brouhaha de l'hôpital,
on s'étonne pas souvent de voir un responsable de l'hygiène ayant plus d'expérience que nous usant de son avance pour encore rabaisser les jeunes carabins... certes le temps est limité devant nous
avant qu'on quitte la vie d'externat, et si on milite maintenant -au moins par l'indignation-, le fruit ne sera cueillit que par les futurs étudiants en médecine. Mais au fond du problème, je pense
que la marginalisation dont souffre les externes n'est qu’une rançon avant qu'ils n'accèdent au titre du docteur et goutent à la gloire d'un médecin -Oh que je suis très idéaliste-...
De toute façon j'espère que chaque être humain qui porte le titre d'un médecin le considèrera comme un titre de responsabilité et non pas un titre honorifique. J'espère que chaque médecin sera à la
hauteur de la responsabilité qui est la vie humaine.

L'auteur du Blog Du Chalet ;)


Youe 25/08/2010 15:04



Je pense que ce sous-traitement des étudiants porte une grande responsabilité quand à la... "mauvaise humeur"... de certains quand ils deviendront médecins. Un cercle vicelard en somme.